Mamadou, le cuistot toujours en blanc

Installé sur un trottoir du quartier Elig-Essono à Yaoundé depuis 2011, le trentenaire fait des brochettes de bœuf à la braise vêtue tout de blanc, sa source principale de revenue.

Mamadou se lève tous les jours à 4 h du matin pour aller acheter de la viande de boeuf au marché du Mfoundi. Il rentre ensuite chez lui pour la nettoyer et la découper, avant de se rendre sur son lieu de travail à 6h30, au quartier Elig Essono.

Vêtu de son ensemble blanc couronné par son chapeau de chef, il découpe la viande en petits morceaux et en fait des brochettes, prêtes pour la braise. “Un cuisinier doit toujours être en blanc. Ceci montre son niveau de propreté et met ses clients en confiance”, dit Mamadou. Dès son arrivée à son lieu de travail, il commence à servir ses premiers clients. “Ce sont souvent des habitués que je sers aussitôt. Ils ne prennent généralement qu’une ou deux brochettes pour la route, parce qu’ils sont en chemin pour le travail”. Les heures de grande affluence pour Mamadou sont comprises entre 11h et 14 h. “ A ces heures-là, je n’ai pas une minute à moi, parce que c’est généralement l’heure de la pause dans beaucoup de lieux de travail. Des gens se déplacent avec leurs voitures, juste pour venir commander des brochettes. Ça me fait très plaisir de voir que mon travail est autant apprécié”, se réjouit Mamadou. Chez ce cuistot, les brochettes se vendent à 100 francs CFA. Ses recettes journalières peuvent aller jusqu’à 50.000 francs CFA par jour, et c’est sans compter les commandes spéciales pour des cérémonies privées. Il en reçoit au moins deux par semaine.

Pour Mamadou, avoir ce relatif succès dans son travail est un rêve devenu réalité. Depuis son enfance passée à Garoua dans la région du Nord, il s’était laissé gagner par l’obsession de voir Yaoundé, la grande ville, au moins une fois dans sa vie.  A Garoua, Mamadou travaillait dans un champ comme cultivateur de coton, d’arachide et de maïs. Quand il a eu 30 ans, il a décidé de concrétiser son rêve. C’est ainsi qu’il a pris la route de Yaoundé. “Je suis venu à Yaoundé parce que je voulais voir la grande ville. J’étais très curieux de voir a quoi ca ressemblait. Ici, j’ai retrouvé un de mes anciens voisins de Garoua, qui a bien voulu m’aider, en m’initiant à l’activité qu’il menait lui-même, la braise. J’ai donc appris pendant 6 mois, avant de m’installer à mon propre compte”, ajoute t-il.

Mamadou n’est pas marié, et n’a pas d’enfant. Il vit au quartier Elig Essono, dans un studio, avec son petit frère. A 37 ans, il dit être capable de prendre soin du reste de sa famille dans son village natal, à Guider. Mamadou espère pouvoir développer d’avantage son activité dès l’année prochaine. “En ce moment je cherche un spot où m’installer, parce que ici je n’ai quasiment pas de place, alors que ma clientèle est de plus en plus grande. Je souhaite être vraiment reconnue par une grande majorité de la population de Yaoundé”.