Nkolbisson sur le qui vive

Malgré le rendez-vous manqué des engins de la Cuy hier, les populations continuent de libérer leurs domiciles.

6 heures, nous sommes au lieu dit deuxième carrefour Nkolbisson dans l’arrondissement de Yaoundé VII. Les populations qui ont reçu lundi dernier la visite des éléments de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) annonçant le déguerpissement effectif pour la journée d’hier (mardi), sont en alerte maximale. On s’empresse de libérer les lieux. Les toitures sont envahies par des charpentiers. Pendant que d’aucuns enlèvent les tôles, d’autres dépiècent les structures des charpentes.
L’objectif est de récupérer tout ce qui peut l’être. Portes et fenêtres des habitations et des commerces ne sont pas en reste dans cette mission de déguerpissement volontaire, à laquelle se sont livrés certains habitants des maisons ciblées. Les femmes quant à elles sauvent la vaisselle en sollicitant l’aide du voisinage pour stocker marmites et autres ustensiles importants. Le temps presse, il n’est pas questions d’en perdre davantage en répondant aux questions des journalistes. « On nous a demandé de partir, on essaye de sécuriser le mobilier», lance une sinistrée dans la précipitation.

Non loin, au niveau de l’échangeur de Nkolbisson, les populations de cette zone semblent ne pas être concernées par la situation. « Nous ne partirons nulle part », appui un natif le front serré. La raison évoquée par ce dernier est celle du non respect des procédures en vigueur sur l’expropriation. « La loi a prévu une procédure à suivre en cas d’expropriation. Dans ce cas, c’est la communauté urbaine qui est juge et partie. Ce qui ne devrait pas être le cas », s’offusque Jean Paul Tabi Tsimi. En dehors de cette procédure d’expropriation qui n’a pas été respectée, les populations sont indignées des méthodes utilisées par la communauté urbaine en matière de dédommagement. « Quand vous arrivez à la communauté urbaine, on vous présente un texte que vous ne pouvez lire afin que vous le signiez. Ce n’est que lorsque vous le signez qu’on vous présente le montant que vous devez percevoir. On a l’impression que c’est un piège », s’indigne un autre sinistré en colère.
Notons par ailleurs que ce n’est pas la première fois que cette zone est ciblée par la Cuy. Déjà en 2008 lors des inondations meurtrières qui y ont sévi, le délégué du gouvernement avait annoncé en grande pompe la destruction de ces habitations afin d’en faire un quartier administratif. Les croix de saint André ont été apposées sans suite. Sept ans plus tard, « Jack Bauer » revient à la charge sous le prétexte d’une mission d’assainissement. En s’appuyant sur deux principales raisons: d’une part l’occupation anarchique des espaces et d’autre part l’établissement de ces populations dans des zones qualifiées de « zones à risques ». Des raisons que les populations rejettent : « Nous savons tous où se trouve le problème. C’est le pont qui n’existe plus. Il a été détruit depuis plusieurs années ceci à cause de sa buse vieille de 41 ans », explique un autochtone. Une thèse qui se vérifie lorsque l’on découvre cette buse envahie par des bouteilles plastiques et des déchets de toutes sortes empêchant ainsi le ruissèlement des eaux.

Ces multiples jérémiades des populations, on l’espère, trouveront une oreille attentive auprès des autorités.