Lutte contre la pédophilie:protéger les enfants, une cause difficile

L’association La Colombe en fait l’expérience depuis maintenant dix ans à Douala.

Une salle du Castel Hall presque vide. Qui fera dire au chanteur Narcysse Pryze lors de sa prestation : « J’aurais souhaité avoir plus de monde pour une cause aussi noble que celle-ci. C’est des êtres, des familles qui sont détruites. » Cette cause, c’est la lutte contre les violences sexuelles subies par les enfants. Et l’association La Colombe, qui en a fait son cheval de bataille, célébrait donc son dixième anniversaire à travers l’organisation, le 13 avril 2017 au Castel Hall de Bonapriso, d’un gala de charité au profit des enfants victimes de violences sexuelles.
Une soirée où on a découvert un projet : un centre de prise en charge des petites victimes de violences et de maltraitance. Qui permettra de suivre les enfants sur le plan physique et psychologique. Il était donc question de collecter des fonds à travers une tombola afin de pouvoir acquérir un terrain, déjà identifié, à Yassa. Tombola qui sera finalement annulée car sur 300 personnes attendues, seulement une cinquantaine ont répondu à l’invitation. Cela n’a pas empêché les personnes présentes de profiter du spectacle. Entre les défilés de mode où des enfants ont joué les mannequins, les prestations d’artistes comme l’humoriste Markus ou les chanteurs Sissy Malika et Mike Peter, l’extrait d’une vidéo qui sera diffusée lors de la prochaine édition de l’initiative « Protégeons nos enfants », prévue en juin 2017 une projection sur les actions menées par La Colombe depuis dix ans à Douala, malgré le manque de moyens.
Dix années où le local gracieusement offert par des âmes charitables n’a plus été récupéré par les propriétaires, en difficulté. Conséquence : « Il y a des moments où nous avons des bénévoles étrangers qui veulent venir, mais n’ayant pas un local pour les accueillir et leur permettre de travailler, on annule. Ça réduit un peu notre champ d’action. » Et Blanche Ongmessom, la promotrice de l’association La Colombe, tire la sonnette d’alarme : « En 2014, au tribunal de grande instance de Douala, nous avons eu 13,1% de cas. Pour 2016, on est à 12% des cas. Ça ne veut pas dire que le phénomène a baissé. Parce qu’on sait qu’il y a beaucoup de cas qui sont passés sous silence dans les familles. Ces chiffres ne sont que les cas référés au tribunal. »
Blanche Ongmessom: «Il faut faire de ce problème une priorité »

Promotrice de l’association La Colombe

Quel bilan dressez-vous des dix ans de lutte de l’association ?
A la fois négatif et positif. Négatif parce qu’il y a des objectifs qu’on aimerait atteindre, mais on n’y parvient pas car nous n’avons pas assez de revenus. En plus, il y a un manque d’implication des personnalités, des autorités et même des parents des victimes dans la lutte contre les violences sexuelles subies par les petits. Beaucoup de travail reste à faire. Autre point négatif, en dix ans d’exercice, j’ai le regret de vous dire que nous avons eu à perdre trois enfants qui sont décédés des suites d’un viol. Le dernier décès date du 2 janvier 2017, une fillette de 5 ans. Il y a néanmoins du positif avec ces enfants que nous avons eu à prendre en charge qui ont pu se reconstituer, se reconstruire. De plus, aujourd’hui dans la ville de Douala, 5000 enfants ont été sensibilisés sur le problème. Donc nous sommes très contents de revoir des jeunes avec lesquels nous avons eu à travailler et qui nous parlent des mécanismes de défense qu’ils ont eu à développer par rapport aux échanges que nous avons eus. Ça nous encourage à continuer notre travail.
D’autres difficultés en dehors du manque de moyens et d’implication ?
La thématique sur laquelle nous avons choisi de travailler est extrêmement difficile et sensible. A plusieurs reprises, on a voulu organiser des conférences, des causeries, dans des entreprises. En face, on avait toujours des interlocutrices. Ça va surprendre, mais la plupart des personnes qui s’opposent à nos actions sont des femmes. Si la femme qui est censée protéger les enfants refuse qu’on puisse aborder ce sujet, ça devient extrêmement difficile. Nous travaillons avec des revenus propres qui ne sont pas importants. Il faudrait que les bailleurs de fonds et autres mécènes prennent la relève pour montrer leur soutien à cette cause. Les gens privilégient d’autres maux. Pourtant, les enfants abusés sexuellement souffrent. Les conséquences sont très graves. Ça peut conduire jusqu’à la mort. Donc il est urgent que les parents, les décideurs puissent faire de ce problème une priorité.