L’Hercule Buhari au pied du mur

Elu le 28 mars et investi le 29 mai derniers en grande pompe, le président nigérian, dont l’accession à la magistrature suprême suscite grand espoir au sein de la population, voire au-delà des frontières du pays, semble très attendu sur ses deux principales promesses. Il s’agit d’abord de la lutte contre l’hydre islamiste qu’est cette organisation terroriste nommée Boko Haram qui, depuis 2009, fait et continue de faire régner la terreur au nord-est du Nigeria. Adepte des raids meurtriers et de massacres commis à l’encontre de la population civile, ce mouvement djihadiste aurait fait plus de 6000 morts entre 2009 et 2014, selon l’organisation de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch.

Il y a aussi et surtout la lutte contre la corruption qui gangrène tout le tissu économique de ce pays imbibé de pétrole et où pourtant, remplir souvent son réservoir en fuel, confine au parcours du combattant et où une bonne partie de la population n’a que ses yeux pour pleurer, faute de pouvoir accéder au gâteau national. C’est vrai que le vote interreligieux et inter ethnique qui a permis lavictoire de l’ex-général à la magistrature suprême de son pays peut être compris comme l’aspiration de toute une nation au rétablissement de l’ordre. Difficile en effet de comprendre qu’un pays, qui totalise plus de 170 millions d’âmes, dont plus de trois millions sont intégrés au niveau des différents régiments de l’armée, et qui, de surcroît reste la première économie africaine, batte en retraite, sinon capitule de manière si piteuse face à quelques milliers, voire des centaines de prétendus fous de Dieu. Qui mieux qu’un général pour relever un tel défi!

C’est dans ce contexte fortement préoccupant que le frais émoulu président de la République fédérale du Nigeria a réservé sa première visite à l’étranger aux deux pays les plus engagés dans la lutte contre l’hydre islamiste. Ils sont tous voisins du Nigeria et ressentent plus que quiconque les effets pervers de cette guerre asymétrique. Il s’agit du voisin nigérien qui, depuis plus d’un an, mène une guerre terrible à cette horde de bandits armés, et du Tchad qui, après avoir montré la combativité de ses soldats au Mali, semble donner du fil à tordre à Boko Haram. Logique avec lui-même, le nouvel homme d’Etat nigérian entend, par ses visites de courtoisie, rendre concrète sa volonté d’en finir au plus vite avec cette secte islamiste qu’il qualifie de gens fous et sans Dieu

On se souvient que depuis le mois de février, et sous l’impulsion du Tchad, du Cameroun et du Niger, les fous de Dieu avaient dû essuyer un sérieux revers, au point de douter de leur propre capacité de survie. Mieux, rien qu’en mars, la lutte contre ces criminels sans foi ni loi avait pris un tournant décisif avec la mise en place par l’Union africaine de force multinationale mixte composée de 10000 hommes et qui devrait être opérationnelle dans les toutes prochaines semaines.

On attendait donc l’ex-général nigérian au pied du mur et il est bel et bien au rendez-vous. Et personne n’ignore que loin d’être de laplaisanterie, la chasse à l’hydre islamiste est désormais ouverte, pour que vivent le géant nigérian et l’Afrique de l’Ouest.