NKOULOU, « LE VÉLODROME, UN TEMPLE »

NKOULOU, « LE VÉLODROME, UN TEMPLE »

Le défenseur olympien savoure son bonheur actuel après avoir traversé bien des épreuves

Nicolas, quand on va visiter des enfants gravement malades à la Timone, ça relativise l’importance d’une victoire ou d’une défaite à Monaco ?
Pas forcément, mais on se dit que, outre le plaisir de notre métier, nous avons ce privilège d’être en bonne santé. C’est un rappel. Nous leur transmettons un peu de chaleur, un sourire, un petit mot qui font du bien.

Il est prouvé que votre compatriote Ebossé est mort tabassé par des supporters en Algérie ; ça fait réfléchir sur l’importance excessive du foot pour certaines personnes ?
C’est fou. Je n’aurais jamais imaginé un tel drame. Ça pose beaucoup de questions sur ces extrêmes. Le football, c’est un bonheur, un échange de plaisir, de joie, d’émotion. En Afrique, il est certain que nous sommes un peu plus exposés, mais pour l’amour du foot, de la patrie, du maillot qu’on porte, on a toujours envie d’aller au bout du monde, quel que soit l’environnement. Quand ça se passe de la sorte, ça donne un gros pincement au coeur. Je ne connaissais pas Ebossé, mais ça reste un frère, un compatriote, j’éprouve de la peine.

Pour en revenir à des préoccupations plus terre à terre, quel goût laisse la défaite à Monaco, comparée à celles de Lyon et Paris ?
Nous sommes passés à côté de quelque chose d’important. Nous avions l’opportunité de prendre un peu d’air sur nos poursuivants, mais ce fut un jour sans. Il reste une finale à gagner, on se remet dans le bon sens pour battre Lille.

Vous avez ressenti de la fatigue ?
Non, moi je l’ai ressenti comme un jour sans. Nous n’avons pas montré grand-chose, il faut regarder devant, il est essentiel de gagner dimanche.

Il y a de grandes chances pour que vous battiez de nouveau le record d’affluence…
C’est un plaisir immense. Le douzième homme nous apporte énormément. Voir ce stade archi-complet, c’est un grand bonheur. De l’émotion, de l’effervescence, ça soutient, ça pousse, ça encourage, que demander de plus ? Personnellement, là d’où je venais (Monaco, ndlr), il n’y avait pas assez de monde au stade, donc je ne souffrais pas vraiment de l’absence de public pendant les travaux, mais aujourd’hui je me rends compte de ce que peut représenter ce plus.

Ça vous ramène à l’Afrique ?
Marseille c’est un peu ça : bouillant. Ça vit. Les similitudes avec l’Afrique sont nombreuses. Moi, ici, je me sens chez moi . Des Camerounais, il y en a eu ici : nos mentors, Joseph-Antoine Bell, Salomon Olembé, Stéphane Mbia et plein d’autres avant. Je connais Jean-Pierre Tokoto de nom.

Avoir perdu, c’est stimulant ?
Oui, c’est une pique qui nous permet de réaliser que nous sommes dans une série positive, de rester les yeux ouverts, concentrés, de profiter de ces bons moments ensemble. Nous avons tout à gagner. Gagner à Monaco, ce n’était pas une question de preuve à apporter que nous pouvions gagner chez un gros, mais une question de points. Trois points contre Monaco comme face à Caen. Oui, il y a cette déception de perdre contre les prétendants au titre, mais il faut regarder devant…

Devant, c’est Lille à la maison, où, on comprend bien que si vous gagnez, ce n’est pas un hasard….
Non. Il y a une force supplémentaire. Le Vélodrome, c’est comme un temple. On se sent chez nous, forts, avec ce public qui fait partie des atouts du club. Les avoir avec nous, c’est un appui. Incalculable.

C’est un plus par rapport à la saison dernière, mais c’est un échange…
Tout à fait. Nous recevons parce que nous donnons. Il faut savourer. Ce n’est pas forcément physique, comme sensation, mais quand on sort vainqueur d’un duel et qu’on reçoit une ovation, on se dit : « Wouah », ils se sont rendu compte de mon effort, ils m’en redemandent, ça stimule. Les petits cris, ça donne plus de souffle, d’envie de courage pour aller au bout de son idée.

Être champion d’automne, même si ça ne rapporte aucun bonus, c’est important, symboliquement ?
Symboliquement, mentalement. Le championnat est encore long, mais être premier à la trêve, ce serait significatif, vu ce qui s’est passé l’an dernier.

Et Lyon dans tout ça ? Un candidat qui avance caché ?
Ils avancent à grands pas, il suffit de se retourner, on les voit, ils sont là.

Lille que vous recevez dimanche a connu de grosses difficultés. C’est le revers de la médaille d’une qualification européenne ?
Peut-être, mais ça reste une bonne équipe, capable de nous renverser si nous ne sommes pas concentrés. Et puis, on voit Monaco : la coupe d’Europe a une bonne influence sur eux.

Si, fin mai, on vous avait dit que vous seriez champion d’automne, vous l’auriez cru ? Peut-être avec un autre club ?
Franchement, je ne l’aurais pas cru. Il y avait un nouveau staff, un nouvel entraîneur, beaucoup de découvertes, personne ne nous aurait imaginés à cette place. Maintenant, il faut y rester. Mais moi, je ne me voyais pas ailleurs qu’à l’OM, un départ n’était pas prévu. J’essaie de mouiller le maillot comme il se doit, même si on n’a pas toujours ce qu’on veut. Nous voulons gagner tous les jours, même si nous savons que ce n’est pas possible. Nous nous en donnons les moyens.

Vous êtes aujourd’hui revenu à votre niveau de 2011. Avec le recul, comment expliquer la saison dernière ? Collectivement, mais surtout individuellement…
Je me suis posé mille questions sans trouver de réponse. Je suis quelqu’un qui se remet en question et je me suis aperçu que ça n’allait pas. Je me sentais mal, ça ne tournait pas. Je suis reparti sans me poser de questions, en travaillant.

Au milieu, il y a eu une coupe du monde qui n’a pas été une franche réussite non plus…
Je me suis dit que je repartais du point zéro. En club, en sélection, de gros points noirs. Je me suis dit qu’il fallait se ressourcer en famille.

Dès votre 1er match amical, en entrant à la pause contre les Néerlandais de Tilburg, vous aviez paru à l’aise…
Ce match-là m’a mis sur de bons rails, j’ai fait la même analyse que vous, pour un premier match après trois ou quatre jours d’entraînement, alors qu’on m’avait dit que j’entrais en deuxième mi-temps, à ma grande surprise, je me suis dit : « Nico, c’est le moment, ça commence là ! Faut se mettre minable… »

C’est drôle, parce que pour nous, ce qui ressort, c’est votre aisance…
C’est l’impression que vous avez souvent, mais ça demande beaucoup d’efforts, un gros travail mental, une concentration énorme, beaucoup d’analyse. Il est certain que ça stimule. Je me dis : « Hmm », je retrouve mes sensations ! Mais bon, ce n’est jamais agréable de se retrouver en bas. On travaille tous les jours pour se maintenir le plus haut possible. Quand on est en bas, il faut savoir repartir. On reçoit les critiques, mais je sais très bien ce que j’ai fait de bien ou de mal.

Jouer à deux ou à trois en défense centrale, pour vous, ce n’est pas pareil ?
Au départ, il fallait trouver ses repères, mais aujourd’hui, ça ne me pose aucun problème. À trois, j’assume la couverture de toute la surface derrière ; à deux, on le fait mutuellement, c’est moins compliqué. Ça demande beaucoup de concentration, d’énergie.

Ça vous redonne le goût de commander sur le terrain ?
J’ai toujours eu ce goût, naturellement. Pas à commander, mais à guider, échanger. Il est difficile de rappeler à l’ordre un coéquipier quand on ne fait pas le travail soi-même. C’est plus simple quand on fait soi-même du bon boulot , vis-à-vis de lui, on est plus crédible. D’autant que lorsqu’on joue, on est énervé, on ne fait pas attention, on peut réagir malencontreusement, dire : « Tu me demandes de faire ça et tu ne le fais pas toi-même ».

La coupe du monde ratée a été un déclic ?
Je rebondis. Mais pas seulement sur la coupe du monde. Il y a eu d’abord l’échec avec l’OM. Je me suis dit : « Tout a coulé, il faut repartir »

Le décès de votre papa, ensuite, a été aussi un déclic, vous avez eu envie de lui rendre hommage sur le terrain ?
Oui. Ça a beaucoup joué. Je me suis dit : je n’ai plus personne. Si je m’alarme sur mon cas, je n’avance plus, je suis foutu, je ne vis plus. Or, il y a des gens qui comptent sur moi, ont besoin de moi : ma femme, ma fille, mes amis. Il fallait regarder devant, les belles choses qui restaient.

Ça a été dur. Je me demandais pourquoi ça m’arrivait, surtout à un moment où tout me tombait dessus. J’ai été assommé un bon moment et puis je me suis dit : jusqu’à quand tu vas rester ainsi ? Faut avancer. C’était mon destin, je devais en passer par là.

 

camernews-Nkoulou

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