Ngaoundéré : la préfecture de la Vina prise en otage par des commerçants

Ceux-ci s’opposent à une sommation de déguerpissement annoncée par les autorités locales.
La journée du 20 août 2015 aura été mouvementée dans la ville de Ngaoundéré. La préfecture de la Vina, dans la région du Nord, a été assiégée par des commerçants. Cette situation fait suite à une révolte des vendeuses de tomates, au lieu-dit « marché de tomates », en plein cœur du petit marché. A l’origine de ces échauffourées, on indique que le délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Ngaoundéré, Hamadou Dawa, aurait envoyé ses agents, question de sensibiliser les commerçants qu’ils devraient quitter les lieux dans les jours à venir.

Alors que les agents de contrôle déployés sur le terrain s’évertuent à prendre les dimensions des lieux qui seront prochainement rasés, un certain Aminou Garga Aliou, commerçant, par ailleurs porte-parole des commerçants, s’est amusé à immortaliser l’évènement dans son appareil photo. C’est ainsi qu’il a été surpris par les gros bras de la communauté urbaine, qui ne vont pas tarder à l’embarquer en direction du commissariat central de Ngaoundéré, pour trouble à l’ordre public. Ses camarades commerçants, qui ont vécu la scène, ont tout de suite fait bloc pour porter secours à leur collègue. Tous ont fermé leurs magasins et étales pour prendre la direction de la préfecture de la Vina, où ils ont fait un sit-in pendant toute la journée, pour se faire entendre auprès des maîtres des céans. « Il n’y a que le préfet qui peut nous écouter en ce moment-ci. Il fallait l’informer des manigances des agents de la communauté urbaine de Ngaoundéré», confie, Rose, une commerçante.

Le déplacement des commerçants pour la préfecture a porté des fruits. « Je leur ai demandé de faire une requête verbale et de revenir, et je vais initier une rencontre avec les responsables de la communauté urbaine. On verra comment trouver un dénouement heureux à cette situation», explique Justin Mvondo, préfet de la Vina. Par la suite, on apprend que le commerçant qui a été conduit au commissariat central de Ngaoundéré aurait été liberté sous ordre du préfet de la Vina. Il est important de relever que les commerçants ne sont pas à leur première résistance face à la décision des autorités locales.

On se souvient encore qu’à l’époque de l’ancien préfet, Thomas Hona, les commerçants avaient manifesté leur mécontentement. Un soulèvement qui avait abouti à la construction de bâtiments en matériaux définitifs par les commerçants, sur instruction de l’ancien préfet. Maintenant que le délégué du gouvernement revient sur sa décision, les choses semblent compliquées pour les deux parties. « Nous savons bien ce que les autorités sont en train de préparer. Nous ne sommes pas dupes. On nous demande de partir, pour donner la place aux gros bonnets. On ne se laissera pas faire cette fois-ci », indique Marie Claire Mgbaimi, présidente de l’Association des femmes vendeuse de tomates au petit marché. Pour l’heure, plusieurs commerçants ne comprennent pas l’implication de la communauté urbaine de Ngaoundéré dans la construction de leur marché, au lendemain du décret signé le 8 juin 2015 par le Premier ministre, Philemon Yang. Celui-ci stipule dans son article 13 alinéa 1 que : « La commune gère les marchés installés sur son territoire ». Et déclare aussi, en son article 5 alinéa 1, que « les compétences transférées par l’Etat en matière de construction, d’équipement, d’entretien et de gestion des marchés sont exercées par les communes ».