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Liberté de la presse : Des journalistes camerounais parlent des entraves à la liberté de la presse dans leur pays

Liberté de la presse : Des journalistes camerounais parlent des entraves à la liberté de la presse dans leur pays

Les journalistes camerounais célèbrent avec leurs confrères du monde, la 21e journée internationale de la liberté de la presse. L’édition de cette année est placée sous le thème « La liberté des médias pour un avenir meilleur : contribuer à l’agenda de développement post-2015 ». Reporters sans frontières dans son dernier classement, accorde la 120e place au Cameroun. Le pays perd 23 places quand on sait qu’il était classé au 97e rang en 2011-2012. Une chute qui s’explique en grande partie, par les nombreuses entraves à l’exercice de la profession de journaliste au Cameroun et les pressions diverses. La question posée était : Quelles sont les entraves à la liberté de la presse au Cameroun ? Avez-vous déjà été victime de pression ? Les réponses sont édifiantes. Pour en savoir plus, lisons plutôt.

Anne Mireille Nzouankeu, journaliste indépendante, Associated Press

Anne MireilleNzouankeu:Camer.be1-« Au Cameroun, les entraves à la liberté de la presse sont nombreuses mais pour parler à titre individuel, celles que je vis le plus sont la rétention d’information et les intimidations. La plupart des sources d’informations vous disent qu’elles ne peuvent pas s’exprimer à visage découvert pour ne pas irriter leurs chefs. D’après ces sources, leurs supérieurs hiérarchiques ne veulent pas voir de potentiels rivaux en leurs subordonnés alors ils préfèrent que ces collaborateurs restent dans l’anonymat. Cette rétention s’étend à tous les niveaux hiérarchiques. Un chef de service vous dira qu’il faut voir son directeur, le directeur vous dira qu’il faut que son ministre parle ou alors lui donne l’autorisation de parler et même lui dicte ses propos. Si finalement le ministre accepte de parler, il n’oubliera pas de mentionner qu’il n’a aucun mérite dans toutes les actions entreprises, c’est le chef de l’Etat qui a tout pensé et implémenté. Lorsque, vous journaliste, avez un chef qui vit hors du Cameroun, cette difficulté à accéder aux sources d’informations officielles, même pour des choses les plus banales est difficile à expliquer et à comprendre. Puisqu’ailleurs, le plus petit chef de bureau est là pour vous montrer qu’il maitrise tous les dossiers de son secteur d’activité, qu’il est compétent, qu’il mérite d’être là…etc. En France et aux Etats-Unis on voit bien le chef de l’Etat échanger des SMS avec des journalistes ».

2-Les pressions sont nombreuses et quotidiennes. Elles vont de l’intimidation à la tentative de culpabilisation : des coups de fil anonymes, des personnes qui vous menacent ouvertement, d’autres qui tentent de vous faire culpabiliser en vous disant par exemple que vous ne devez pas être la personne par laquelle la guerre arrivera au Cameroun, vous ne devez pas être la radio des « mille collines » ou alors pourquoi voulez-vous faire perdre son travail à quelqu’un ?

Christophe Bobiokono, journaliste directeur de publication « kalara », membre du Cnc

Bobiokono:Camer.be1-« La première entrave est d’ordre professionnel : il y a une proportion très grande d’acteurs de la presse qui connaissent très peu de choses sur le métier. Ce sont des amateurs mal ou pas du tout formés. Ils ignorent tout des exigences professionnelles, éthiques et déontologiques du journalisme. Ils y ont débarqué comme une génération spontanée. Cela n’aide pas à donner de la corporation une image de sérieux et cela impacte sur la perception que le public a du journalisme. Il y a trop de méfiance à l’égard des journalistes même si, par courtoisie, les gens ne le disent pas toujours. Le journaliste camerounais est considéré par beaucoup comme un « amerdeur », un escroc, un fouteur de trouble… Le public ne fait pas la différence entre les bons professionnels, bien formés et respectueux des bonnes pratiques professionnelles, de ces resquilleurs qui sont dans le corps par effraction. Cela complique donc le travail du bon journaliste.

La seconde entrave à la liberté de presse au Cameroun est liée à l’environnement juridique et la « considération » que les pouvoirs publics ont pour la presse. En 2012, se sont par exemple tenu les derniers états généraux de la communication avec un grand zoom sur la presse. L’urgence de revoir l’arsenal juridique qui encadre l’entreprise de presse et le journalisme a été constatée à l’occasion. La loi qui organise la communication devrait être remise à plat, notamment pour se mettre à jour avec les nouveaux métiers du journalisme. Un statut du journaliste et de l’entreprise de presse devrait être défini. Deux ans après, on ergote encore autour de cela.

C’est seulement la semaine dernière que le comité de suivi des résolutions des Etats généraux s’est réuni pour la première fois. Et on a constaté à l’occasion que certaines options décidées pour aider à la professionnalisation de la presse ont été mises de côté par les fonctionnaires. L’idée majeure de la création d’un Ordre professionnel des journalistes encadré par la loi, pour aider à l’autorégulation, n’est pas reprise dans les avant-projets de textes qui ont été soumis au comité de suivi. Certains fonctionnaires veulent imposer par la ruse et la malice leurs idées propres sans tenir compte de l’efficacité des solutions proposées. On a l’impression qu’il y en a qui trouvent un plaisir ou un intérêt dans la désorganisation de la profession… L’idée de voir émerger un corps uni et organisé pour mettre hors d’état de nuire les resquilleurs dont je viens de parler n’est sans doute pas partagé par tous.

Il y a d’autres entraves à la liberté de presse, comme la précarité financière criarde de l’entreprise de presse, qui fait que de nombreux travailleurs du secteur sont sans salaire. L’accès aux sources publiques d’information n’est pas encadré, comme c’est le cas sous d’autres cieux. Le soutien public à la presse est embryonnaire et mal organisé ».

2-« Votre question est vague et imprécise pour susciter une réponse claire. Je ne sais pas ce que vous entendez par pression. Pression de qui pour obtenir quoi ? Il faut savoir que tout bon professionnel est toujours sous pression. Il se met lui-même sous pression pour assouvir efficacement la soif de ses lecteurs en informations de qualité. Le directeur de publication subit la pression de ses collaborateurs qui attendent des orientations sur tel aspect de leur travail ou qui attendent des moyens pour faire leur travail.

Maintenant, si vous voulez savoir si on a déjà été victime de pression pour publier une information ou pour ne pas le faire, je vous dirais que c’est le quotidien de tout journaliste dont le travail a un impact sur le public. Le dessein de certains est d’avoir le contrôle d’un tel journaliste. Si un journaliste ne subit pas de pression, c’est qu’il n’a aucun impact sur le public. Mais, un bon journaliste est celui qui sait soit résisté aux pressions, soit les prévenir, du fait de ses attitudes et aptitudes professionnelles. Je sais qu’il y a quantité de «propositions professionnelles» qui ne me sont pas adressées simplement parce qu’on sait comment je fonctionne. Nous sommes dans le milieu et nous savons comment certaines campagnes sont suscitées, commandées et pilotées ».

Roger Kiyeck de Kiki, Journaliste, Chroniqueur politique, Amplitude Fm

Roger Kiyeck de Kiki:Camer.be1-« Le discours officiel, selon lequel on n’avait plus besoin de prendre le maquis pour s’exprimer a été accompagné par un certain nombre de lois de décembre 1990. Ces derniers temps, peut-être par rapport au contexte on s’est rendu compte que l’avancée a été transformée en simulacre. Quelques-uns se sont approprié l’autorité de l’Etat, pour entraver complètement la liberté de la presse. Les affaires Bibi Ngota, l’assassinat de Jacques Bessala Manga, l’emprisonnement d’Enoh Meyomesse et plus récemment, l’envahissement de la rédaction du journal aurore plus à Douala, l’explosion du véhicule de notre confrère Denis Nkwebo sont des faits parlants, qui sont là pour nous rappeler notre fragilité dans ce pays. Alors certaines autorités utilisent leur pouvoir pour faire taire la liberté de la presse. Cette liberté apparait beaucoup comme un mirage ».

2- « J’ai plusieurs fois été victime des pressions. Voyez-vous que j’ai été obligé de quitter une entreprise médiatique pour une autre par ce que des pressions ont été faites auprès de mon employeur. Les menaces physiques, les chantages, les agressions, les intimidations, nous les subissons en permanence. Notre environnement est très difficile, il est très difficile de faire ce job sans subir des pressions. Notre profession est complètement précarisée.

Paul Joël Kamtchang, Journaliste, au quotidien Emergence

Paul Joel Kamtchang:Camer.be1-« En matière d’entrave à la liberté de la presse au Cameroun, on peut citer une bonne brochette parmi celles-ci, il y a des intimidations que certaines organes de presse subissent. Vous avez des cas très récents, l’irruption des bidasses de M. Biya dans une rédaction, celle d’Aurore plus ou encore celui qui fait plus de bruit, la convocation du Dp de Magnus. Remarquez que ces cas et bien d’autres n’ont qu’un seul but, déceler la source du journaliste pourtant garantie par des textes. Mais lorsque c’est l’armée qui veut connaitre les sources d’un journaliste, ça me pose plusieurs problèmes. Nos instances sécuritaires devraient pouvoir comprendre qu’elles ne sont pas au-dessus de la loi et en cela, l’entrave à celle-ci devrait être punie sévèrement. Le gendarme ou le policier n’est pas au-dessus de la loi et ne devrait pas enfreindre les textes qui régissent un métier pour dit-on des raisons d’Etat. Mais comme on est dans un pays où certaines personnes se croient super, nous devons dire non d’un seul ton.

2- « Jusqu’ici, je n’ai pas encore subi de pressions! Je fais tout pour être professionnel et ne pas m’accoquiner avec mes sources et ne garder que des relations professionnelles. Aussi, j’avoue que ce n’est pas facile, entre une information qu’on te donne sans que tu ne saches les vraies raisons et la responsabilité sociale du journaliste qui n’est toujours pas facile à justifier avant de se jeter à l’eau. Mais, je crois que, lorsque vous restez professionnel, vous pouvez subir des pressions, face à la vérité que vous avez mise à nu et rien de grave ne vous arrive. Toujours est-il que même restant sur la pression morale, votre droit se trouve violé, et en cela, c’est toujours une pression qui peut porter atteinte à vos activités professionnelles ».

Paul Sabin Nana, Journaliste de sport

Paul Sabin Nana:Camer.be1-«Exclusivité des sources et documents officiels aux médias à capitaux publics, maintien de l’existence des médias audiovisuels sous statut de « tolérance administrative »

(aucune mesure prise pour délivrer d’autorité des licences aux chaines TV par exemple) voilà quelques entraves.

2- « Oui, j’ai déjà subi des pressions, dans mon métier.

Dans les milieux du sport: par exemple, lors du séjour lions au Maroc en novembre 2011, pour un tournoi.

Après la grève des joueurs, j’ai reçu des informations compromettantes sur l’un des leaders de la grève.

Mis au parfum, le bras droit de ce joueur a tenté de me convaincre de ne pas publier. En vain ».

Sismondi Barlev Bidjocka, Journaliste Radio Siantou, Radio canada

Sismondi Barlev Bidjocka:camer.be1-« Les entraves à la liberté de la presse au Cameroun, c’est des excroissances du genre qu’on a vécu récemment avec Aurore plus, des éléments qui font du zèle !! Sinon la presse est considérablement libre au Cameroun »!

2-« J’ai déjà été victime de pression, mais un bon journaliste en subit toujours, et doit se mettre au-dessus ».