Monde : Lendemains de frappes américaines en Syrie et peur sur…le monde

Le régime syrien pensait-il pouvoir s’en tirer à bon compte en attaquant à l’arme chimique les populations de la ville rebelle de Khan Cheikhoun où ses frappes ont fait plus de 70 morts et plus de 170 blessés, juste parce qu’il est protégé par le bouclier russe ou tout simplement parce qu’elle allait justifier son acte par sa volonté de détruire un « entrepôt d’armes toxiques » contrôlé par des rebelles ? Selon toute vraisemblance, il semble bien que oui. Mais ce n’était pas du tout un avis partagé par l’imprévisible nouveau président des Etats-Unis d’Amérique qui, malgré ses bonnes dispositions envers Assad et son mentor russe, a réagi de façon assez énergique au massacre de masse perpétré par les forces armées syriennes sur leurs propres compatriotes.

Depuis le 04 avril dernier, le conflit syrien qui dure depuis six ans est en train d’écrire une autre page sombre de son interminable tragédie. Les forces de défense du président Assad, sous prétexte de détruire un entrepôt des rebelles où étaient entreposées des «substances toxiques», avaient attaqué à l’arme chimique la ville de Khan Cheikhoun, réputée rebelle au régime en place. Bilan provisoire plus de 70 morts et environ 170 blessés. Un acte insupportable pour les pays occidentaux, les Etats-Unis en tête, ainsi que quelques autres pays comme l’Arabie saoudite, la Turquie… en froid avec Damas. La réaction à ce qui est qualifié côté anti-Damas de « crime de guerre » ne s’est fait pas fait attendre : 59 missiles « Tomahawk » américains ont été tirés depuis des destroyers de l’U.S. Navy stationnés dans l’est de la Méditerranée, sur la base aérienne de Shayrat, faisant au moins sept morts, dont deux civils. Et du coup, la réaction de la Russie et de l’Iran, principaux soutiens du régime syrien, ainsi que les menaces de représailles décelées dans les discours de Moscou, font planer sur la stabilité mondiale la peur d’un engagement armé à plus large échelle opposant, au-delà du Moyen-Orient, les deux principales puissances militaires du monde, leurs alliés respectifs avec.

Les leçons de la situation, au-delà de l’escalade.
Certes, pour l’instant, on n’en est qu’aux déclarations de désaccord. Mais les plus virulentes, qui viennent des adversaires des Etats-Unis, laissent à penser qu’une coalition d’Etats, pour la plupart dirigés par des régimes totalitaires, envisageraient d’entreprendre des actions fortes pour mettre fin à l’hégémonie (militaire) US. Seulement, ces pays, en tête desquels la Russie, semblent oublier que la crise syrienne qui est en train de connaître un autre développement très risqué pour la paix mondiale est née de la répression engagée par le régime de Damas depuis 2011, au début de ce qu’on appelé « le printemps arabe » contre une partie de ses propres concitoyens qui réclamaient l’ouverture démocratique.

Plus de 320.000 personnes ont péri dans la guerre qui oppose le régime Assad soutenu militairement par la Russie et l’Iran principalement et ses opposants, qualifiés de terroristes, eux aussi soutenus par l’Occident qui leur aurait dans un premier temps fourni du matériel militaire et des ressources financières avant de se rétracter quand Moscou a fait irruption dans cette course au massacre en prétextant combattre l’organisation islamo-terroriste dénommé Etat Islamique du Soleil Levant (EI). Quoique les occidentaux n’aient pas été dupes des desseins russes, ils ont préféré laisser à Moscou le soin d’assagir son protégé, en même temps qu’il s’occupait de l’EI sur le front syrien. Mais la Russie dont l’homme fort, Vladimir Poutine, semble lui-même en rupture de ban avec les pratiques démocratiques, a plutôt mis exprès, tous ceux qui étaient en guerre contre Assad dans le même panier : tous des terroristes. Ceux qui croyaient que la Russie ferrait en quelque sorte office de force d’interposition entre les parties en conflit n’ont eu que leurs yeux pour pleurer quand l’aviation russe s’est mise à pilonner itérativement les bases des rebelles en les indexant comme des terroristes de l’EI.

Aujourd’hui, les bien-pensants « anti-impérialistes » disent craindre que la dernière réaction de Trump ouvre la boite de Pandore d’où sortiraient les mille et un démons de la tant redoutée 3ème guerre mondiale ou d’un chaos généralisé comme celui qui a cours en Irak ou en Lybie depuis le renversement des régimes tyranniques de Saddam Hussein et Mouammar Kadhafi qui y faisaient la loi du cynisme le plus meurtrier en se réfugiant derrière le développement économique et infrastructurel de leurs états sous le règne, comme si l’on pouvait massacrer des êtres humains pour leur bonheur.

Peut-être qu’avant de redouter l’ouverture de la boîte de Pandore, il faudrait avant tout commencer par en finir avec cette habitude qu’ont certains dirigeants de se croire indispensables à leur pays et donc de rester au pouvoir ad vitam aeternam. On a eu l’exemple d’un Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire très apprécié en Afrique pour son esprit anticolonialiste et son combat mené depuis les années 1970-1980 pour la libéralisation de l’espace politique en Afrique, mais qui n’a pas su laisser le pouvoir quand il devenait évident qu’en s’y accrochant, même au nom de la « légitimité conférée par les urnes », cela pouvait attirer sur son peuple le péril d’une guerre civile avec sa cohorte de morts. Il a été arrêté, humilié et est détenu depuis six ans dans une prison hors de son pays et de son continent, au grand mécontentement des Africains qui continuent d’avoir de la sympathie pour lui, mais la Côte d’Ivoire n’a pas pour autant cessé de vivre, pas plus qu’elle n’est détenue avec lui. Au contraire, ce pays continue son bonhomme de chemin vers le progrès malgré la présence à sa tête d’un président dont la légitimité ne fait pas l’unanimité, et qui s’il ne commet pas la même erreur que son prédécesseur, pourrait passer la main à l’issue de son actuel mandat le plus tranquillement du monde.

En d’autres termes, l’alternance systématique à la tête des Etats pourrait constituer un bon médicament contre les crises meurtrières comme celle qui sévit en Syrie. Les pays comme les Etats-Unis, l’Iran, la Chine, qui ne sont pas des exemples de démocratie, mais où l’alternance au pouvoir est systématisée, ne serait-ce que par la limitation des mandats -contrairement à d’autres pays où elle l’est par la transparence du système électoral- peuvent servir d’illustrations à cette thèse au regard de leurs niveaux de développement. Ce qui bat en brèche certaine thèse saugrenue qui veut que « ne dure pas au pouvoir qui veut, mais qui peut »… terroriser son peuple !