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Musique – Manuel Wandji: «Cet album est une compilation de mes cinq dernières années de création»

Musique – Manuel Wandji: «Cet album est une compilation de mes cinq dernières années de création»

Artiste franco-camerounais, Manuel Wandji brille surtout par sa polyvalence en termes de registres musicaux, mais aussi ses multiples casquettes car il est arrangeur, producteur (on se souvient de ses nombreuses collaborations il y a 15 ans avec Henry Dikonguè), et danseur par moment. Il nous parle de son dernier album, et aussi de ses rapports actuels avec son « ex » ami Ruben Binam.

Artiste franco-camerounais, Manuel Wandji brille surtout par sa polyvalence en termes de registres musicaux, mais aussi ses multiples casquettes car il est arrangeur, producteur (on se souvient de ses nombreuses collaborations il y a 15 ans avec Henry Dikonguè), et danseur par moment. Il nous parle de son dernier album, et aussi de ses rapports actuels avec son « ex » ami Ruben Binam.

C’est parti pour un voyage avec CIN, déjà pourquoi le choix d’un titre en français et en anglais : Voyage & Friends ?

(Rires) Pour commencer je dirais déjà que le Cameroun est bilingue, et puis il faut dire que cet album a été enregistré en France, à New-York puis au Cameroun. J’ai donc trouvé amusant ce jeu de mots Voyage & Friends sans oublier que c’est aussi la bande son d’un documentaire de 55 minutes qui porte le même titre et que beaucoup ont certainement eu l’occasion de regarder sur Vox Africa. Sinon, vous le verrez bientôt sur la Crtv, Canal2, et nous sommes en négociation avec France Ô aussi, pour sa diffusion.

C’est quoi l’histoire ?

Beh, Voyage & Friends c’est l’histoire de ce compositeur et arrangeur que je suis, qui voyage dans le monde et fait beaucoup de rencontres. Bref, j’avais envie de montrer cet aspect de moi-même, celui qui consiste à rencontrer des gens pour créer. Parce que j’ai toujours pensé que c’est en collaborant qu’on crée quelque chose de beau. Et ces collaborations sont diverses : Avec des chorégraphes comme Merlin Nyakam, avec des artistes comme Manu Dibango, Kareyce Fotso, ou encore Charlotte Dipanda avec qui j’ai beaucoup travaillé.

Vous évoquez à chaque fois la piraterie grandissante, qui malheureusement justifie le fait que vous ne produisiez plus beaucoup, mais là c’est un album de 13 titres que vous mettez sur le marché alors que pas mal de vos confrères se sont résolument mis aux singles. Pourquoi autant de titres d’un seul coup ?

J’ai même dû en virer au moins cinq titres pour qu’il en reste 13 hein (rires). Ecoutez, moi je suis créatif et au bout de cinq ans d’absence il y a de la matière à revendre. Surtout qu’il fallait bien qu’elle soit en cohérence avec le film que j’ai évoqué tantôt. Mais c’est vrai, et je le dis toujours, la piraterie a tout foutu en l’air. Pour nous les anciens qui avons quand-même connu un marché sain à l’époque. Je rappelle souvent aux gens que rien qu’au Cameroun, avec Henry Dikonguè on a vendu 100 000 cassettes. Mais aujourd’hui on peine a écouler quelques milliers d’exemplaires pourtant les prix sont relativement acceptables. Du coup l’équation est un peu compliquée, d’où l’avancée vers une version plus portée sur les singles, sauf que pour nous autres c’est très frustrant. Parce que c’est comme si vous sortez un livre, mais que quelqu’un ne veuille que lire un seul chapitre, vous comprenez un peu ? Donc le single oui peut-être, mais il faudrait aussi que l’on découvre les autres richesses que regorge l’album. Voilà pourquoi j’ai fait 13 titres où vous écouterez des morceaux très easy listing, c’est-à-dire très accrocheurs, et derrière ça d’autres morceaux plus créatifs que le public appréciera à mesure qu’il écoutera. Et ça permet d’ouvrir l’esprit, sauf qu’aujourd’hui malheureusement internet ne permet pas cette ouverture d’esprit, car je prends toujours cet exemple, lorsque vous regardez une vidéos sur youtube, on vous propose d’autres vidéos mais sont dans le même sillage, et ça ne favorise pas l’ouverture. Ça ne permet pas aux gens de voir d’autres styles et c’est dommage.

Quand on se penche sur vos collaborations dans cet album, on remarque un Manu Dibango, une Kareyce Fotso, un Merlin Nyakam… Pourquoi eux et pas les autres ?

(Rires) Déjà Manu parce que je suis très souvent son percussionniste, on était d’ailleurs joué au Qatar il y a peu. Alors j’en ai profité pour lui dire : Tonton j’ai un morceau et j’aimerais bien que tu y mettes ta touche. Il m’a tout simplement répondu : « Bah envoies-moi ça j’écoute et on verra ». C’est comme ça qu’il a apprécié le titre et a accepté gracieusement d’y jouer. C’est à ce moment que j’ai le plus pu apprécier la grandeur de l’homme. Il y a joué comme si c’était son propre morceau et franchement il n’y a rien à redire sur ce monsieur. Avec Kareyce et Merlin Nyakam il était question de faire Voyage de Megne, j’avais vraiment envie de travailler sur du ben skin un rythme de chez moi, car j’ai plus grandi à Yaoundé et j’ai plus écouté du bikutsi, alors j’avais bien envie de le faire cette fois-ci. Merlin a pu poser sa voix, j’ai donc appelé aussi Kareyce qui était de passage à Paris (il y a plus de deux ans), je lui ai juste dit : Ecoutes je suis en train de travailler sur un morceau, c’est du Ben skin. Voilà comment c’est parti. Et puis je voulais souligner que cet album est en quelque sorte une compilation de mes cinq dernières années de création en attendant mon album de Wambo comme je l’ai dit plus haut. Toujours avec Merlin Nyakam, parce qu’il faut bien dire qu’il chante et danse dans mon groupe depuis une bonne dizaine d’années et on a déjà fait le tour du monde ensemble, on est en train de monter une compagnie au Cameroun avec des danseurs pour une création qui aura lieu en Novembre, je ferai la musique et lui la chorégraphie. On a pu faire le clip « T’es fatigué », qu’on a voulu amusant (rires).

On ne saurait se quitter sans évoquer votre souci avec votre ami Ruben Binam…

(Il coupe) Ex ami.

Donc la situation ne s’est jusqu’ici pas arrangée ?

De toutes façons ça ne saurait l’être, il est accusé de plus de 11 millions de détournements, de tous les artistes qui lui ont remis des CD il n’a payé personne y compris moi-même. Donc il n’y a pas possibilité d’arrangement, sauf s’il restitue la somme on retirera notre plainte, puisqu’on a déposé une plainte commune au nom du collectif. Il a déjà été inquiété plusieurs fois…

Et comment gérez-vous la distribution de vos œuvres ?

Disons qu’avec d’autres partenaires on essaye de trouver des solutions. Là il y en a qui m’ont approché pour essayer de voire comment injecter à nouveau de l’argent dans ce projet Cultures Mboa, en tout cas on verra car ça reste un bon projet. Sinon, j’ai préféré pour le moment négocier avec les gars du marché Congo à Douala et ceux du marché Central de Yaoundé pour la distribution. Donc vous trouverez les Cd partout au prix de 1000 F Cfa, c’est le groupe X-Maleya qui a impulsé ça, et on ne peut que s’y référer même si ça ne barre pas totalement la voie à la piraterie.

Qu’écoute Manuel Wandji en ce moment, de camerounais ?

J’écoute Charlotte Dipanda, parce que je la suis depuis 10 ans et elle évolue beaucoup. Elle a fait partie de mon groupe et ça fait du bien parce qu’elle a remis les pendules à l’heure au niveau du chant, car vous le savez au Cameroun le chant n’est pas notre point fort, donc c’est bien qu’elle ait relevé le niveau, pareil pour Kareyce Fotso. Sinon, le clip que je regarde en ce moment c’est Pala Pala de Mani Bella, j’adore ce morceau et ça fait plaisir de constater que le Bikutsi connaisse cette évolution.

 

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