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Livre: Nationaliser le football camerounais

Livre: Nationaliser le football camerounais

C’est la thèse défendue par André Ntonfo dans son livre «De Soccer city à Maracana: le football africain à l’ère de la mondialisation»

Un professeur d’université qui consacre son temps, son énergie et son intelligence à écrire un livre sur un sujet en apparence aussi frivole que le football. Cela peut paraître curieux pour ceux qui n’ont pas encore compris que cette discipline est depuis des lustres passée du simple jeu pour devenir un enjeu économique, politique, social, diplomatique et géostratégique. C’est ce que André Ntonfo, le professeur d’université s’attelle à démontrer dans son ouvrage « De Soccer city à Maracana : le football africain à l’ère de la mondialisation », paru aux éditions Clé en mai 2014. Pour lui, « le football est un lieu de quête hégémonique ».

Il faut dire que l’auteur n’est pas à sa première publication sur le sport roi devenu, bien plus qu’une passion, un autre champ épistémique pour cet universitaire. En 1994 en effet, il publie aux éditions du Crac, « Football et politique du football au Cameroun ». Sa thèse reste intacte : le football revêt désormais une telle importance qu’il ne peut plus être claquemuré dans sa simple dimension ludique.

Le 15 mai 2004, le comité exécutif de la Fédération internationale de football association (Fifa) se réunit à Zurich en Suisse et décide d’attribuer l’organisation de la Coupe du Monde 2010 à l’Afrique du Sud. Le choix est inédit. Une grande première pour un pays africain. Dès l’annonce du nom de l’heureux élu, les afro pessimistes de tout poil sortent la palette des poncifs sur l’Afrique pour tenter de discréditer ce pays. On parle pêle-mêle des taux de criminalité inégalables, d’absence d’infrastructure, de pauvreté, bref d’une incapacité congénitale à pouvoir tenir le pari de l’organisation de la plus grande compétition planétaire de football.

L’Afrique des poncifs

Blessé dans son orgueil, la première puissance économique du continent a désormais à cœur de faire mentir tous ces sombres préjugés qui la ravalent au rang d’incapable. La Coupe du Monde devient dès lors un tremplin pour l’Afrique du Sud pour afficher sa santé économique, son niveau infrastructurel et sa diversité culturelle. L’essentiel n’est pas d’organiser, comme aurait dit Pierre de Coubertin, mais de réussir ce pari.

L’apothéose a lieu en juin et juillet 2010. Le pays de Nelson Mandela accueille le monde du football. Pendant un mois, l’Afrique vibre au rythme du ballon rond. La fête est belle. L’insécurité à outrance dramatisée sur papier glacé se transforme en une étonnante hospitalité. Même les townships d’ordinaire si glauques se laissent visiter sans heurt par les touristes.

Au soir du 11 juillet 2010, à l’heure du bilan, les statistiques parlent d’eux-mêmes. En 64 rencontres dans 10 magnifiques stades, la Coupe du Monde sud-africaine a mobilisé 3 125 491 dans les stades, soit une moyenne de 48 835 spectateurs par match. Mieux qu’en Allemagne quatre ans plus tôt. L’Afrique du Sud a gagné sa Coupe du Monde.

Pour André Ntonfo, cet épisode de la Coupe du Monde 2010 « aura constitué un moment essentiel de l’entrée de l’Afrique dans la mondialisation par le biais du football ».

Avant d’en arrivée à cette fameuse Coupe du Monde organisée par l’Afrique du Sud, le football a une histoire, habilement racontée de ses origines jusqu’à nos jours par André Ntonfo. Au commencement était le colon, qui va ensuite léguer le ballon aux Africains. Le football à ses débuts au Cameroun a une forte coloration ethno tribale. A Douala par exemple, Caïman est le club des Akwa, alors qu’Union est apparentée aux Bamiléké et Dynamo Bassa’a. A Yaoundé, Canon est le club de Nkol Ndongo, Tonnerre celui des Mvog Ada alors que Diamant passe pour être le club des Bamiléké et Dragon celui des Bassa’a. Cette division ethnique ou clanique des équipes de football est également perceptible dans les autres provinces. Le Cameroun n’est pas un cas unique, l’auteur cite la Rdc, le Ghana, l’Egypte, etc.

La valse des sorciers blancs

Au fil des pages, l’on sent André Ntonfo quelque peu nostalgique des heures de gloire du football camerounais et même africain. Cette époque déjà lointaine où les Canon – Tonnerre faisaient 70 000 spectateurs, ou les Lions Indomptables étaient constitués pour l’essentiel de joueurs évoluant dans le championnat national.

Face à la mondialisation, le football africain, regrette l’auteur, semble avoir perdu de son identité pour se donner une personnalité extravertie. Des entraîneurs expatriés qui défilent sur les bancs de touche des sélections africaines à un rythme effréné, les joueurs qui évoluent pratiquement tous dans les championnats étrangers, l’argent qui a fait son entrée en jeux, poussant les acteurs à rechercher la victoire à tous prix, etc. Un brin nationaliste, André Ntonfo plaide pour le « rapatriement du football africain pour le redynamiser ».

« De Soccer city à Maracana : le football africain à l’ère de la mondialisation » est un livre riche. Une mine de sujets de débats de fonds sur le football, à conseiller au grand public et aux journalistes afin que les studios de radio et les plateaux de télé aillent au-delà des lieux communs auxquels on abreuve le public.

Le professeur André Ntonfo a le mérite d’avoir élevé le débat. C’est pour cette raison qu’il est souhaitable que les intellectuels écrivent sur le football, qui est devenu un grand enjeu de pouvoir. Ils doivent d’autant plus occuper le terrain que leur silence a fait émerger sur l’espace public une race de spécialistes autoproclamés qui n’ont d’expertise que leur capacité à maintenir le peuple des amoureux du football dans l’ignorance et l’amalgame.

 

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