Morts et disparus de la Mecque: Au-delà du deuil national décrété par Biya

Morts et disparus de la Mecque: Au-delà du deuil national décrété par Biya

Comment plus d’une trentaine de personnes peuvent-elles disparaitre sans laisser les traces? Deux semaines après.

Les derniers pèlerins camerounais ont regagné le pays il y a quelques jours. Ce pèlerinage qui a coûté la vie à plusieurs fidèles musulmans dont une quarantaine de nos compatriotes, continue d’alimenter des conversations, surtout qu’en dehors des morts, on parle des disparus. A l’occasion du conseil des ministres hier au palais de l’unité à Yaoundé, le président de la République, Paul Biya, a saisi l’occasion pour décréter en leur mémoire ce 16 octobre 2015, une journée de deuil national. Un acte patriotique s’il en fut. Mais des questions lancinantes demeurent. Comment plus d’une trentaine de personnes peuvent-elles disparaitre sans laisser les traces? Pour certains habitués ou responsables de l’islam, c’est fort possible. «La Mecque est vaste. Il y a des gens qui ont dû pendant la panique fuir pour se retrouver à des endroits où il ne devait pas être facile de retrouver leurs groupes. Parce que les cas de morts ne peuvent pas se cacher. Les disparus sont ceux qui n’ont pas été identifiés parmi les morts et qui ne sont non plus rentrés dans des hôtel», explique Pokassa Njifon Rouchdan, Imam de la mosquée grand Bessengué.

Pour Cheik Ibrahim Mbombo Moubarack, 3 hypothèses sont possibles. «Les disparus peuvent se compter parmi les morts non identifiés. L’autre possibilité, c’est qu’il y a des gens qui peuvent être dans un Etat comateux et qui ne sont pas encore identifiées. Et il ne faut pas oublier qu’il y a des gens qui y vont et qui ne veulent plus retourner au pays». Ce phénomène, selon Cheik Moubarack, a cours depuis toujours et ne concerne pas seulement les pèlerins camerounais. « Chaque année, il y a toujours des pèlerins qui se cachent, parce qu’ils veulent vivre là bas. Ils réussissent à s’échapper et trouvent refuge pour la plupart à Djeddah dans un quartier baptisé Garantina. Il y a beaucoup d’africains là bas. Certains se débrouillent à laver les véhicules, d’autres font par exemple les cafétérias».

Un choix qui ne se passe pas sans difficulté, même si selon Cheik Moubarack, le quartier Garantina situé à une vingtaine de minutes de la Mecque, n’est pas tellement sous contrôle. Les fuyards se retrouvent tout de même là-bas en situation irrégulière. «Les passeports sont gardés par les services d’immigration du Hadj Saoudien. Donc, ceux qui réussissent à se cacher là bas n’ont pas de papiers».

Il peut aussi arriver qu’un pèlerin qui veut rentrer, ne retrouve pas son passeport. «Dans ce cas, le consulat général du Cameroun se rapproche des services d’immigration qui  établissent un laissez-passer pour permettre au pèlerin de regagner le pays», soutien Cheik Moubarack. Le cas de passeport égaré a effectivement failli empêcher à une Camerounaise de revenir au pays. Il ressort que son document était resté au service d’immigration et c’est à Djeddah, au moment d’embarquer, qu’on s’en était rendu compte. Les services diplomatiques du Cameroun se sont battus pour retrouver ce passeport. Notre compatriote s’était retrouvé obligée de regagner le pays un jour après sa délégation.