Maurice Kamto, “Le discours du chef de l’Etat m’a sidéré”

Le président du Mrc était l’invité de « Entretien avec… » jeudi dernier sur Stv.

Jeudi soir, Maurice Kamto était l’invité de l’émission « Entretien avec… » présentée par Thierry Ngogang sur Stv. Un constat se dégage : le président du Mouvement pur la renaissance du Cameroun (Mrc) a fait des efforts. L’ancien ministre est apparu moins coincé qu’il ne l’avait été lors de sa première télé après le lancement de son parti. C’était en décembre 2012 dans « L’arène », diffusée sur Canal2 international.

On avait alors découvert un homme froid et cassant à la limite. Cette fois, il a fait des progrès. On l’a vu détendu et pas du tout nerveux. On peut toujours pinailler sur la couleur de sa gandoura ou sa manière de regarder la caméra, mais l’essentiel était dans le discours. Humble et courtois, Maurice Kamto a promené les téléspectateurs dans les dédales de la vie de cet homme aux origines modestes. De son enfance à Bafoussam à son engagement politique ressent en passant par ses brillantes études universitaires couronnées par l’agrégation.

Il avait 34 ans. L’envie d’enseigner, confie-t-il, lui a été inculquée par des « maîtres » comme Joseph Owona ou Stanislas Meloné. Déjà féru de débats intellectuels, il se souvient, aujourd’hui avec le sourire en coin, de son passage dans les sinistres geôles de la Bmm en 1985. C’était à la suite d’un débat avec Hubert Mono Ndzana sur le livre de celui-ci intitulé « L’idée sociale chez Paul Biya ».

Sur le plan politique, Maurice Kamto rappelle son engagement au début des années 1990 dans les rangs de L’Union pour le changement, une coalition qui soutenait la candidature de John Fru Ndi pour la présidentielle de 1992. Une élection entachée, se souvient Maurice Kamto, de graves irrégularités. Cet homme qui se dit horripilé par l’injustice pense que les résultats, tels qu’ils furent proclamés n’étaient pas ceux sortis des urnes.

Fraude électorale

Au sujet du premier président de la République du Cameroun, Ahmadou Ahidjo, Maurice Kamto décrie un tyran brutal, mais pense qu’il mérite les honneurs pour avoir été le tout premier à présider aux destinées de ce pays. Raison pour laquelle il annonce qu’il devrait être à Garoua le 8 février prochain pour le colloque consacré à l’ancien président.

L’un des moments forts de cet entretien de deux heures sur Stv est celui consacré au discours de fin d’année du président de la République, Paul Biya. Pour le patron du Mrc, on a passé 50 ans au Cameroun à parler de politique. Il est temps, pense-t-il, de parler d’économie. Et vu sous cet angle, poursuit-il, le discours du président de la République est truffé de contradictions. « Le discours du chef de l’Etat m’a sidéré. Il est plein de contradictions. Il dit qu’on attendait une croissance de 6,5%. On se retrouve avec 4,8% et il estime que ce n’est pas dramatique…

Son discours est un aveu d’échec et il doit en tirer toutes les conséquences », martèle Kamto. Il ajoute, toujours au sujet du président Biya : « Il  décrie l’inertie, mais semble être la source de cette inertie… En démocratie, après des élections parlementaires, il faut faire un gouvernement,  quitte à reconduire les mêmes personnes…

Personne ne travaille plus. Tout le monde attend et ce n’est pas bien pour le pays. » Sur la situation de la jeunesse camerounaise, l’ancien ministre se dit préoccupé. Pour lui, la jeunesse camerounaise est délaissée, abandonnée et sans perspectives d’avenir. La jeunesse, poursuit-il, dépérit dans la bière qu’elle commence à boire à partir de 9h du matin. Visiblement encore sous le choc de la débâcle du Mrc aux dernières élections municipales et  législatives, Maurice Kamto est offensif : « Les Camerounais n’accepteront plus des fraudes électorales. »

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