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Michel Thierry Atangana « Sauve toi et sauve nous »

Michel Thierry Atangana « Sauve toi et sauve nous »

 

Quelle autre image que celle puisée dans les Saintes écritures et notamment celle de l’échange ayant eu lieu, il y a deux mille ans, entre le Christ sur la Croix et ses camarades d’infortune. C’est celle de l’un de ces deux grands bandits de grand chemin qui, désespéré devant une mort proche et certaine, invitait Jésus à user de sa position de fils de Dieu ou des miracles réalisés dont les effets avaient traversé la contrée pour le détourner d’une mort presque imparable.

« Sauve toi et sauve nous », disait-ils désespérant comme pour indiquer qu’on doit certainement profiter  du privilège, sur terre, d’avoir le même sort que le fils de Dieu en qui il a mis tout son amour.  Toute proportion gardée, cette image que nous décrivent les Evangiles peut avoir des ressemblances avec la dernière actualité en date au Cameroun ; laquelle a réussi à reléguer aux seconds plans, la célébration du Cinquantenaire de la Réunification dont le point d’ogre se trouve dans la ville de Buéa.

Michel Thierry Atangana n’est pas Jésus. Il est même très loin de l’être. Titus Edzoa qui bénéficie d’une remise totale de peine comme lui n’est pas de l’acabit d’un de ces brigands qui implorait Jésus d’œuvrer pour qu’il ait la vie sauve. Mounchipou Seydou, Pierre Désiré Engo,  Emmanuel Gérard Ondo Ndong ou autre Joseph Edou qui voient réduire leurs peines au crochet du Franco-camerounais, Michel Thierry Atangana ne le sont non plus. Ils n’ont pas eu à  dire « sauve toi et nous » comme il y a 2000 ans aujourd’hui, mais ils ont toujours, dans leur coin, espérer une décompression du climat qui entoure « l’opération Epervier » à travers l’aboutissement du dossier Atangana porté comme ils disent assez souvent par « ses réseaux ».

Réseaux ? Non pas que le fils de Nsiméyong, situé  dans l’arrondissement de Yaoundé III – à qui on voit des liens de parenté avec le regretté Ombga Damase dont le nom fait partie indubitablement de la  légende de ce quartier de Yaoundé ou de sa proximité dans les années 1990 avec le Rpr de Jacques Chirac au pouvoir en France – appartienne à un de ses cercles vicieux que la chronique mondaine dit être capable de fabriquer les califes au simple claquement de mains. Mais de par son parcours et le front qui s’est constitué derrière lui pour sa libération.

En effet, Michel Thierry Atangana Abéga qui avait été embastillé en 1997 lorsqu’il n’a que 33 ans (né 14 juin 1964)  n’a jamais été lâché par ses «amis» français qui n’ont lésiné sur aucun moyen pour convaincre le gotha politique français qu’un drame se nouait sous le nez et à la barbe de leurs ambassadeurs à Yaoundé.

A coup de sensibilisation, d’exhortation,  ce réseau de l’humanisme a fait un travail de fourmi. Il est allé voir les élus locaux (conseillers municipaux, conseillers régionaux), députés, sénateurs pour leur indiquer qu’un homme d’affaire français désigné au Cameroun au milieu des années 1990, à la tête d’un projet devant doter le pays, en plein marasme économique,  d’infrastructures de développement a été emprisonné du fait de sa proximité avec un homme d’appareil qui a osé se retourner contre ses maîtres pour s’engager dans l’opposition. Que pire, le citoyen français, ingénieur financier, chef de projet chez Jean Lefebvre était présenté comme un vulgaire bandit qui a voulu faire main basse sur la fortune de ce pays. Et sera donc, si rien n’est fait condamné pour une deuxième peine, pour les infractions de même nature.

L’opinion publique internationale

Les premières victoires de ses soutiens se déclinent ainsi  : pousser un ambassadeur de France, Bruno Gain à parler ouvertement et en public du cas Atangana ; arriver à déconstruire les stéréotypes qu’avait entretenus la presse sur leurs protégés ; arriver à le démarquer du cas Titus Edzoa qui ne manquait pas lui-même d’indiquer que « ce jeune homme n’a rien à voir dans cette affaire, [son affaire avec Paul Biya, son ex patron, ndlr] » ; attirer l’attention de la communauté internationale sur lui. Les résultats ont été plus que probants. Les abus de ses geôliers militaires, le laxisme des magistrats, les intimidations sur Michel Thierry Atangana sont dénoncés par la presse. L’opinion internationale est saisie à travers le plaidoyer mené dans les colonnes des journaux à plus grands tirages dans l’espace Francophone. Tout y passe. L’Express, Le Nouvel Observateur, Le Canard enchaîné, Le Parisien, Jeune Afrique etc. Même l’audio visuel français est mis à contribution. L’affaire Atangana est devenue internationale comme qui dirait.

Mais le concerné lui croupit toujours sous les dalles du Secrétariat d’Etat à la Défense. Espérant un jour recouvrer la liberté au bout du son deuxième procès qui va durer trois ans (entre 2009 et 2012). Mais ses espoirs sont quelque peu déçus lorsqu’une collégialité de juges recomposée seulement quelques jours avant le jour du verdict lui inflige une  nouvelle peine de 20 ans en octobre 2012, ce même,  alors qu’il avait déjà passé 15 ans en prison. La déception est grande. Certains avocats de la défense fondent même en larmes au tribunal.

Mais solide comme un roc, le président du Copisur engage un nouveau combat : celui de son pourvoi en cassation. Au bout d’un an de procédure, la section spécialisée de la Cour suprême confirme cette peine. Ce qui signifie que l’homme qui bénéficie des attentions de François Hollande, en personne ; lequel s’est déjà entretenu avec le président Biya sur le dossier à maintes reprises, restera en prison, malgré l’émotion soulevée par son cas en Hexagone.

Mais le brave homme qui entré en prison à l’âge 33 ans et qui s’y trouve  toujours à plus de 49 ans, ne va pas baisser les bras. Comment le pouvait-il d’ailleurs ? Il n’a plus que sa liberté à conquérir dans une vie qui s’est quasiment effondrée. Sa sœur et  sa mère, les êtres les plus chères pour lui sur le sol camerounais, sont déjà décédées. Il n’a pas revu son fils aîné depuis son incarcération. Le jeune homme que ce dernier est devenu ne lui parlent qu’au téléphone au moment des visites de ses avocats. Son épouse a refait sa vie. Ses biens sont dégradés, ses comptes bancaires gêlés. Les prêtres, les aumôniers, ses cousins éloignés sont désormais sa seule famille. Certainement que chaque matin lorsqu’il doit affronter le regard d’Atemy et de Philipe, deux jeunes gens restés fidèles  qui viennent le chercher à la porte de sa cellule pour son parloir, il n’a pas de raisons de désespérer.

Nations-Unies

En tout cas, il y a peut-être d’autres raisons de ne pas l’être. Ses soutiens se comptant désormais parmi les personnes très influentes de la société civile française. Militants des droits de l’Homme, ténors du barreau français qui ont retrouvé Me Remi Barousse qui suit le dossier depuis près d’une décennie déjà, insufflent un nouvel espoir.

Amnesty internationale s’y mêle. L’ambassadeur des droits de l’Homme de François Hollande fait le déplacement express de Yaoundé en vue de rencontrer et remonter le célèbre prisonnier. Le dossier est porté à l’attention du pape François ; lequel en aurait touché un mot à Paul Biya pendant sa dernière visite au vatican. Même les Américains sont passés par là. Le rapport 2012 sur l’Etat des droits de l’Homme au Cameroun rédigé par le département d’Etat épingle le pays sur le cas Atangana.

Et le must des must, c’est la saisine de la Commission des droits de l’Homme de l’Organisation des Nations-Unies pour ce cas déjà soldé par les juridictions du Cameroun. Cette démarche porte ses fruits puisque l’Onu parvient quasiment à la même conclusion que les défenseurs d’Atangana. C’est dans cette ambiance que le décret du 18 février 2014 révisant les peines de personnes définitivement condamnées pour détournement de deniers publics tombe. Il est taillé sur mesure pour Michel-Thierry Atangana.

C’est dommage c’est l’exécutif qui vient corriger les erreurs du judiciaire. N’empêche, dans les ciseaux utilisés durant  la coupe de ce costume taillé sur mesure, le vent de la liberté, Titus Edzoa qui devait être bien heureux de voir à côté de lui, au quotidien, dans leurs cellules du Sed, quelqu’un lutter de façon aussi acharné pour la liberté.

Aujourd’hui comme Titus Edzoa, Pierre-Désiré Engo, la vingtaine de personnes impliquées dans l’affaire Feicom, la vingtaine de l’affaire Crédit Foncier et Joseph Edou, de celle de Mouchipou Seidou etc. qui vont soit recouvrer la liberté soit voir revue leur peine à la baisse, et même autres Polycarpe Abah Abah, Siyam Siwé, Edouard Etondé Ekotto  et consort qui intègrent désormais la grâce présidentielle dans leur sort peuvent comprendre le sens de la phrase « sauve toi et sauve nous ».

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