Loic Mpanjo, President du Think Tank Kamerun Initiatives »Il est urgent repenser le Cameroun… »

Loic Mpanjo, President du Think Tank Kamerun Initiatives »Il est urgent repenser le Cameroun… »

Loic MPANJO est un homme politique Camerounais. Il est le président du Think Tank Kamerun Initiatives et  se revendique d’une analyse politique Afrolibérale axée sur la notion du particularisme essentiel appliqué à l’Etat de droit.A ce jour, Think Tank Kamerun Initiatives  se positionne comme un instrument de veille intellectuelle chargé de repenser la société Africaine et ses mécanismes d’épanouissement humains.Loic MPANJO milite également dans l’Union des Populations du Cameroun.Nous l’avons rencontré.

Bonjour M. Mpanjo, vous êtes président du Think Tank Kamerun Initiatives, pouvez nous parler de ce mouvement.

Bonjour et merci de votre question, en effet nous sommes plusieurs à avoir fait le constat que notre société Camerounaise ne fonctionne pas et qu’elle fabrique de plus en plus de pauvreté y compris même parmi ceux qui sont assez puissants. La plupart des familles politiques qui aspirent à gouverner s’inscrivent dans une certaine continuité par rapport aux autorités actuelles et même ceux qui osent parler de constituante s’inspire de solutions occidentales et lointaines. Avec quelques amis nous avons décidé de créer un groupe de réflexion qui doit s’atteler à repenser le Cameroun avec comme orientations, ses particularités et ses particularismes, pour parvenir à un développement plus respectueux de nos attelages. C’est donc ainsi que nous avons créé Kamerun Initiatives et que nous menons des travaux pour structurer une approche de la société qui soit plus en adéquation avec à la fois nos particularités et nos particularismes éssentiels. Les adhérents sont de plusieurs horizons politiques et professionnels avec comme seule contrainte la production scientifique.

En effet c’est un défi colossal, vous êtes également acteur politique …

Oui tout à fait je suis un Upéciste actif et pensant, militant à la section France et proche de la sensibilité Upéciste dirigée par Basile Louka. Je suis également membre fondateur du Cri Panafricain qui est un mouvement politique panafricain qui fédère plusieurs mouvements nationaux autour d’un idéal qui est l’unité Africaine, ce mouvement est présidé par Abel Naki, et est très actif dans la diaspora Africaine. Voila à peu près mes principales casquettes.

Très bien quelle est donc votre approche en ce qui concerne le Cameroun ?

Elle est en pleine structuration au niveau du Think Tank et paraitra sous la forme d’un ouvrage, mais dans les grandes lignes je puis vous dire que nous nous attelons à repenser le Cameroun totalement en mettant au cœur de celui-ci la notion du particularisme essentiel et de ses particularités régionales, pour aboutir à un rapport du citoyen à sa cité plus harmonieux et plus authentique. Nous pensons qu’il est impossible de dissoudre sa composante essentielle qui est l’élément qui fonde son attelage, pour aller s’accrocher à une citoyenneté aussi artificielle que lointaine, le tout avec une conception nationale plus administrative que substantielle et qui tend à faire du Camerounais un Africain secondaire. Alors que nous sommes d’abord avant tout Africains avant d’être Camerounais, et la notion de particularisme nous rattache aux autres peuples Africains. Ce qui implique donc d’articuler la citoyenneté au niveau national avec des critères régionaux et culturels. Le développement implique donc une prise en compte de tous ces éléments dans le socle du pays et un système politique qui articule de façon équilibré l’ensemble de ses éléments.

Mais n’est ce pas là, une promotion du tribalisme et du communautarisme ?

C’est possible, mais l’existence même de ces expressions est la preuve que nous avons appris à détester ce que nous sommes au lieu de chercher à mieux l’articuler. Il ne s’agit pas de faire un procès à qui que ce soit, mais de poser les problèmes sans dogmatisme ni principe de continuité farfelu. Il y’a dans chaque région des peuples Autochtones et des peuples Allogènes qui vivent ensemble, la région porte une particularité et les peuples ont dans leurs identités un particularisme essentiel. L’histoire de la région et la connaissance de ses savoirs endogènes sont en général maitrisées par les autochtones, qui peuvent la restituer et l’inscrire dans un patrimoine. Et L’allogène est très souvent celui qui se déplace en recherche de meilleures conditions de vie ou en recherche d’un savoir spécifique, ce dernier est très souvent porteur d’un développement économique et d’une rentabilisation du potentiel de la région. D’ailleurs une région qui se développe est une région qui en général sait attirer des investisseurs, tout simplement parceque depuis toujours le développement économique, le commerce et la création de richesse, nécessite une circulation des biens et des personnes. Et ceux qui naissent dans une région prospère ne sont pas toujours ceux qui peuvent en assurer le rayonnement. Il est donc nécessaire de trouver un équilibre entre le commerce et la culture pour que l’un ne détruise l’autre – comme cela c’est fait aux Ameriques -,  entre le particularisme et la particularité. Dans certaines régions on parle d’impôts locaux ou de tributs. Tous ces aspects doivent êtres articulés dans une constitution qui consacre une autonomie aux régions et un système politique qui agrège l’ensemble des composantes ethnico-culturelles et sociales, comme cela se fait actuellement en Ethiopie, en Suisse et ailleurs. Nous aurons donc un développement et une vie politique plus respectueuse des citoyens. Avec un tel modèle l’unité des peuples se fera plus naturellement et l’unité Africaine sera plus solide et plus efficace.

Comment est ce que le Cameroun pourrait mettre cela en place ?

D’abord il faudra élire une assemblée constituante et asseoir un découpage régional plus adapté à un fédéralisme régional. L’articulation des différentes forces régionales doit permettre de dégager un consensus par région et il faudra définir le degré d’autonomie de chaque région et son degré de transfert à la république. L’application des particularités conduira à ce qu’une région riche en ressource minières produise en priorités des ingénieurs et des chercheurs spécifiques, tandis qu’une région agraire produira plus d’ingénieurs agronomes etc

Pensez vous que cela pourrait sortir l’Afrique des crises perpétuelles ?

C’est fort possible puisque la plupart des crises en Afrique se nourrissent de deux éléments essentiels qui sont l’illégitimité des dirigeants et l’absence de consensus politique. A en juger par le retour de la stabilité en Ethiopie ce modèle pourrait régler beaucoup de conflits et même en prévenir.

Que pensez-vous de la présence de l’armée Française au Cameroun ?

Il est clair que face à la poussée de la Chine et au désengagement progressif des Américains pour des raisons budgétaires, les Français se trouvent contraints de manœuvrer pour proteger ce qu’ils pensent être leurs intérêts, et la meilleure façon de justifier une présence militaire est de fabriquer une crise ou une guerre civile. C’est ce qui malheureusement s’est produit en Centrafrique et qui est entrain d’aboutir à une militarisation de toute la région avec trois tentatives de coups d’états en deux mois. Le Cameroun n’est pas à l’abri d’un scenario Centrafricain ou Somalien, la seule solution c’est d’engager des réformes politiques consensuelles et d’ancrer la démocratie au Cameroun. Regardez par exemple le Japon, malgré une base militaire permanente et une occupation américaine, ce pays est entrain de réussir un retour sur la scène internationale au niveau économique, militaire et diplomatique, ce grâce à leur respect de la démocratie et du consensus.

On vous a souvent vu très actif auprès des Pro-Gbagbo et d’ailleurs récemment vous avez répondu à Said Penda au sujet de son reportage sur Gbagbo, qu’elle est votre position sur la crise ivoirienne ?

 

D’abord au sujet de la crise ivoirienne, je pense qu’elle est assez révélatrice de la confusion politique qui règne en Afrique, et comment les uns et les autres ne savent pas s’entendre sur des règles consensuelles d’articulation de la démocratie et de l’exercice du pouvoir. Et selon le fait que vous soyez opposant ou aux affaires, l’intérêt pour le consensus peur s’avérer plus ou moins important, et l’on peut dans ce cas aboutir à des crises graves. Et c’est le point de départ pour une recolonisation du pays. C’est ce qui s’est passé en Côte d’ivoire, on ne sait pas qui a réellement gagné les élections, mais on sait qui a gagné la guerre, on ne sait pas qui a tué qui mais on sait par quel curseur la justice s’oriente. Ceux qui sont aux affaires aujourd’hui et ceux qui l’étaient hier n’arrivent pas en s’entendre sur les priorités, même si on constate quand même une atmosphère de décrispation qui commence à s’installer. C’est d’ailleurs l’objet de ma réponse au reportage de M. Penda qui ne s’inscrit pas dans la logique qui est celle des ivoiriens à ce jour, si les deux parties commencent à se parler ce n’est pas aux acteurs étrangers de continuer la bataille sous d’autre cieux. Et c’est en cela que certains devraient réellement se documenter sur le Panafricanisme, car le panafricanisme ce n’est pas se mêler de tout et n’importe quoi, n’ importe où et n’importe comment, il y a une notion d’équilibre politique et de primauté locale qui oblige l’ivoirien lorsqu’il intervient au Cameroun de ne pas se substituer aux Camerounais, mais de savoir se mettre arrière et accompagner. Idem pour le Camerounais qui intervient dans les affaires Ivoiriennes, qui doit épouser le ton et l’orientation qu’ont choisis les ivoiriens qui vivent leurs crises dans leur chair et sur leur territoire. Si Affi Nguessan et Ouattara s’entendent pour mettre balle terre et cesser les propos belliqueux en prélude à une réconciliation, ce n’est pas à Said Penda d’aller relancer les hostilités sous d’autres cieux. Comme disent d’ailleurs les ivoiriens : je mets ma chaussure et c’est ton pied qui serre ? Ceci est valable également pour les Onana et Nyamsi qui dans leurs propos vont souvent plus loin que les ivoiriens eux-mêmes. Cela n’a pas de sens.

Nous terminerons en revenant à votre famille politique, croyez vous qu’une unité des différentes tendances Upc soit possible ?

Au niveau politique, c’est tout à fait possible, même si humainement ça restera difficile, tout dépendra de l’articulation statutaire et stratégique. On n’est pas obligé d’être capable d’aller en vacances ensemble, mais simplement de travailler ensemble pour un meilleur Cameroun, il faudra que le Congrès de 2014 soit un congrès unitaire et consensuel, qui intègre la notion de sensibilité, qu’elle soit idéologique ou régionale. Ensuite toutes les sensibilités qui sont prêtes à œuvrer dans la ligne définie par une direction collégiale, à savoir être une opposition politique responsable avec une ligne de démarcation bien étanche par rapport au pouvoir en place. Tels pourraient être les objectifs à moyen termes sur lesquels plusieurs sensibilités sont prêtes à s’entendre.

camernews-Loic-MPANJO

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