camernews-ottou-marcellin

Musique – Ottou Marcellin: «Je ne suis pas ouvert à la bêtise ni à la fainéantise»

Musique – Ottou Marcellin: «Je ne suis pas ouvert à la bêtise ni à la fainéantise»

A 32 ans de carrière, il est clair qu’on n’a plus rien à prouver, ou presque. Ottou Marcellin, chanteur à textes aux multiples tubes, revendiquant un répertoire de pas moins de 300 chansons, nous démontre clairement les vrais problèmes qui ont tué la culture camerounaise, non sans coup de gueule. Voici l’analyse du Prix Découvertes RFI 1982.

Bonjour M. Ottou Marcellin et merci de donner un peu de votre temps à Cameroon-Info.Net

Merci à vous cher ami.

Ce vendredi 16 mai vous êtes attendu sur les planches de l’Institut français du Cameroun à Yaoundé, un grand retour sommes-nous tentés de dire.

Disons que j’ai décidé de donner un concert ce vendredi à l’Ifc de Yaoundé à partir de 19h30 pour une raison très simple. On peut dire que «j’étouffe» dans ce pays du fait de ne pas pouvoir donner de concerts faute d’infrastructures entre autres, et je suis réduit à des prestations dans des cérémonies officielles où je chante juste deux à trois titres alors que j’ai un répertoire de plus de trois cent voire quatre cent chansons depuis plus de trente ans. Donc il fallait bien que je fasse ce grand concert avec une quarantaine de mes titres, connus et méconnus du grand public. Il sera surtout question de démontrer ma dimension musicale avec à mes côtés un orchestre traditionnel. Les balafons, les tam-tams et le Mvet. Cet aspect-là il faudrait bien que les gens le découvrent aussi.

Ils sont nombreux qui viendront réécouter vos tubes d’antan…

Bien évidemment, on revisitera Cocorico, Ça me fera souffrir, Un enfant, La fille du commandant, et bien d’autres.

On se souvient, vous êtes le gagnant du Prix découvertes RFI 1982. Et il y a encore quelques mois vous fêtiez officiellement vos trente années de carrière. Mais ils ne sont pas nombreux, ces jeunes qui font dans votre registre, qu’est-ce qui pourrait expliquer ce désistement ?

Je dirai que les responsabilités sont partagées, et on pourrait se baser sur quatre piliers pour justifier cet état des choses: Le premier, c’est l’institution ou le politique, c’est-à-dire les décideurs. La politique culturelle n’est pas bien suivie. Tenez par exemple, le ministère des arts et de la culture est transformé en ministère des droits d’auteurs, c’est bien dommage. Et concomitamment il y a la responsabilité des mairies. Honnêtement il n’y a aucune mairie sérieuse au Cameroun. Car la vraie mairie a deux activités, sportive et culturelle et particulièrement artistique qu’elle doit promouvoir dans son espace communal. C’est pour cela que vous verrez toujours en Europe que les équipes de football portent les noms des villes, pareil pour les festivals. Aujourd’hui on parle de décentralisation au Cameroun, c’est donc le moment ou jamais d’inclure des programmes de théâtre, de musique, de danse, de lecture et autres. A l’époque à Douala, il y avait un maire, Tobie Kouoh, qui faisait tout cela et a mis en place ce qu’on appelle aujourd’hui la salle des fêtes, avec une fanfare municipale à l’appui. Deuxièmement, il y a la responsabilité des artistes qui devraient apprendre à se remettre en cause et à travailler plus. Là je parle des artistes, des vrais, et non des ouvriers de l’art. Parce que vous êtes sans ignorer que dans la musique il y a deux choses qui dérangent : Le plagiat et la monotonie. Troisièmement il y a la part de la communication, parce qu’il faut dire la vérité, il n’existe aucun journaliste critique d’art en musique au Cameroun, qui soit engagé et en activité. Résultat, beh c’est chacun qui vient faire son petit numéro, prenant la parole dans un domaine aussi intelligent que celui-là. Tenez, moi par exemple, ils m’ont qualifié de « chansonnier » or je suis un « chanteur à textes ». Il faudrait bien qu’ils prennent un dictionnaire et voient à quoi renvoi le mot chansonnier. Donc pour vous dire qu’au niveau de la communication c’est vraiment du n’importe quoi, surtout avec leurs histoires de hit parade où vous observez une corruption sans pareille. Regardez bien, ces dernières années, aucun jeune faisant partie de ces hits parade n’a percé à l’international. Ça veut tout dire. C’est un véritable problème, parce qu’il y a des talents ici qui ne demande qu’à être recensés. Et pour finir avec le quatrième palier, il n’y a pas d’investissement car les producteurs ont foutu le camp. Je ne voudrais pas entrer dans les détails. Mais le vrai tort revient à vous hommes des médias. Je me souviens une fois, certains de vos confrères dans une télé médiocre, ont décidé de faire comme chanson de l’année le titre PINGUISS, et sont allés jusqu’à dire que c’est aussi Mignoncité. Mais c’est terrible !

Peut-être aussi parce que la première dame en raffolait…

Non, non ; ça ne veut rien dire, c’est de la corruption. La musique est pourrie par la corruption comme c’est le cas de tous les corps de métiers dans ce pays. Et quand je parle du vol organisé sur l’argent des droits d’auteurs, vous trouvez par exemple une poignée de fonctionnaires véreux au ministère des arts et de la culture, à côté d’eux un groupuscule de journalistes et une poignée d’artistes voyous. C’est de ça qu’il s’agit.

Que préconisez-vous M. Ottou Marcellin ?

Mais je l’ai dit plus haut. Que le politique fasse son travail, que les producteurs fassent leur boulot, parce que vous verrez quelqu’un dire qu’il vient de produire un artiste mais par la suite vous retrouvez le même producteur avec vos CD à Mokolo. Il faut aussi que les artistes se forment car nous n’avons pas besoin des ouvriers de l’art mais des artistes vrais. On ne voudrait plus voir l’exhibition pornographique dans nos musiques. Vous autres journalistes décriez cela, c’est votre rôle. Il y a des jeunes que vous vous devez d’encourager : Charlotte Dipanda, Kareyce Fotso, Tonton Ebogo, mais vous ne le faites pas et c’est grave !

Vous parliez de formation tout à l’heure, à votre niveau, êtes-vous ouvert aux jeunes qui voudraient bien apprendre de vous ?

Vous savez, la musique est un métier vaste et très difficile au point que je n’ai même pas une minute pour faire autre chose. On essaye d’encadrer les jeunes, mais qu’ils soient d’abord eux-mêmes conquérants…

Est-ce que Ottou Marcellin est ouvert ?

Ouvert ? Non, pas du tout. Je ne suis pas ouvert à la bêtise ni à la fainéantise. Vous savez, les jeunes ils arrivent, mais ils ont déjà leur petite idée en tête : Être une vedette. Sauf qu’il y a une différence entre une vedette et un créateur des œuvres de l’esprit, qui à la base doit apprendre à jouer d’un instrument. Mais ces jeunes commencent par le look : Des cheveux teints en vert, les boucles aux oreilles, les pantalons qui tombent aux chevilles, tatouages et tout. Ils sont tellement idiots dans leur histoire que parfois ils portent les lunettes noires même dans l’obscurité. Or, ce qu’on doit leur dire, même si ça ne leur plait pas, c’est que les gens intelligents ne suivent pas la mode. Mais ceux des jeunes qui sont performants me connaissent, je les aide en termes de conseils, des orientations et d’appui. Ils doivent être sérieux, surtout qu’aujourd’hui ils ont des outils de facilitation de carrière comme internet, ce que nous n’avions pas en notre temps.

 

camernews-ottou-marcellin

camernews-ottou-marcellin