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Marginalisation: Les anglophones à l'étroit au Parlement

Marginalisation: Les anglophones à l’étroit au Parlement

Ils n’occupent aucun poste de responsabilité de premier plan dans les deux chambres.

Existe-t-il un vrai «problème anglophone» au Cameroun? La question divise l’opinion. La dernière grande actualité politique – la célébration du cinquantenaire de la Réunification à Buea – a remis au goût du jour, le débat de la «marginalisation» des anglophones. Ni John Fru Ndi, le principal leader de l’opposition au Cameroun, dénonce par exemple la faiblesse des investissements de l’Etat dans les zones anglophobes et propose le retour au fédéralisme pour permettre cette partie du pays de disposer par exemple de son propre budget d’investissement. Selon lui, cette seule disposition est à même de contribuer au développement économique de cette partie du Cameroun. Kah Walla, candidate à la dernière élection présidentielle (2011) sous les couleurs du CPP, a quant à elle, publié en février 2014, une tribune libre dans des journaux pour insister sur le fait qu’il existe bel et bien «un problème anglophone». Non sans inviter un débat public.

Dans tous les cas, il y a deux constantes dans ces revendications: le développement économique et social des régions anglophones et la représentativité de ses filles et fils dans les institutions de la République. Si la première revendication est discutable car nombre de régions francophones elles-mêmes sont en proie une pauvreté endémique comme c’est le cas de celles de la partie septentrionale, la seconde peut aisément se comprendre.

Au Parlement par exemple, épicentre du pouvoir législatif, aucun ressortissant de la zone anglophone n’occupe un poste de responsabilité de premier plan dans les deux Chambres. Le président de la Chambre basse, Cavaye Yeguie Djibril, est francophone, tout comme son premier vice-président, Hilarion Etong. Pis, le secrétaire général de ladite chambre est également francophone et se nomme Victor Yene Ossomba. Situation similaire à la Chambre haute où son président, Marcel Niat Njifenji, son premier vice-président Aboubakary Abdoulaye, son secrétaire général Michel Meva’a M’Eboutou, sont tous francophones. A cela, il faut ajouter le fait que le vice-Premier Ministre, Ministre délégué à la Présidence en charge des Relations avec le Parlement, Amadou Ali, est également francophone, il y a donc toutes les raisons pour les anglophones de dire que la coupe est pleine. Certains francophones, adeptes de l’humour, relèvent toutefois que le sénateur Chief Victor Mukete, doyen d’âge de la Chambre haute, préside chaque année, pendant quelques jours, ladite chambre. Idem pour le député Enow Tanjong à la Chambre basse.

Ce malaise chez les anglophones ne se limite pas seulement à cette marginalisation au Parlement. Ils s’estiment, et ce n’est pas nouveau, être exclus des trois piliers du pouvoir. De fait, outre le pouvoir législatif où ils ne jouent qu’un rôle de figurant, et le pouvoir exécutif fermement tenu par le francophone Paul Biya ils sont totalement absents du pouvoir judiciaire. Alexis Dipanda Mouelle, Premier président de la Cour suprême qui fait aussi office de Cour constitutionnelle, est francophone… Signe de ce monopole du pouvoir judiciaire: le poste ministériel de Garde des sceaux demeure depuis toujours la chasse gardée des francophones.

Avec les chamboulements institutionnels attendus, notamment la mise en place de la Cour constitutionnelle, les anglophones espèrent pouvoir retrouver une place et une influence dans un pays où le parfum de la célébration de la Réunification est encore dans l’air.

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