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Mondial 2014 : les vrais responsables de l’échec des Lions épargnés

Mondial 2014 : les vrais responsables de l’échec des Lions épargnés

Des sanctions s’abattent depuis plus d’une semaine sur certains joueurs et encadreurs de l’équipe nationale. Contre toute attente, Adoum Garoua, Joseph Owona et Volker Finke, les principaux acteurs de la participation catastrophique du Cameroun à la 20e édition de la Coupe du monde qui s’est déroulée du 12 juin au 13 juillet au Brésil ne sont pas inquiétés.

Incompréhensible, le maintenu en poste de Volker Finke malgré la mauvaise prestation des Lions indomptables à la 20e Coupe du monde au Brésil du 12 juin au 13 juillet (élimination dès le premier tour après trois défaites face au Mexique 0-1, la Croatie 0-4 et le Brésil 1-4). S’il est vrai que le coach allemand s’était engagé pour deux ans avec le Cameroun, les pouvoirs publics avaient l’occasion de le limoger pour un motif valable : insuffisance de résultats à la Coupe du monde. D’ailleurs, Philippe Zickgrap, journaliste à Radio France internationale et grand connaisseur du football africain et camerounais qu’il suit depuis plus de 30 ans avait déclaré : «un entraîneur qui termine avec zéro point, on l’a rarement vu rester en poste ».

Après avoir mené Fribourg au sein de l’élite du football allemand, Volker Finke n’a pas eu la même veine avec le Cameroun. Peut-être est-il tombé dans une mauvaise période ? Ou a-t-il commis des erreurs ? Car, on peut effectivement lui reprocher de n’avoir pas sélectionné certains joueurs (Kana Biyick, Bassong, Ndy Assembe, etc.) et d’en avoir pris d’autres qui étaient pas à 100% de leurs moyens physiques et techniques (Eto’o, Chedjou, Makoun, Webo). Il est difficile de comprendre pourquoi il a emmené en phase finale de cette Coupe du monde une dizaine de joueurs blessés.

Malgré toutes ces erreurs de management, les pouvoirs publics ne veulent pas se séparer de lui, sans doute à cause des liens étroits que la Fecafoot entretien avec l’équipementier des Lions, la firme allemande Puma. Par contre, l’entraîneur adjoint Martin Ndtoungou Mpilé qui pourtant n’avait aucun pouvoir de décision a été remplacé par deux Camerounais: Bonaventure Djonkep, ancien international double champion d’Afrique 1984 en Côte d’Ivoire, 1988 au Maroc  et quart mondialiste avec le Cameroun lors du mondial italien en 2010 et Alexandre Belinga ancien coach de l’équipe nationale juniors. Le coach des gardiens Jacques Songo’o a été également viré et remplacé par un autre ex gardien  Alioum Boukar, le champion d’Afrique (2000 face au Nigeria et 2002 devant le Sénégal) contre deux participations aux phases finales de Coupe du monde 1998 en France et Corée-Japon 2002.

Dans la foulée de ce remaniement, le team press officer Raphaël Nkoa accusé de colportage  a été viré. Vincent de Paul Atangana, chef du service des sports à la télévision nationale  pris sa place. Enfin, Pierre Clavert Oyomo assumera le rôle de directeur administratif par intérim.
Alors que le Cameroun hésite à se séparer d’un coach qui n’a pas été à la hauteur, plusieurs autres pays africains n’ont pas hésité à mettre un terme au bail de leurs entraîneurs respectifs. Après l’élimination des Eléphants de Côte d’Ivoire, le Français Sabri Lamouchi a rendu son tablier. De même, en Algérie, le coach Vahid Halilodzic a quitté ses fonctions et ce malgré la bonne prestation des Fennecs éliminés par l’Allemagne (future championne du monde) en 8e de finale. Le président du Ghana, John Dramani Mahama a immédiatement limogé son ministre des Sports Elvis Afriyie Anfrah suite à l’élimination des Blacks stars au premier tour. M. Anfrah ferait les frais, selon certaines sources, d’une «mauvaise organisation» autour de la sélection nationale avec notamment «le non paiement des primes aux joueurs».

Adoum-Owona : tous coupables !

Le président de la République devrait aussi remercier l’ectoplasme Adoum Garoua, dépositaire de l’autorité gouvernementale au Brésil, mais qui s’est laissé ridiculisé par Joseph Owona et n’a pas fait valoir ses prérogatives, ni faire entendre sa voix. Son manque de charisme est incompatible avec l’ambition de refondation du football camerounais telle qu’elle doit être engagée à la suite de la débâcle des Lions au Brésil. On se souvient, après sa nomination en décembre 2011, Adoum Garoua avait déclaré face à la presse qu’il allait travailler pour le développement de toutes les disciplines sportives. Mais, trois ans plus tard, le constat est amer, pathétique. Seul le football et principalement la sélection nationale senior messieurs bénéficie de tous les avantages. Plus d’une quarantaine d’autres fédérations sportives civiles nationales croupissent dans une misère indescriptible. Un phénomène qui favorise l’exode de jeunes talents camerounais en quête de bien-être vers des pays plus développés dotés d’infrastructures modernes.

Joseph Owona et Adoum Garoua ont échoué et ne méritent plus la confiance du chef de l’Etat. Le premier, à sa nomination en pleine crise électorale à la Fecafoot en juillet 2013, s’était vu confier plusieurs missions. S’il a finalement réussi à faire adopter les nouveaux textes de la Fecafoot grâce à une prorogation de huit mois de son mandat par la Fifa, il reste que Joseph Owona a été incapable d’organiser, sur la base de ces nouveaux textes, des élections à la date butoir du 31 mars dernier. Pire, la gestion des affaires courantes est également catastrophique. D’où la colère du chef de l’Etat qui l’a éconduit du palais de l’Unité, à l’occasion d’une audience accordée à Sepp Blatter le président de la Fifa après l’inauguration du centre technique de la Caf de Mbankomo le 5 mai.

Joseph Owona et Adoum Garoua, son ex collaborateur du Minsep n’ont pas pu gérer les crises auxquelles ils ont été confrontés durant cette Coupe du monde. La grève des joueurs en raison de primes impayées au départ de Yaoundé, à cinq jours du kick-off a complètement déstabilisé le groupe. La Fecafoot se serait ravitaillée au quartier, auprès d’un usurier, pour payer les joueurs qui menaçaient de ne pas embarquer pour le Brésil. Etrange procédure venant d’un juriste, qui sait parfaitement que la pratique de l’usure revêt un caractère illégal sur le territoire camerounais.

La crise des primes occasionnée par Adoum Garoua et Joseph Owona au sein des Lions fait étrangement penser à Marrakech (Marrakechgate) où les joueurs camerounais avaient également décidé de ne pas aller jouer un match amical en Algérie face aux Fennecs en raison de primes impayées de 500.000 FCFA. Pour cela, les deux hommes doivent un pardon au peuple camerounais. La Fecafoot doit également se doter de nouveaux dirigeants dans une démarche de rupture avec l’ordre établi depuis juillet 2013. Bref, un nouveau ministre des Sports, une nouvelle Fecafoot, un nouvel entraîneur, dont une nouvelle sélection nationale sans certains joueurs dont on peut aujourd’hui se passer aujourd’hui. Dans le cas contraire, le Cameroun fera le lit d’autres Brésil demain.

Des sanctions contre-productives

Samuel Eto’o sanctionné par sa non convocation en vue de la double confrontation contre les Léopards de la République démocratique du Congo le 6 septembre à Lubumbashi et les Eléphants de Côte d’Ivoire quatre jours plus tard à Yaoundé, comptant pour les éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations Maroc 2015. L’attaquant vedette des Lions indomptables quatre fois Ballon d’or africain pour trois ligues des champions remportées avec Barcelone et Inter Milan a ensuite été humilié par le ministre des Sports et de l’Education physique Adoum Garoua qui, sur proposition du Comité de normalisation de la Fédération camerounaise de football piloté par le très contesté Joseph Owona, a pris la décision la semaine dernière, de lui retirer le brassard en nommant un nouveau capitaine (Stéphane Mbia).

Toutefois, l’attaquant vedette du Cameroun n’est pas l’unique cible des pouvoirs publics au lendemain de la déculottée des Lions indomptables à la 20e Coupe du monde de football au Brésil. Plusieurs autres joueurs ont été mis à la touche. Volker Finke a fait du ménage, écartant par ailleurs Benoit Assou-Ekotto, coupable d’un coup de tête sur son coéquipier Benjamin Moukandjo lors du match contre la Croatie en juin dernier. De même, Achille Webo, Aurélien Chedjou et Dany Nounkeu qui évoluent en Turquie ont été aussi laissés à la touche. Idem pour Charles Itandje, le gardien de Konyaspor en première division, les défenseurs Allan Nyom de Granada en Espagne, ainsi que le sociétaire de Coton sport de Garoua au Cameroun, Loïc Feudjou.

Aucune explication sur leur mise à l’écart n’a été fournie par la Fédération camerounaise de football. Les seules absences logiques concernent celles du milieu de terrain du FC Barcelone Alexandre Song, suspendu pour trois matches officiels en raison de son coup de coude sur le Croate Mario Mandzukic lors du second match des Lions à la Coupe du monde au Brésil, tout comme Henri Bédimo, blessé avec l’Olympique lyonnais en France.

Ces sanctions tombées après dépôt sur la table du chef de l’Etat du rapport Motaze sur la participation foireuse du Cameroun au Mondial brésilien devraient s’étendre. Il est en effet inconcevable que seuls les joueurs soient indexés. Quid de Joseph Owona, Adoum Garoua, Volker Finke et tous les responsables du ministère des Sports et de l’éducation physique, de la Fédération camerounaise de football, des ministères de la Communication ou celui des Arts et de la Culture et de la présidence de la République qui encombraient la délégation ?

Nos sources indiquent que le chef de l’Etat s’apprête à sanctionner de telles dérives. Selon nos sources généralement bien informées au sommet de l’Etat, le palais de l’Unité ne compte pas s’arrêter là. Adoum Garoua et Joseph Owona qui ne connaît que trop bien le président de la République pour l’avoir servi de longue années durant savent désormais à quoi s’attendre dans les semaines, voire les jours à venir. Les deux hommes ont complètement perdu le sommeil. Volker Finke bénéficiant du soutien de Puma peut encore rêver de gloire à la tête des Lions indomptables. Mais, pour combien de temps encore ?

 

 

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