L’histoire des appels tribalistes au Cameroun : Des prêtres crient à la «bamilékisation»

L’histoire des appels tribalistes au Cameroun : Des prêtres crient à la «bamilékisation»

Ils ont rédigé en 1987 un mémorandum pour s’opposer à la nomination de Mgr Gabriel Simo comme évêque auxiliaire.

En 1987, l’Eglise catholique au Cameroun va être marquée par une affaire aux forts relents tribaux. Ce que certains appelleront « la bataille de l’archidiocèse de Douala » (J.F. Bayart et A.Mbembe). La nomination, cette année-là, de Mgr Gabriel Simo comme Evêque auxiliaire à Douala va susciter la réaction d’un ensemble de prêtres. Le 16 mars 1987, 51 prêtres «autochtones» sur 80 de l’archidiocèse de Douala adressent un mémorandum au Vatican. Il est intitulé « Un éclairage nouveau sur la situation qui prévaut actuellement dans l’Archidiocèse de Douala ».

« Le document croyait discerner dans ces nominations la manifestation d’un plan de bamilékisation de la hiérarchie de l’Eglise au Cameroun, dont le clergé expatrié, le nonce et divers intérêts étrangers auraient été complices ; il établissait une correspondance entre ce projet ecclésial et une ambition plus générale des « Bamiléké » visant à « une plus grande maîtrise de la puissance financière » et à « la conquête du pouvoir politique ». Mgr Ndongmo était notamment accusé de tirer les ficelles à partir de Rome. « Un Évêque auxiliaire, venant de Bafoussam, un Bamiléké, vient d’être nommé à Douala. Le rêve de Mgr Ndongmo est devenu réalité en 1987 », écrivaient les auteurs du mémorandum. Ils poursuivaient : « Nous assistons par conséquent à une savante « Bamilékisation » de la hiérarchie de l’Église au Cameroun. (…)

La mainmise sur le siège archi-épiscopal de Douala fait partie du processus de Bamilékisation de la hiérarchie. Cette Bamilékisation de la hiérarchie tend naturellement vers la prise du pouvoir politique. Le Nord est pratiquement conquis, l’Est aussi; l’Ouest déjà. Il ne restait que le Littoral, c’est-àdire Douala, et la boucle est bouclée ».

Les signataires demandaient ni plus ni moins au Vatican de revenir sur sa décision de nommer comme évêque auxiliaire à Douala Mgr Simo « qui est appelé probablement à succéder à Mgr Tonye, comme Archevêque de Douala ». « La Nonciature de Yaoundé est donc en train de donner une caution morale d’une importance incalculable à un dessein politique d’un peuple qui pourrait faire le drame du Cameroun demain. (…) En tout cas le peuple chrétien a ressenti comme une gifle, la nomination d’un auxiliaire à Douala étranger à son clergé. Pourtant, ce clergé est en nombre suffisant, quantitativement, pour assumer la responsabilité de pasteur de son peuple » ; lisait-on dans le mémorandum.

Le mémorandum suscitera un ensemble de réactions indignées, dont celle de l’Assemblée du clergé indigène du diocèse de Bafoussam (Acib). Elle réfute les allégations du mémorandum des 51 prêtres, relève des affirmations erronées, des incohérences et contradictions, note son caractère anti-évangélique et anti-ecclésial et précise qu’il est en contradiction avec la constitution camerounaise et les voies de l’intégration nationale tracées par le Chef de l’État.

« Qui peut prétendre que les prêtres Bamilékés soient tellement assoiffés de pouvoir, qu’assis autour d’une table ronde avec les autres prêtres autochtones du pays pour un débat franc cartes sur table, ils ne puissent dénoncer avec leurs confrères d’autres ethnies la « Bamilékisation de la hiérarchie de l’Église au Cameroun » si la preuve en est vraiment établie ? Aussi « notre point de vue », au-delà d’une apparente polémique due aux exigences de la vérité et d’un minimum de rigueur intellectuelle, est-il fondamentalement une invitation au dialogue dans l’Eglise en croissance dont les prêtres constituent la cheville ouvrière », écrivait l’Acib.

Plus tard, le 8 septembre 1987, c’était au tour de la Conférence épiscopale nationale de réagir au mémorandum qu’elle désavouait.

 

 

camernews-Cathedrale-Douala

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