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Libération des otages: Le Cameroun invente une diplomatie de guerre… tarifée – Yaoundé négocie, Boko Haram frappe

Libération des otages: Le Cameroun invente une diplomatie de guerre… tarifée – Yaoundé négocie, Boko Haram frappe

Dans un communiqué  émanant de la présidence de la République, les Camerounais et le monde entier ont appris que 27 otages chinois et camerounais enlevés en mai et en juillet dernier par des membres présumés de la secte islamiste radicale Boko Haram  ont été libérés.

Ce succès camerounais de la ‘diplomatie de guerre’ s’ajoute à d’autres, où des Français, des Italiens, une Canadienne enlevés dans le septentrion ont bénéficié des tractations et transactions de  l’ombre qui ne font aucun doute, quoique  n’apparaissant pas clairement aux yeux des observateurs. Des interrogations subsistent donc. A quels prix ont été négociées les différentes libérations ? Où se sont passées les transactions? Quels sont les acteurs ? Il serait difficile de se souvenir des cas dans le monde des enlèvements et libérations répétitifs d’otages entre belligérants qui continuent à se canarder. Durant les tractations couronnées de succès qui ont dû s’étaler sur plusieurs mois, Boko Haram n’a cessé d’agresser notre territoire et de tuer militaires et civils.

Peut-on croire que pendant qu’une roquette est  tirée le 6 octobre 2014 depuis la ville nigériane de Banki, ou un ‘bastion’ de la secte islamiste Boko Haram a tué au moins huit civils à Amchidé et fait de nombreux blessés, tandis que plusieurs milliers de Camerounais des villages frontaliers se sont déplacés vers l’intérieur du pays, nos diplomates de l’ombre discutent tranquillement avec l’agresseur sur la libération des otages?


Sûreté de l’Etat

Peut-on croire qu’en marge de l’armée camerounaise, qui a déployé des renforts dans la région et annoncé ces dernières semaines avoir tué de nombreux combattants de Boko Haram, des discussions transfrontalières ont lieu avec un ennemi de l’ombre qui ne prend même plus la peine de revendiquer ses forfaits? Combien de Boko Haram nous font la guerre ? Ceux de Banki sont-ils les mêmes que ceux de Fotokol, de Makary ? De Kousseri ? De Kolofata ? Il n’y a eu aucun cessez-le-feu officiel, il n’y a eu aucune accalmie. Si les nouvelles du front nous arrivent régulièrement, celles de la libération d’otages tombent brusquement, venues de nulle part.

Peut-on croire qu’accusés d’atteinte à la sûreté de l’État, trente membres présumés de la secte nigériane soient écroués au Cameroun et malgré cela, les terroristes libèrent sains et saufs ceux qui n’ont pas été tués lors des enlèvements ? Nous sommes donc en présence de crimes crapuleux, où nos adversaires ne comptent pas leurs morts, tuent des Camerounais à l’aveuglette tout en ménageant des espaces de dialogue tarifé, si l’on en croit des informations de presse qui parle de milliards transactionnels autour des otages.

Négociations

Ils savent pourtant comme nous aussi que les dirigeants du Nigeria, du Cameroun, du Tchad, et du Bénin vont coordonner leur position face à la montée en puissance de ce qui est présenté comme la secte islamiste radicale. Réunis la semaine dernière  à Niamey, au Niger à l’occasion du sommet extraordinaire des chefs d’Etat et de gouvernements des pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad (Cblt) et du Benin  pour  finaliser la création et la mise en place d’une force multinationale pour contrer la menace  du groupe nigérian Boko Haram. 700 soldats des armées du Cameroun, du Niger, du Nigeria et  du Tchad et composant cette force régionale vont mutualiser leurs capacités opérationnelles et de renseignement à partir du 1er novembre 2014 et l’’Etat-major devra fonctionner à partir 20 novembre 2014.

Est-ce en prélude à cette montée en puissance de feu que Boko-Haram ou ce qui en tient lieu  entend se doter d’un bon pactole issue des prises d’otages pour faire face ? «Rien ne sera plus comme avant. Nous serons conséquents avec nous-mêmes et mettrons en œuvre les décisions que nous venons de prendre», a souligné  Idriss Deby. Entretemps, représenté par son ministre de la Défense, le président Biya qui n’était pas présent au sommet engrangeait avec  succès les négociations pour la libération des derniers otages officiels…

Edouard Kinguè

 

Portrait: Dr Agnès Françoise Ali : le prix de la liberté

Dr Amadou Ali née Moukouri Agnès Françoise, matricule numéro 743/75 du tableau de l’ordre des médecins, en service à la pédiatrie de l’Hôpital général est enfin libérée.

Femme de tête, femme de cœur, femme de silence, otage pour avoir épousé la politique à travers son époux qu’elle a enfin rejoint après des mois de claustration forcée, ‘Dodo’ comme l’appelle ses intimes effacera-t-elle de sa mémoire le calvaire qu’elle a subi dans sa chair ? «Là où je me trouve, on ne parle qu’haoussa, arabe, kanuri et parfois l’anglais », écrira-t-elle, alors qu’elle était encore locataire de l’enfer de ses ravisseurs. Les images de sa libération laissent un sentiment bizarre. Son visage est apparu marqué lors de son retour à la vie, comme une immergée polie par les vagues du calvaire, enfin mystérieusement rejetée sur le rivage, tandis que les profondeurs gardent encore deux cents vestales nigérianes, deux  cents lycéennes de Chibok, dans le l’Etat du Borno, promises au droit de cuissage par Boko Haram.

Inconnue des médias, personne n’a pensé faire une pétition sur le thème : «bring back our docta».L’actualité a jeté son éclairage brûlant sur cette dame, cette épouse-otage à la merci d’une horde de tueurs incultes, dont l’absence pesait sur le dos voûté de son mari, le vice-Premier ministre. Au lendemain de la mortelle agression de Kolofata, Ali avait regagné Yaoundé sans ‘Dodo’, le cœur en berne, la mine défaite, un  regard  glacial tourné vers le sol. Quels mots pour décrire le drame d’un couple surpris au virage d’une vie sans histoire, d’une vie de pouvoir, se révélant finalement fragile des incertitudes de la vie, qui bascule parfois du Capitole à la Roche tarpéienne ?

 

Détresse

Amadou Ali n’avait qu’une certitude. Son petit-frère, son bras droit, le chargé des affaires réservées avait été tué au milieu du carnage. En tout sept personnes assassinées dans sa concession, dont certaines dans des conditions inhumaines et barbares. Au rang de ces victimes, son petit frère, sa belle-sœur, son cousin, son cuisinier etc. Mais Agnès-Françoise ? Le 25 août 2014 ‘La Météo’ publie une lettre attribuée à l’épouse d’Amadou Ali à l’intention de Paul Biya : « Monsieur le président Paul Biya, je suis l’épouse de Monsieur Amadou Ali née Françoise-Agnès Moukouri. J’ai été contactée par l’un des gardiens qui propose de m’aider à vous faire parvenir ce message. Je ne sais pas si c’est possible». D’où écrit-elle ? « Je ne sais pas où je me trouve. Mais, je remercie Dieu parce que jusqu’à ce jour, je n’ai pas été physiquement violentée. Mais, j’ai très peur chaque jour et à chaque instant. À 12h par exemple, je ne sais pas si 13h va me trouver en vie. Nous vivons l’instant et comme ça chaque jour. C’est difficile de vivre dans ces conditions, surtout quand on est gardé par des hommes toujours fâchés et armés».

L’amour est toujours aussi fort.

Elle sait qu’il y a à Yaoundé un ‘prisonnier’ qui l’attend désespérément, douloureusement libre derrière les barreaux rivés dans sa chair, dans son cœur : «je veux retrouver mon époux. Monsieur le président». Du fond de sa détresse, Dodo ne pensait qu’à Ali. Mais aussi à ses compagnons d’infortune. «Monsieur le président ne nous abandonnez pas. Merci».  C’est chose faite. Le Cameroun a pris langue avec les preneurs d’otages professionnels qui sévissent depuis des années à la pointe du septentrion. A quel prix ? La vie a-t-elle un prix ? La Sourate 13, Verset 26 du Coran dit : « Allah le miséricordieux étend largement ses dons ou (les) restreint à qui Il veut. Ils se réjouissent de la vie sur terre, mais la vie d’ici-bas ne paraîtra que comme une jouissance éphémère en comparaison de l’au-delà».

 

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