MALVERSATIONS : Atanga Nji au centre d’un détournement de 713 millions

MALVERSATIONS : Atanga Nji au centre d’un détournement de 713 millions

Le dossier du ministre chargé de Mission à la présidence de la République est sur la table de Paul Biya.

Les jours de liberté de Paul Atanga Nji sont-ils désormais comptés ? Nul ne peut répondre avec exactitude à cette question. Ce qui est sûr, c’est que le ministre chargé de Mission à la présidence de la République et secrétaire permanent du Conseil national de la sécurité fait l’objet, depuis quelques mois, d’une attention particulière du tribunal criminel spécial (TCS). Le natif de la Mezam, dans le Nord-Ouest du pays, cristallise des soupçons sérieux au sujet de faits ayant trait au rapt de la fortune publique.

Le président de la République, qui avait donné son aval pour que la Justice s’intéresse au dossier des malversations financières à la Campost, est désormais sollicité pour donner son avis sur la suite du dossier. Le TCS est suspendu à ses directives.

ACCUSATIONS

Selon des sources bien introduites aussi bien à la présidence de la République qu’au ministère de la Justice, Atanga Nji est suspecté d’avoir participé à une demidouzaine d’opérations douteuses susceptibles de donner lieu à des poursuites pour détournement des deniers publics pour une valeur globale d’un peu plus de 713 millions de francs Cfa. Ces opérations avaient été menées à l’époque où Atanga Nji était le directeur général des Etablissements EJHM.

Dans le détail, le ministre délégué est soupçonné d’avoir obtenu le paiement de trois chèques sans provision, avec la complicité de certains employés de la Campost. Ces chèques, des montants respectifs de 162 millions, 15 millions et un million de francs, avaient été touchés à l’ex centre des chèques postaux de Yaoundé II.

Atanga Nji est aussi suspecté d’avoir bénéficié de trois virements douteux. Deux de ces virements, respectivement de 365 millions de francs et 20 millions de francs, avaient été opérés à partir d’un compte n’ayant pas de provision suffisante, en occurrence le compte n°31562/58. Le troisième virement, pour 150,672 millions de francs, aurait été fait à partir du compte n°10022002440, lui aussi dépourvu de provisions. Dans cette dernière opération, le ministre délégué a bénéficié de la collaboration d’un autre cadre de Campost, Mme Siwe Ngongang, chef centre des chèques postaux (CCP) Ydé II.

En dépit des malversations qui paraissent ne souffrir d’aucune contestation pour le parquet général du TCS, ce dernier serait handicapé par les casquettes portées par Atanga Nji. Ministre chargé de Mission à la présidence de la République et secrétaire permanent du Conseil national de la sécurité, le collaborateur de Paul Biya jouit d’une immunité de fait. Et cette situation, qui concernerait aussi un autre membre du gouvernement en fonction et un sénateur, selon les informateurs de L’oeil du Sahel, a été portée à la connaissance du président de la République.

Le parquet général attend les instructions de la «hiérarchie » pour décider de confier ou non le dossier au corps spécialisé des officiers de police judiciaire du TCS pour l’enquête préliminaire. Le sort de toutes les autres personnes impliquées dans cette affaire dépend de ce que Paul Biya pourra décider. Cette affaire judiciaire n’a pas démarré aujourd’hui. Il y a quelques mois, précisément dans son édition n°583 du 10 mars 2014, L’oeil du sahel informait ses lecteurs au sujet de la transmission officielle à la justice du rapport de la mission de vérification du Contrôle supérieur de l’Etat qui avait inspecté la gestion des centres des chèques postaux (CCP) au cours de la période allant de 2000 à 2005.

Cette diligence était faite par le secrétaire général de la présidence de la République sur instruction du chef de l’Etat. Et le document avait ensuite été transmis au procureur général près le TCS, le 31 décembre 2013, pour la suite judiciaire à accorder à ce dossier. Notre journal est informé de ce que c’est le 30 juin 2014 que le parquet général du TCS a sollicité les directives de la «hiérarchie» pour passer à l’action.

IMPUNITÉ OU IMMUNITÉ

Combien de temps pourrait durer une telle attente ? Personne ne le sait. La situation, pour l’instant, dépend avant tout du président de la République. De nombreux anciens hauts dignitaires de l’Etat, en poste ou déjà démis de leurs fonctions, jouissent d’une grande quiétude alors qu’ils sont sous le coup d’accusations graves au sujet de leur gestion passée des ressources publiques. Mais, une absence de poursuite n’est pas synonyme d’immunité définitive, y compris pour des responsables encore en poste.

Il y a quelques mois, le 1er avril 2014, Louis Bapès Bapès, ministre des Enseignements secondaires encore en poste, avait été convoqué par un juge d’instruction du TCS, inculpé de détournement des deniers publics et placé en détention provisoire à la prison centrale de Kondengui, avant d’être remis en liberté. Bapès Bapès était en sursis depuis fin 2008, suite au début de l’ouverture du dossier judiciaire de l’affaire du Minesec devant le TGI du Mfoundi. Il était quasiment convaincu de son impunité du fait de sa présence au gouvernement.

Mais contre toute attente, le dossier rebondira cinq ans plus tard avec l’inculpation du ministre. Et selon des sources dignes de foi, ce rebondissement avait bénéficié de l’avis favorable du président de la République. Déjà, en 2008, alors que Inoni Ephraïm était encore Premier ministre, il avait été entendu par la Direction de la police judiciaire dans le cadre de l’enquête policière ouverte au sujet de l’affaire Albatros. Cette audition de Inoni Ephraïm montre bien que Paul Atanga Nji et toutes les autres personnalités suspectées d’avoir pillé la Campost peuvent être appelés à répondre de leurs actes à tout moment. Tout dépend maintenant du Président Biya.

 

 

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