Loi antitabac: Les sénateurs sensibilisés sur les méfaits du tabac

C’était au cours d’une rencontre d’information des sénateurs organisée par la Coalition camerounaise contre le tabac (C3T) le jeudi 11 juin 2015 dans un hôtel de la place.

Adopter impérativement et urgemment une loi anti-tabac au Cameroun. Telle est le combat et l’objectif visé par la C3T. Pour y parvenir, les activités de sensibilisation occupent une place de choix dans son plan d’action. C’est ainsi qu’au cours de la rencontre d’information avec les sénateurs, les responsables de la C3T et du Ministère de la santé publique (Minsanté) ont exposé sur les méfaits du tabagisme. Des propositions ont été également formulées. De toutes ces propositions, une loi antitabac semble être un début de solution. Le but de la rencontre est selon la présidente de la C3T, Dr. Flore Ndembiyembe «d’attirer l’attention du législateur, représentant du peuple des méfaits du tabagisme. Ce qui leur permettra de prendre des mesures adéquates pour protéger les populations et contribuer à l’amélioration de leur condition de vie ».
Les représentants de la chambre haute du parlement présents prennent la préoccupation au sérieux.

« La cigarette tue plus que le sida, le paludisme et la tuberculose réunis. Face à ce triste constat, le Sénat ne peut pas rester les bras croisés. De plus, le président de la République a signé en 2006 la convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte anti-tabac. L’une des dispositions de cette convention est l’adoption d’une loi anti-tabac par les pays signataires. Le sénat va tout faire pour qu’une telle loi soit adoptée », rassure le Sénateur Pierre Henri Ngalli Ngoua. Pour illustrer son engagement dans le processus d’adoption de la loi anti-tabac, le Sénat a supprimé dans le budget 2015 les subventions liées aux activités du tabac conformément aux dispositions de la convention-cadre de l’Oms ratifiée en 2006 par l’Etat du Cameroun ajoute M. Pierre Henri Ngalli Ngoua.
Les populations sont également favorables à l’adoption d’une loi antitabac. Selon l’enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes, 80.4 % des adultes sont en faveur d’une interdiction de fumer dans tous les lieux publics. Par ailleurs, selon les statistiques disponibles au ministère de la Santé publique (Minsanté), le tabac est responsable de 90-95% des cancers du poumon. De plus, le fléau est directement responsable de 40% des accidents cardio-vasculaires chez les hommes et de 11% chez les femmes. Le Minsanté constate également que 20% de jeunes fument les mégots de cigarettes jetés par les adultes. «La loi anti-tabac contribuera donc inéluctablement à réduire la consommation chez les jeunes en la rendant moins accessible. Elle va assurer la protection des non-fumeurs », explique Dr. Flore Ndembiyembe.
L’une des dispositions importantes que devra prendre en compte la loi anti-tabac est l’augmentation des taxes de près de 70% des produits du tabac et de 10% du prix de la cigarette. Car, selon la C3T, l’augmentation des prix de la cigarette et de la redevance sur les produits du tabac contribuera à freiner sa consommation notamment en milieu jeune. La présente loi encadrera également la consommation du tabac dans les espaces publics. Car, selon une enquête menée par l’Institut nationale de la statistique (Ins), l’exposition au tabagisme passif est responsable de plus de 600 000 décès prématurés chaque année. L’enquête révèle aussi que parmi ces décès, 47% (soit 281 000) touchent les femmes non fumeuses et 28% (soit 166 000) les enfants.

Le Cameroun produit en moyenne 5 000 tonnes de tabac par an. L’industrie du tabac qui est en pleine expansion utilise l’argument de l’emploi pour combattre l’adoption d’une telle loi. Face à cet argument non négligeable, les responsables du Minsanté proposent entre autres l’uniformisation des prix, l’adoption d’une loi qui devra encadrer la consommation et l’activité du tabac. Depuis 2013, une proposition de loi sur le tabagisme dort dans les tiroirs du parlement camerounais. Pourtant, le fléau continue à faire des ravages au Cameroun. 66 000 décès par an selon une enquête réalisée en 2013 par le ministère de la santé publique.