Louis paul Aujoulat: Le faiseur des Rois au Cameroun

Il s’appelle Louis-Paul Aujoulat. C’est un Français arrivé au Cameroun en 1935 en compagnie de quelques jeunes de ses compatriotes dans le but de mener des actions sociales.

Mais en fait, c’était pour maintenir et consolider l’influence Française au Cameroun.
On se souvient qu’en 1933, lorsqu’Hitler prend le pouvoir en Allemagne, les milieux d’affaires et les banquiers Allemands prennent des initiatives afin de reprendre leurs colonies arrachées à Versailles en 1919 après la défaite allemande et pourquoi pas, conquérir d’autres marchés coloniaux. La France sort de la première guerre mondiale très affaiblie, surtout sur le plan économique. Elle se méfie de l’Allemagne. Elle trouve que même à genoux, elle est toujours dangereuse.
Au Cameroun, La France par tous les moyens, pendant cette période, cherche à dé germaniser la partie à elle confiée par la société des Nations (SDN) au Traité de Versailles en 1919 et à exploiter les ressources du sol et du sous-sol afin de soutenir son économie moribonde. L’arrivée d’Hitler et les projets coloniaux allemands ne peuvent qu’inquiéter cette France qui tire le diable par la queue. Ainsi, la venue du jeune médecin Aujoulat et son action  » patriotique  » minutée depuis la France à l’égard des Camerounais, contrairement aux brutalités et autres sévices que leur faisaient subir les Allemands. Au même moment, les autorités Françaises font créer par des jeunes Camerounais et Français la JEUCAFRA (Jeunesse Camerounaise Française). Le but des cette association, animée par les jeunes comme Soppo Priso et Aujoulat, est de faire de la propagande en faveur de la France. Ils seront fort bien payés !

Louis Paul Aujoulat, qui crée la Fondation médicale Ad Lucem, reçoit très vite des lauriers des autorités politiques de la métropole française. Ainsi Georges Bidault, ancien président du Conseil National de la Résistance, l’un des fondateurs du Mouvement républicain populaire (M.R.P), président du Conseil et ministre des affaires étrangères sous la IVe République Française, le nomme Sous-secrétaire d’Etat à la France d’Outre-mer.
Et voilà Aujoulat parti, dans le cadre de l’Union Française créée par la constitution française du 27 Octobre 1946 ; il est élu Député à l’Assemblée nationale française en 1946, 1947 et 1951. En 1953, il est le premier président de l’Assemblée nationale française, adhère au parti de son mentor Bidault, le MRP. Puis, avec Léopold Sédar Senghor, Mamadou Dia, il crée le Mouvement des indépendants d’Outre-mer dont le Bloc démocratique Camerounais (BDC) sera une section locale au Cameroun. Etant le grand leader de ce parti, il prend sous sa férule André-Marie Mbida et un jeune élu du Nord Cameroun, Ahmadou Ahidjo. A la faveur de la loi -cadre Gaston Deferre de 1956, une nouvelle Assemblée territoriale est élue le 23 décembre 1956 au suffrage universel et au collège unique. Le 09 Mai 1957, le Cameroun devient un Etat sous tutelle et l’Assemblée territoriale, l’Assemblée législative. Le 16 mai 1957, le tout premier gouvernement est formé. Et qui est le premier ministre ? André-Marie Mbida. Et le vice premier ministre chargé de l’intérieur ? Ahmadou Ahidjo. Les deux protégés de qui ? Louis Paul Aujoulat, le faiseur des rois.
Et parce que le nouveau premier ministre ne faisait pas suffisamment le jeu des autorités françaises et que cela salissait l’aura d’Aujoulat, Mbida est débarqué. Et qui le remplace ? Ahmadou Ahidjo qui vient de créer son propre parti, l’Union Camerounaise, le 18 février alors qu’il a l’âge de 34 ans. Et c’est lui qui va négocier seul avec son coach Aujoulat l’indépendance du Cameroun français. N’oublions pas alors de dire que lors de son discours d’investiture en 1958, Ahidjo fait prévaloir un programme en trois points : unité, indépendance, coopération avec la France. C’est tout dire !
Voilà ce jeune homme qui à 36 ans, devient le président de la république du Cameroun. Et pendant 22 ans il va tourner les Camerounais dans la farine. Le 04 novembre 1982, coup de théâtre et de tonnerre. Ahidjo déclare à la radio :  » Camerounais, Camerounaise, mes chers compatriotes, j’ai décidé de démissionner de mes fonctions de président de la république ». Deux jours plus tard, son premier ministre Paul Biya lui succède. Mais qui est-il ce nouveau président ?
Après avoir finir ses études secondaires au lycée Leclerc de Yaoundé, le jeune Biya va poursuivre ses études en France. A l’Institut des hautes études de d’Outre-mer, un de ses enseignants à l’ œil sur lui : Louis Paul Aujoulat. Toujours lui !
Il est toujours influent sur la scène politique camerounaise. A son retour au pays natal en 1962, il le recommande à son protégé Ahmadou Ahidjo. Celui-ci le prend sous sa protection à la présidence de la république. C’est tout naturellement qu’il devient son successeur constitutionnel lors de l’amendement de la constitution de 1979.