Mbenguiste, 30 ans et encore vierge

Je suis Fatoumata, mais on m’appelle très souvent Fatou. Détrompez-vous je ne suis pas musulmane (je vois déjà vos clichés basés sur mon prénom-là). Je suis mbenguiste, j’ai 30 ans, je suis vierge et je me pose des questions sur ma vie. Vous avez certainement cerné le sujet que je veux aborder, mais je suis sure que vous n’imaginez pas à quel point ça me touche à l’os.

Je suis loin d’être belle comme Beyoncé, encore moins comme Tiwa Savage, mais je suffis ma quantité, et mes formes moyennes ne passent pas inaperçues. J’ai grandi dans une famille simple et modeste, avec de fortes valeurs religieuses. Des valeurs que mes parents m’ont inculquées au quotidien en prenant soin de me montrer les biens fondés et la nécessité de respecter les codes religieux. C’est dans cet esprit que j’ai vécu jusqu’ici, enfin presque. Quand j’ai atteint l’âge de l’adolescence, ce moment de la vie où toutes les expériences s’offrent à nous, où toutes sortes d’actes et de tentations sont possibles, ma mère n’a cessé de me rappeler ce que Dieu pense du sexe et du fait de devoir se préserver jusqu’au mariage (Est-ce que j’avais alors prévu qu’à 30 ans j’en serais encore là ? Malchance). J’ai tenu bon, malgré ce que je voyais autour de moi : mes copines avec une vie sexuelle active, mes dragueurs qui ne me laissaient pas indifférente. Bon, il m’est arrivé plus d’une fois de violemment mop quelques gars hein, mais la voix de ma mater résonnait toujours dans ma tête, m’empêchant d’aller plus loin.

Une fois mon bac en poche me voilà dans l’avion, en mode mbenguiste pour la suite de mes études. Je me suis plutôt bien adaptée, malgré quelques ndems de nouveau mbenguetaire . Il faut dire que j’ai cette facilité d’adaptation en général. Mais bon, j’ai eu tout de même un choc à cause de cette différence de culture. Voir des ados se mop dans les transports ou en pleine rue, parfois devant leurs parents ; mama, je n’avais moi jamais vu l’autre-là! Chez nous, tu vas commencer par où ? Devant qui ? C’est la chandelle doublée d’une triple gifle avant que tu n’aies touché le sol, tu veux voir ? Ne viens même pas mal ! Bref, j’ai constaté que le sexe n’est pas tabou ici. Les mentalités sont plutôt très ouvertes et certaines choses sont no stress. Entre mes camarades qui ont perdu leur virginité à 15 ans et celles qui n’ont aucun complexe à raconter leurs ébats sexuels en plein jour, et non pas dans le noir sous la couverture comme nous, je ne savais plus où mettre la tête, j’étais juste wandifié !

Bien sûr, j’ai continué mes études, mais à partir de 25 ans, le besoin de fonder une famille a commencé à se faire sentir. Bon, ça c’est la partie officielle hein! En réalité, je voulais aussi goûter l’affaire-là diiidonc!!! Pour ne pas décevoir mes parents, l’unique solution était de me marier. En même temps, ma mère avait déjà begin à un peu trop me parler du mariage et de l’âge qui avance. Ce sont les proverbes que tu veux voir? “Quand la prune mûrit…”,  du genre si on ne la conditionne pas vite, elle va pourrir. Allez y trouver un sens!

Certes, j’ai flirté avec pas mal de gars, mais ce n’est pas allé plus loin que ça quand ils se sont rendus compte que je ne voulais pas “gui mes ways”, ou juste que j’étais encore locked. Badluck ! Ils me fuyaient comme si c’était la maladie ; certains prétextant ne pas être prêt pour le mariage, mais ne peuvent non plus rester sans ntchuè*. C’était ça ma routine jusqu’à mes 29 ans. Pauvre de moi ! J’ai même pensé à use la bouteille moi-même hein, ou à céder à un gars en espérant que ça l’attache et qu’il m’épouse après. La pression du pays sur l’affaire du mariage est devenue incessante, mon cas désespéré ! C’est quand ça t’arrive que tu confirmes que même les laids gars ne veulent pas d’une fille vierge de 30 ans qui cherche le mariage avec la torche. Le bon côté des choses est que j’ai terminé mes études et j’ai un bon boulot depuis des années. Je gagne bien ma vie. Mais est-ce que ça suffit alors ?

De plus, j’ai peur qu’une fois mariée, je n’arrive pas à satisfaire mon conjoint. N’ayant aucune expérience sexuelle, ne va-t-il pas se détourner de moi ? Il risque d’aller voir une waka pour qu’elle lui fasse les way que je ne sais pas faire – j’ai appris ça où ? L’épanouissement sexuel dans mon couple ne prendrait-il pas un sérieux coup dû à mon inexpérience ? Il se dit aussi que ces messieurs n’aiment pas les femmes trop intellectuelles, car elles ne se laissent pas faire, pourtant, je ne suis pas comme ça, malgré mon statut.

Je suis une mbenguiste, j’ai 30 ans, je suis vierge et je m’interroge … Ai-je fait le(s) bon(s) choix dans ma vie ? Suis-je une extra-terrestre qui s’ignore ?

Journal intime d’une vierge vieille.