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Misère ouvrière ou fête du travail ?

Misère ouvrière ou fête du travail ?

FINIES LES AGAPES de la célébration d’hier, l’heure est au bilan de ce que nous y avons vécu. Si les larges sourires des défilants laissaient supposer des relations socioprofessionnelles sans nuage entre employeurs et employés, on apprend plutôt que ces derniers étaient conditionnés par l’après défilé. En effet, ceux des personnels qui ont sacrifié au défilé circonstanciel l’auraient fait pour les expédients que leur promettait leur employeur qui, outre le repas quand il existait, distribuait 5 000 F Cfa ou un peu plus.

Mais loin d’avoir une valeur symbolique cet argent qu’on distribuait exclusivement aux défilants trahit leur ravalement au statut d’ilotes. Le terme est peutêtre dur, mais il l’est à dessein tant il est vrai que le temps de la fête, certains des employés ont tôt fait d’oublier leur véritable condition en se contentant des avantages circonstanciels aussi éphémères que la durée de la célébration de la fête du travail. Aussi est-on en droit d’y voir l’exacerbation de la misère de l’employé qui, à défaut d’accepter des contrats iniques d’adhésion, étale au grand jour sa misère quotidienne, pendant que dans le même temps l’employeur ne s’offusque guère de faire de la célébration du travailleur une occasion supplémentaire de le narguer et de renforcer le gap que le sépare de celui qu’il qualifie pourtant de proche collaborateur, quand il y va de sauvegarder la notoriété induite de l’entreprise.

En fait, la fête du travail offre plutôt un paravent inespéré à l’employeur qui croît taire à l’occasion certaines récriminations à son encontre, quitte à reprendre dès le lendemain son mode opératoire récurrent fait d’artifices pour asservir au mieux l’employé. Or, on se serait attendu que les employés s’approprient la philosophie attachée à la commémoration du mouvement de ces ouvriers à l’origine de l’instauration de la fête du travail en en faisant un jour de contestation par excellence. Mais au lieu de cela, ces derniers prêtent plutôt le flanc aux employeurs en leur concédant de régenter une journée qui leur est dédié à plus d’un titre. Si ce n’est là une autre preuve de la misère ambiante dans laquelle vit au quotidien l’employé, on en vient néanmoins à mieux comprendre le peu d’engouement qui est désormais le sien relativement à sa participation à la fête du travail. N’empêche qu’en dépit de la dilution du côte populaire que devrait avoir ladite fête, ceux des employés qui parviennent à disposer à l’occasion des expédients évoqués supra, s’obligent à festoyer aussi bruyamment qu’ils le peuvent.

Preuve qu’ignorants de ce qu’ils offrent ainsi quelque sauf-conduit aux employeurs, ils semblent se contenter de si peu alors que du fait de leur statut de première ressource de toute entreprise, ils devraient exiger davantage des employeurs. Mais face à la hantise exacerbée par l’étroitesse des opportunités d’emplois, ils acceptent stoïquement leur misère. Mais peut-on en attendre plus ? La tentation est forte de répondre à cette interrogation par la négative car, la culture de solidarité qui était jusqu’alors la nôtre a laissé la place à un individualisme inhibiteur de toute revendication de masse. Dès lors, il devient plus aisé aux employeurs de manipuler l’employé en inféodant aussi bien le mouvement syndical que les délégués du personnel qui sacrifient ainsi à l’autel des intérêts égocentriques, l’intérêt général et notamment la prise en compte des revendications légitimes des employés.

Du coup, ces derniers sont réduits à l’avilissement, caractéristique première des miséreux face aux tenants des cordons de la bourse. En somme, le capitalisme sauvage a fait de l’employé une ressource tellement interchangeable que ceux des employés en activité y assujettissent leur vie. Suffisant pour comprendre la facilité avec laquelle l’employé succombe généralement aux promesses fallacieuses de l’employeur qui sait qu’en entretenant l’espoir de meilleures conditions de travail, l’employé s’investira davantage pour assurer et garantir la pérennité de l’activité de l’entreprise.

Malheureusement, l’employé s’enlise dans le cercle vicieux de revendications jamais assouvies, entraînant dès lors une rengaine interminable de récriminations à l’encontre de l’employeur. Qu’importe aussi longtemps que ce dernier sait réaliser ses objectifs en exploitant au mieux la hantise et la couardise des employés. Dans un tel environnement, il est évident que la fête du travail s’assimile de plus en plus comme celle de la misère de l’employé qui, ne disposant pas d’un éventail d’opportunités d’emplois, s’arc boute sur celle que lui concède l’employeur. Et ce, à toutes les conditions même les plus inimaginables. Ainsi va le mode du travail aujourd’hui où la misère de l’employé côtoie l’opulence ostentatoire de l’employeur.

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