Maroua : Une présumée sorcière et son père interpellés

La petite Adi, 15 ans environ, est soupçonnée d’avoir arraché le cœur de son amie.
C’est une foule bigarrée qui a pris d’assaut le domicile de Aladji Yaouba, au quartier Hardé à Domayo, dans la région de l’Extrême-Nord. Elle est venue s’enquérir des faits de sorcellerie dont a été victime sa fille Oumoul. Une pratique attribuée à Adi, jeune fille d’une quinzaine d’années, accusée d’avoir mystiquement «arraché le cœur de son amie». La victime, entrée en transe quelques minutes plus tôt, scandait sans cesse le nom de son amie Adi, avant de s’affoler dans les ruelles du quartier à la recherche de son cœur arraché.

Ce qui a donné lieu à une scène inédite qui a ameuté tous les voisins qui la suivaient dans les dédales du quartier. «C’est Adi qui a arraché mon cœur pour l’enterrer quelque part. Remets-moi mon cœur. Que t’ai-je fait ?», crie Oumoul, sous les regards presque amusés de la foule. «C’est comme ça que se passent les manifestations de sorcellerie. La fille qu’on accuse aujourd’hui a été aussi accusée de la même façon il y a quelques années pour des histoires de sorcellerie. Elle est déjà connue dans le quartier et nous avons même mis en garde ses camarades contre la fréquentation de tels individus», ronronne un riverain.

Le spectacle a donc amené les frères de la victime à aller cueillir l’accusée et son père à leur domicile pour les retenir prisonniers au domicile de Aladji Yaouba. C’est alors qu’ils vont alerter les Equipes spéciales d’intervention rapide (Esir), qui vont aussitôt embarquer la victime, l’accusée et son père. Une enquête est ouverte pour établir la véracité des accusations portées contre Adi. De tels scénarii sont récurrents dans la région de l’Extrême-Nord où la pratique de la sorcellerie est monnaie courante, y compris des séances généralisées de transes, aussi bien dans les quartiers que dans les établissements scolaires.