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Michel Kaham : « C’est sur le terrain que nous attendons les joueurs »

Michel Kaham : « C’est sur le terrain que nous attendons les joueurs »

Présent dans le couloir droit des Lions Indomptables au Mondial 1982, Michel Kaham a pris le temps de replonger au cœur de la tanière de cette Coupe du monde. La gestion des primes, la préparation de cet évènement sur le plan sportif et administratif, le stage en Allemagne et bien d’autres points ont été abordés par notre interlocuteur. Aujourd’hui, directeur de la Kadji sport Academy qui a vu passer nombre de joueurs qui forment l’ossature actuelle de l’équipe, le technicien, qui a également vécu la Coupe du mond e1990 en tant qu’adjoint rappelle à ses successeurs que c’est sur le terrain que les Camerounais les attendent. Entretien…

Comment avez-vous accueilli votre convocation dans le groupe qui a défendu les couleurs du Cameroun au Mondial 1982 ?

Ma convocation chez les Lions en 1982 venait après une longue absence, puisque je suis parti du Cameroun en 1974 sur une déception vis à vis des autorités sportives qui m’avaient contraint d’effectuer une tournée en Chine en Juillet 1974 pour me libérer à quelques jours seulement de la 2ème session du Baccalauréat, que j’ai raté évidemment. Déçu, je suis parti en France. Je fus néanmoins très heureux de revenir en sélection pour cette échéance capitale. Le match Cameroun – Maroc en 1981 qui nous offrait pour la première fois une participation en phase finale d’une Coupe du monde reste et restera une date mémorable pour le football camerounais.

Comment le Cameroun a préparé cette compétition sur le plan sportif et administratif ?

Pour la préparation sportive, le Cameroun avait recruté un nouvel entraineur, le regretté Jean Vincent, et le stage s’est déroulé en Allemagne dans des installations ultra modernes, idéales pour une bonne préparation. Au cours du stage, nous avons joué des matches très intéressants. Sur le plan administratif, les choses étaient simplifiées. Car seuls cinq joueurs venaient de l’étranger (Milla, Bahoken, Mbida, Tokoto et moi). Tout le reste était composé de joueurs locaux. A l’époque, personne n’avait d’idées précises sur les retombées d’une Coupe du monde et tous nos esprits étaient focalisés sur l’honneur de la patrie et rien d’autre.

Qu’est ce qui vous a marqué au cours du stage en Allemagne ?

C’était d’abord la qualité des infrastructures et le sérieux dans le travail .Le groupe était composé de gros compétiteurs et ça se sentait à chaque séance. Chacun voulait prouver quelque chose et en dépit de la concurrence évidente, le groupe vivait en responsable. La blessure de Maya Maya fut un choc pour tout le groupe.

Décrivez-nous l’ambiance dans la tanière

L’ambiance dans la tanière était très agréable et très motivante. La majorité des joueurs avait un passé commun mais en plus, Jean Vincent était un grand animateur. Il savait mettre tout le monde en confiance, mélangeant régulièrement la plaisanterie aux coups de gueule, ce qui facilitait le travail. Il savait animer ses séances et on se dépensait sans compter. Ça nous a fait énormément du bien pour la forme.

Quel souvenir gardez-vous du mondial espagnol (1982) ?

Pour moi le mondial 1982, c’est une mission accomplie. Nous y allions pour la première fois avec pour mission de ne pas être ridicule à l’instar du Zaïre (actuellement RDC) en 1994. Nous sommes allés au-delà de nos attentes en réalisant une prestation inouïe. Nous sommes sortis de la compétition la tête haute, une élimination avec la manière. Car, nous n’avons connu aucune défaite et avions le même nombre de points (3) que l’Italie, futur vainqueur de l’épreuve. Je suis réaliste. Pour aller plus loin il nous aurait fallu un peu plus d’expérience et vaincre un complexe vis à vis du football européen qui n’est venu qu’en fin de compétition et c’est normal.

Qu’est-ce qui a fait défaut au Cameroun pendant cette expédition ?

Ce qui nous a fait défaut c’est l’expérience de la coupe du monde tout simplement. Nous allions dans l’inconnu et la confiance s’installait au fil des matches. Si on passait au deuxième tour, c’est sûr qu’on aurait fait mal. On montait en puissance vraiment.

Le Cameroun se fait éliminer du mondial avec le même nombre de point (03) que l’Italie champion du monde. Comment vous êtes vous senti ? Vous êtes-vous dit : ouf, on a fait mieux que le Zaïre ou on pouvait mieux faire ?

Après coup, éliminés par l’Italie avec le même nombre de points, pousse à penser forcément que l’on aurait pu faire mieux, pas contre l’Italie, mais surtout contre la Pologne. Mais c’est sans regret du tout.

Si vous deviez avoir des regrets, ce serait lesquels ?

S’il devrait y avoir des regrets, ce serait peut-être sur le but refusé à Milla contre le Pérou. Il n’y avait pas hors jeu et ça aurait peut-être tout changé.

Vous avez vu commencer la majorité des joueurs qui constituent l’ossature de l’équipe nationale du Cameroun aujourd’hui. Comment les trouvez-vous ?

Je suis un homme comblé dans le foot pour avoir encadrer grâce à la KSA , les tous jeunes Moukandjo, Nkoulou , Chedjou, Mbia Etoundi, Makoun, Eto’o et d’autres, Kameni, Mandjeck… C’était un des objectifs de Mr Kadji Gilbert ,de donner la chance aux meilleurs jeunes Camerounais et Africains afin qu’ils puissent un jour, défendre leurs couleurs nationales et participer aussi à la manne financière que constitue le football professionnel. On peut-être fier d’eux. Et Ils ont en plus de la réussite, du cœur. Eto’o est l’un des joueurs les plus nantis aujourd’hui et sait entre autres, récompenser les siens et c’est bien.

On parle à chaque fois de problèmes d’égo dans la tanière. Qu’est ce qui peut expliquer cela ?

Le problème d’égo chez les Lions, c’est d’abord la faute à l’encadrement et aux autorités qui le nomme. On n’est pas obligé de sélectionner tout le monde…Le plus important, c’est d’abord le groupe ; regarder la non-sélection de Nasri en France… Si l’organisation présente des failles, alors les joueurs s’y engouffrent et veulent jouer en même temps leur rôle de joueur et celui de dirigeant, ce qui est très compliqué.

Y-a-t-il un moyen de les faire s’accepter mutuellement et reconnaître le plus qu’un coéquipier peut apporter à l’équipe ?

Pour le climat actuel, je pense qu’on est loin de 2010. J’étais au Portugal pour le match amical et j’ai remarqué une ambiance apparemment sereine. Cependant je ne vis pas avec le groupe, mais il m’a semblé que les leaders tenaient bien le vestiaire. Malheureusement cela ne s’est pas manifesté sur le terrain. C’est sur le terrain qu’on les attend et ceci doit être dit clairement et sans ambiguïté.

Pensez-vous que le Cameroun a la possibilité de traverser la phase de poule. Si oui pourquoi ? Sinon les raisons de votre doute…

On peut passer au deuxième tour à condition que le coach forme son équipe à partir de ce que les joueurs montrent pendant ce stage. Il faut faire confiance aux joueurs en forme et aptes à jouer. La combativité, l’engagement et la discipline observés lors du match contre la Macédoine doivent se maintenir. Cependant, le match du 7 au Cameroun doit être présenté comme un match de gala en préservant notre équipe type. Notre vraie coupe du monde, c’est contre le Mexique. Il faudrait prendre ce match très au sérieux. Si tel est le cas, alors on a une chance mais ce sera au prix des efforts individuels et collectifs sans réserve. Allez les Lions !

Quelles sont vos autres casquettes en dehors du football ?

Je suis le Directeur du centre KSA depuis 15 ans. J’ai créé une société KASPA qui fait dans le sport et dans la Prestation de services. Le président du comité de normalisation m’a désigné comme l’un des délégués de la FECAFOOT au prochain congrès de la FIFA à Sao Paulo. Joueur à la coupe du monde en 1982 en Espagne, entraineur à la coupe du monde 1990 en Italie et administrateur à la coupe du monde au Brésil 2014, je dis merci Seigneur !

 

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