L’insoutenable aveuglement des élites francophones africaines

Depuis une dizaine d’années, l’Afrique francophone traverse une crise identitaire profonde qui remet en cause ses projets de développement économique et social. Celle-ci se traduit par les modifications des constitutions, les guerres ethniques ou religieuses, les élections truquées et gagnées à l’avance. Il faut ajouter à ce cocktail explosif l’emprisonnement systématique des opposants politiques victimes de procès fantaisistes et dilatoires.

Cet aveuglement prolonge incontestablement la mise « sous-tutelle » des anciennes colonies de la France et les maintient dans une léthargie suicidaire.

Lors des dernières élections au Togo, en République du Congo, en Guinée et au Niger, les régimes en place n’ont fait que consolider des dictatures qui continuent à tirer vers le bas des populations livrées aux religions, à un dieu devenu sourd, muet, aveugle et rompu aux épreuves de soumissions. Les résultats des prochaines échéances électorales au Cameroun, en République Démocratique du Congo et au Gabon ne surprendront donc personne. Elles sont gagnées à l’avance par les éternels occupants d’un fauteuil usé.

La faute incombe aux élites qui ne veulent ni se positionner, ni participer activement aux changements politiques, à l’heure où les pays anglophones d’Afrique s’émancipent de leurs mentors anglais.
Nous avons ici deux types de cultures :

-La culture anglophone qui responsabilise le citoyen et lui permet de s’affranchir pour voler de ses propres ailes comme un oiseau qui sort de son nid;

-La culture francophone paternaliste qui couve ses « enfants » pour s’éterniser dans le cocon familial tout au long de leur vie.

Ces cultures contradictoires peuvent s’observer également dans les diasporas implantées en Europe. Les anglophones s’épanouissent et s’intègrent mieux en participant activement à leur pays d’accueil. Ils prennent des initiatives en créant des entreprises.

 

Michel Lobé Etamé, journaliste

Chez les francophones, une inertie patente s’observe. L’assistance devient culturelle. L’immigré, même naturalisé, attend tout de l’état providentiel. Pour ceux qui veulent prendre leur envol, il leur faut un parrainage, une autorisation « paternelle » ou encore un sauf conduit. Une culture qui créé des assistés.

En Afrique, les élites francophones qui participent activement à la vie économique et politique de leurs pays respectifs n’ont qu’une obsession : avoir un parrain en France ou être reconnu par Paris. Car il n’est pas envisageable d’arriver au plus haut sommet sans l’aval ou l’appui de la puissance coloniale. Pour être crédible, une élite a besoin d’avoir un carnet d’adresses à Paris, parmi les hauts responsables des deux grands partis politiques français.

Les élites d’Afrique francophones sont convaincues que rien n’est possible dans leur ascension sociale, politique ou économique s’ils n’ont pas de mentor en France. Il faut ajouter à ce contexte de dépendance d’autres « obligations » informelles qui saucissonnent nos intellectuels. Ils se battent pour appartenir aux obédiences occidentales qui maintiennent sur place des cercles de « réflexion » ésotériques pour « promouvoir » la liberté, la démocratie et l’épanouissement des populations.

L’appartenance à ces obédiences devient un privilège. Les « élites » se battent pour les intégrer. Ils sont convaincus, à tort ou à raison, que l’ascension sociale n’est possible qu’à travers les obédiences occidentales. Elles contribuent ainsi à privilégier la politique du ventre au détriment des idéaux républicains.

Dans ce contexte, les élites ne servent plus leurs pays. Ils obéissent à des maîtres extérieurs dont les intérêts sont différents des priorités de leurs pays.

Nos chères élites naviguent à contre-courant. Ils confondent leurs intérêts égoïstes et privilégient les intérêts des maîtres qu’ils servent.

Nous comprenons donc pourquoi les églises se sont engouffrées dans les brèches laissées par cette minorité qui nous gouvernent. Le pauvre citoyen se tourne vers Dieu, convaincu que le bonheur ne viendra que de l’au-delà. L’effort individuel ne trouve plus dans ce contexte social la récompense au mérite.