Muhammadu Buhari, La Difficile Étape De Yaoundé

Le Président nigérian a accepté l’invitation du Cameroun que lui a porté le ministre René Emmanuel Sadi mais n’annonce aucune date.

D’après la presse nigériane, Muhammadu Buhari a accepté ce mardi 23 juin 2015, une invitation du président Paul Biya au Cameroun. C’est le Conseiller spécial du président nigérian pour les médias et la publicité, M. Femi Adesina qui l’a déclaré mardi soir. Il s’exprimait au sortir de l’audience que le président nigérian a accordée à l’émissaire de Paul Biya dans son palais présidentiel d’Abuja. Pour cette délicate mission, le président camerounais a dépêché le diplomate qu’on l’a souvent vu utiliser pour des missions sensibles.

Mais René Emmanuel Sadi est le troisième interlocuteur de rang ministériel à qui le président nigérian a parlé depuis le 29 mai 2015, date de son investiture. Avant le Minatd, Muhammadu Buhari avait eu comme interlocuteur le Vice premier ministre Amadou Ali et le Ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense, Edgard Alain Mebe Ngo’o. Les confrères nigérians reconnaissent que la mission du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation a été fructueuse. René Emmanuel Sadi a obtenu, selon ces médias, que le président nigérian « se rendrait Cameroun pour les pourparlers de haut niveau, peu après la fin du jeûne du Ramadan ».

Le porte-parole du président nigérian a dit que Muhammadu Buhari avait été enchanté de cette invitation. Mi-sincère, mi-obligé, le président nigérian harcelé par la presse avait dit son intention de venir au Cameroun. C’était le 15 juin dernier, lors du sommet de l’Union africaine à Johannesburg. « À mon retour au Nigeria, je vais essayer de me rendre au Cameroun », avait-il déclaré à des confrères qui voulaient comprendre pourquoi il ne s’était pas rendu à Yaoundé, lors de la minitournée qu’il a faite au Niger et au Tchad au lendemain de son investiture. Il avait expliqué qu’il n’avait pu poursuivre son périple sur Yaoundé parce qu’il avait dû se rendre en Allemagne au sommet du G7 où il devait rencontrer les puissants de ce monde. Seulement, maintenant que le Cameroun lui tend la perche, il ne s’empresse pas de la saisir.

Le ramadan pour s’excuser

N’empêche, lors de la visite qu’il a promis d’effectuer au Cameroun, Muhammadu Buhari et son homologue vont discuter et peut être aplanir leur mésentente. Ils vont surtout parler de la lutte contre Boko haram que ces deux Etats qui ont près de 1690 km de frontières communes mènent chacun de son côté. « Les entretiens lors de la visite seront axés sur la coopération entre le Nigeria et ses voisins dans la guerre contre Boko Haram et le terrorisme », a dit Femi Adesina. Une coopération qui était difficile entre l’administration du prédécesseur de Muhammadu Buhari et les autorités de Yaoundé.

Goodluck Jonathan, le précédent président nigérian reprochait au Cameroun d’abriter des terroristes de Boko haram sur son territoire et de leur servir de base arrière pour attaquer le Nigéria. Fort de cette argumentation, il voulait que l’armée nigériane ait l’autorisation de poursuivre sur le territoire camerounais les dits terroristes. Seulement, les militaires nigérians qui avaient fait ce constat se sont avérés rongés par la corruption. Yaoundé avait refusé, arguant que Boko haram avait son épicentre au Nigéria et que c’était de toutes les façons au Nigéria de le résoudre chez lui. Les deux avaient tort, car l’hydre allait étendre ses tentacules des deux côtés de la frontière.

Au Nigeria, la secte a très vite mis en déroute les militaires. La justice de leur pays, après avoir mené des enquêtes, a condamné nombreux d’entre eux pour des faits de corruption et de désertion. Pourtant, le Nigéria n’a jamais cessé de croire que la secte a puisé l’essentiel de ses forces de ses supposées bases arrières au Cameroun.

L’ami des puissances

La situation a empirée quand en janvier dernier, le Cameroun a favorisé l’entrée en guerre du Tchad. Jusque là, aucune troupe étrangère n’avait combattu sur le territoire nigérian depuis quelques petits détachements lors de la guerre civile du Biafra à la fin des années 1960. Les puissances occidentales voulaient que les élections présidentielles de février 2015 au Nigéria se déroulent normalement. Trois Etats du nord-est du Nigeria étaient sous contrôle de la secte. L’armée allait de déroute en revers. Les puissances ont choisi le Tchad pour déblayer la situation. Celui-ci, sous leur pression et en arguant que ses intérêts vitaux étaient en danger par l’étranglement des Boko haram sur l’axe Maiduguri-Fotokol, est entré au Nigéria et y a mené des combats. Les Nigérians ont perçu cela comme un affront, pour les plus modérés.

Et même comme une volonté de partition, pour les ultras. Ceux ci ont ressassé l’histoire de la guerre du Biafra et rappelé la volonté du général De Gaulle de diviser le Nigéria. Pour ces faucons d’Abuja, la France utilisait le Cameroun et le Tchad pour réussir en 2015 ce qu’elle a échoué en 1967. Les premiers actes de Muhammadu Buhari sont éloquents de sa compréhension de la situation. Lors de sa visite à Niamey le 03 juin, il a gentiment annoncé à son homologue nigérien que les militaires nigérians remplaceraient au plus dans un mois les troupes tchadiennes et nigériennes engagées sur le territoire nigérian.

C’était une façon polie de leur demander de repartir chez eux. De plus lors du sommet qu’il a organisé chez lui, le 11 juin, il s’est posé en chef le la coalition des pays de la Cblt contre Boko haram. Il a payé l’argent qu’il faut pour son démarrage et s’est arrogé le commandement en chef de façon pérenne. Il a de plus dit à ses partenaires que ses amis du G7, l’avait mandaté pour recueillir leurs besoins dans la lutte contre Boko haram. C’est peut être le sens de la tournée qu’il s’oblige de faire à ses voisins.