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LUTTE CONTRE BOKO HARAM : LA DÉRIVE DES INTERPELLATTIONS AU FACIÈS

LUTTE CONTRE BOKO HARAM : LA DÉRIVE DES INTERPELLATTIONS AU FACIÈS

La réussite de cette guerre recommande un certain tact pour éviter la stigmatisation d’une partie des Camerounais.

Pour bouter Boko Haram hors de notre pays, il faut forcement le concours de l’ensemble des Camerounais. Les autorités le rappellent à chaque fois. Lors de la plénière spéciale à l’Assemblée nationale dédiée à la lutte contre cette secte, l’on a encore entendu presque en choeur cet appel à l’union dans la croisade que mène l’Etat pour sauver l’intégrité de notre territoire. Mais dans cette union sacrée derrière nos vaillants soldats indispensable pour la victoire finale il faut dénoncer puis éliminer certaines attitudes pernicieuses.

Il s’agit des amalgames et des stigmatisations, dont les seuls critères sont l’appartenance à une religion, à une région ou à une ethnie. Malheureusement dans nos rues et marchés, plusieurs Camerounais du fait de leur habillement, de leur faciès sont taxés de « Boko Haram ». « J’étais dans un taxi. Et deux personnes habillées en gandoura discutaient avec une fille pour entrer dans une voiture qui va à Oyom-Abang. Et dans ces échanges, la fille et plusieurs autres personnes qualifiaient les deux compatriotes de Boko Haram », raconte un témoin à Yaoundé. Des anecdotes comme celles-là sont nombreuses.

Il est vrai qu’aucun Camerounais n’est à l’abri de stigmates dans nos rues, peu importe sa région. Mais la situation devient préoccupante lorsqu’il s’agit de Boko Hara. Il est question ici des terroristes venus d’ailleurs pour nous imposer une guerre. Patricia Ndam Njoya au cours de la plénière du 27 novembre 2014 a dit avoir entendu un soldat au stade Ahmadou Ahidjo lors de la finale de la coupe du Cameroun tenir des propos tendancieux qu’elle demande au gouvernement de combattre rapidement. A en croire le député Udc, l’homme en uniforme aurait dit à un Camerounais au faciès sahélien : « ce que vous faites au Nord là ne pensez pas que vous allez faire ça ici ».

L’actualité elle-même nous réserve une mine de faits qui recommandent une certaine prudence dans des conclusions hâtives. Il y a deux semaines, des Burkinabé en transit au Cameroun, étant en situation irrégulière ont été arrêtés à Ebolawa dans le Sud. Avant même leur exploitation par la police, la conclusion avait été tirée : il s’agit de membres présumés de la secte Boko Haram. Jules Marcelin Djaga s’en est offusqué lors de la dernière rencontre semestrielle des gouverneurs. Le patron de cette région s’est dit étonné d’entendre qu’il ya des membres de la secte Boko Haram chez lui. Pour l’instant, l’on attend les conclusions de l’enquête en cours sur les 11 personnes interpellées à Nkongsamba, vendredi 05 et samedi 06 décembre 2014, pour savoir s’ils sont de membres de Boko Haram ou non.

La presse avait rapporté que « les suspects ne s’expriment qu’en anglais et en arabe ». Ces interpellations avaient occasionné une psychose dans la ville. Attendu aussi les conclusions de l’enquête sur d’autres personnes qui avaient été arrêtées le 15 mai dernier à Bafoussam. Elles étaient 24 étrangers. Selon la presse, elles venaient de Bamenda, et se rendaient à Yaoundé pour prendre le train pour Ngaoundéré. Il s’agissait, avait-on dit, de 18 Burkinabés, 3 Sénégalais et 3 Nigériens. « Aucune arme à feu n’a été trouvée sur ces hommes. Mais les autorités policières locales sont penchées à croire que ce sont des éléments de la secte islamiste armée Boko Haram. Le fait que ces détenus soient de diverses nationalité surtout des pays fortement islamisés d’Afrique de l’Ouest constitue l’un des indices des éléments de suspicion de la police.

Aussi la jeunesse de ces immigrés clandestins dont les âges oscillent entre la vingtaine et la trentaine », rapporte un journaliste sur place. En mars aussi, des jeunes dont l’âge varie entre 16 et 21 ans ont été interpelés entre Massagam et Koutaba, dans le département du Noun. « Ils s’expriment en Fulfuldé, une langue commune entre les peuples Peuhls-Fulanis du Cameroun, du Nigeria et du Niger », peut-on lire dans un article. Plus récemment encore, le 06 décembre 2014, à Edéa une dizaine de personnes sont interpelées et soupçonnées d’appartenir à Boko Haram.

Pour l’instant les services de sécurité n’ont pas communiqué sur le sort de ces affaires, pour dire aux Camerounais si toutes ces personnes interpellées sont des membres de Boko Haram. In fine la lutte contre Boko Haram doit s’intensifier, mais il est aussi urgent de sensibiliser les Camerounais sur les risques de dérive et stigmatisation. Et pour y arriver, il faut forcement investir dans la collecte des renseignements et surtout leur traitement. Dans tous les cas, l’Etat a prévu dans la loi de finances 2015 une ligne budgétaire dédiée à ce travail de renseignement prévisionnel qui doit être coordonné par les autorités administratives.

 

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