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LOI ANTI-TERRORISTE AU CAMEROUN, PR. PIERRE MILA ASSOUTÉ RÉAGIT

LOI ANTI-TERRORISTE AU CAMEROUN, PR. PIERRE MILA ASSOUTÉ RÉAGIT

Il y est des moments graves pour un Peuple, peu importe nos bords idéologiques, lorsque la vie publique est en cause, au cours desquels, se taire intellectuellement pour un leader politique ou d’opinion, devant l’incurie grandissante digne d’un Etat voyou et castrateur, devient une complicité passive des dérives autocratiques, dans le cas d’espèce, celui de la personnalisation subtile et permissive du pouvoir avec la mise en place d’une réglementation scélérate de terreur, digne des dictatures les plus obscurantistes des temps modernes…

Nous ne reculerons donc devant aucune des plumes les plus habiles et factices prête à faire de la prestidigitation lexicale pour réduire au silence les insurgés légitimes dans leurs revendications et qui victimes des barbaries despotiques des régimes crapuleux n’auraient plus droit qu’à la mort s’ils s’y opposent…

Et là, en ce moment dans mon pays, l’enjeu épistolaire n’est pas que celui d’un projet de loi portant exclusivement sur le sacré des libertés fondamentales rétrocédées de haute lutte au Peuple Camerounais qui les avait perdues avec les pleins pouvoirs conférés au premier Président du Cameroun et projet alors contre lequel s’était élevé Mr. KEMAJOU Mathias alors député, chef des Bazou dans le Ndé, en 1958, et qui ne les aura retrouvées qu’ à travers des manifestations féroces des villes mortes en 1990, 30 ans plus tard…

Mais il s’agit ici aussi et surtout, de dire que nous sommes de nouveau en face de la reproduction d’un visage identique à celui des pleins pouvoirs de 1958, visant à entériner une décision de peine de mort contre des acteurs sociaux et asociaux, membres de notre communauté, qui seraient voués à la mort légale, tués par les balles acquises de nos impôts, parce que justifiant dans un pays commun à tous des intérêts d’entreprises politiques divergentes…

Je ne suis pas juriste, je suis un homme politique, opposé à cette loi. J’userai de tous les moyens pour défendre ma liberté et celle de l’idéal sociétal et sociétaire des Camerounais qui aspirent à vivre dans un pays libre où les droits ne bâillonnent pas le politique et la politique.

Je prendrai donc par revanche insubordonnée ma belle plume, pour parler aux membres de la congrégation des privilégiés en décrépitude, qui signent de leur encre salie, des intifada contre leurs peuplements meurtris des morsures des insatiables du règne de la terreur et du sang innocent… La rébellion populaire putative ou réelle contre le règne tyrannique d’un despote avéré, sous tous les cieux, ce n’est pas du terrorisme.

Le projet de loi qui est déposé par « le gouvernement » sur le bureau du parlement prend l’alibi terroriste comme argument d’esbroufe, de fourberie connue, de froideur devant les tueries, pour organiser une veille politique de reproduction et de pérennisation d’un régime agonisant qui a désormais peur de son Peuple, peur de nous, et qui propose à son parlement astrologue, l’Etat d’exception permanent et la peine de mort comme couperet à l’égard de tout contrevenant à l’ordre public.

Cette loi, il faut le dire sans fioritures, crée une situation nouvelle, celle de lois d’exception jadis enterrée et qui est de retour en 2014, sous une version esthétique « contextualisée », elle vient à la contrattaque du discours de François Hollande le Président français à Dakar au Sénégal pendant la francophonie…elle va au-delà de la situation qui prévalait avant l’abolition des lois d’exception en 1990 pour anticiper sur les contestations de rue qui renvoient des chefs despotiques et leur oligarchie mal élus à leurs vacances éternelles…

La déclaration de guerre à Boko Haram au nord du Cameroun, par le chef de l’Etat du Cameroun, puisque c’est l’alibi majeur, est un acte souverain voulu et délibérément rendu public du chef des armées contre une secte. Cette déclaration de guerre pose un problème de symétrie dans son intitulé langagière dans la pratique des Etats. Un pays normal peut-il déclarer la guerre à un groupuscule non étatique qui triche son territoire ou alors doit-il combattre le terrorisme, ce groupe sectaire obscurantiste en l’espèce, avec les moyens d’Etat, sans une tapageuse déclaration de guerre ?

Il faut rappeler que Boko Haram, l’alibi visé, avant la déclaration de guerre qui l’a élevé au rang d’égale nation que notre pays hélas, n’était qu’une secte rétrograde du Nigeria qui trichant dans des zone sans faction militaire de notre défense, ne faisait que des replis stratégiques sur le territoire camerounais où s’en servait comme base-arrière et de ravitaillement…

Il n’ y’avait donc jusque là eu aucune velléité et actes terroristes vérifiés à l’intérieur du pays dans le vécu social en dehors des enlèvements aux frontières attribuées à Boko Haram et autres agressions de groupes clairement identifiés au large de Bakassi et aux confins de l’Est, susceptibles de justifier la phobie d’un terrorisme endogène qui s’est emparée le régime de Yaoundé contre ses habitants et à l’origine de ce projet de loi liberticide.

Il n’est pas prouvé non plus à ce jour, légalement, aucun procès public référentiel n’étant connu des Camerounais, que les personnes enlevées au Cameroun avant la déclaration de guerre de Paris, l’étaient par Boko Haram qui du reste ne les a jamais revendiquées jusqu’à l’attaque de Kolofata provoquée et justifiée par des raisons que l’Etat n’a pas expliquées à notre Peuple… Il est par conséquent nébuleux de dire, sans risque de s’aliéner des réseaux évanescents, si Boko Haram a enlevé les otages lui-même ou si ceux-ci lui ont été refilés par des coupeurs de routes de complaisance à la solde d’un terrorisme sans visage au moins docile à l’Etat à un haut niveau …

Il ne peut pas être écarté du revers de la main à cet égard, pour justifier et entériner une loi liberticide, que le pouvoir de Yaoundé a ouvertement décidé de négocier et renforcé ainsi financièrement, non sans s’en vanter à l’international, les capacités guerrières de ce même Boko Haram, en lui versant des rançons sur les deniers du contribuable camerounais…

Si par extraordinaire donc, à la lecture de ces agissements dignes d’Etat voyou, le fondement de la loi voulue pas les autorités camerounaises à travers ce projet de loi est de renforcer notre arsenal juridique contre le terrorisme, il eût été indispensable de suggérer a priori dans le dispositif de son préambule ou dans son dernier article, que les manifestations politiques et mouvements de grèves syndicales sont hors de portée et exclues du champ d’application de ce projet de loi…

Vouloir faire croire par des desseins inavoués, à la Picasso parfois, et par des alchimies livresques ubuesques qui viendraient en soutien à une loi inique, pour tenter de démontrer a contrario du vrai, par illustration furibonde, que le pays serait en danger d’encerclement et que pour s’y prémunir, la défense du territoire national et ses populations dépendrait du vote d’une loi anti-terroriste conçue pour les besoins d’une cause vouée à l’échec, en lieu et place de la capacité dissuasive de nos moyens de défense militaire à faire face à la menace et à sécuriser le territoire, les personnes et les biens, telles que prescrivent les dispositions du texte fondateur de la Nation, relativement aux missions de son armée qui bénéficie d’un budget conforme à ses aspirations, est un plaisanterie nauséabonde d’intellectuels déchus de leurs moyens scientifiques…

Comment peut-on vouloir faire croire, sans sourciller, que la guerre du terrorisme qui consiste pour le terroriste à faire usage des armes létales ou des bombes, en cachette, va se juguler, non pas par des moyens de répression et stratégies d’Etat plus ou moins identiques, mais sur les prétoires en robes d’avocats et qu’elles feront peur aux seigneurs de la guerre qui affrontent la mort armes au poing par application des textes de loi dans un tribunal, contre un terrorisme assimilateur des manifestations en tous genres qui porteraient atteinte à l’ordre public, sans que ces lois ne visent derechef à neutraliser l’opposition politique dans l’usage de ses moyens classiques en démocratie moderne…!

Si les lois arrêtaient les coups d’Etat juridiques, si davantage elles arrêtaient les coups d’Etat militaire et les révolutions de rue, les dictateurs déchus seraient tranquilles dans leurs sièges ad vitam aeternam…

J’invite le Peuple Camerounais par cette modeste plume, en réplique à ses agresseurs intellectuels actifs et subtils, à se préparer au changement dans la rue ou dans les hues, si les urnes sont infestées et si la tyrannie se renforce, la fébrilité est dans les chaumières politiques.

Cette loi sera votée, rien n’y fera certes, la corruption prévaudra pour qu’elle le soit… Nous savons qu’elle est en marche dans les chefferies traditionnelles… Elle jugera cependant au premier chef les corrupteurs de Boko Haram, acteurs principaux de coaction du terrorisme.

Réfléchissons-y. 
Nous manifesterons. Et nous le ferons, soit avant, soit après le vote de loi.
Elle sera retirée un jour…

 

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