Lettre en prelude a la visite du president François Hollande au Cameroun

Monsieur François HOLLANDE, Président de la République Française,

Ainsi que l’indique votre agenda, vous avez prévu de rendre visite le vendredi 03 juillet à M. Paul Barthélemy BIYA, chef de l’Etat du Cameroun.

Cette visite à celui qui occupe la présidence de la République du Cameroun depuis près de trente trois ans s’inscrit sans aucun doute dans le cadre des relations franco-camerounaises, ponctuées par des visites bilatérales et marquées par une coopération civile et militaire, cette dernière ayant été récemment très renforcée.

Cependant, une visite d’Etat comme la vôtre en ce moment sur le territoire camerounais, ne pourrait qu’être chargée, aux yeux de l’opinion publique camerounaise, de symboles négatifs vis-à-vis de la France. Une visite à un dictateur qui se maintient au pouvoir par le tripatouillage constitutionnel, la fraude électorale, le clientélisme et la corruption, ainsi que par la force et les menaces en tous genres à l’égard de ses concitoyens, ne peut pas être interprétée comme un signe d’amitié.

En tous cas, si elle l’est pour le régime de M. Biya, elle ne l’est certainement pas pour le peuple camerounais. Malgré ses frasques françafricaines, même votre prédécesseur à la présidence française s’était refusé à accorder une telle considération à M. Biya.

Puisque qu’elle est déjà programmée, Monsieur le Président, nous vous appelons donc à la vigilance afin que cette visite devienne opportune pour la démocratie au Cameroun, et qu’elle ne se transforme pas en une simple injure aux Peuples Camerounais et Français, ni en un déni de respect pour les droits de l’Homme et un abandon des démocrates persécutés qui croulent sous le joug d’un régime cleptomane aux abois.

Monsieur le président, un silence de votre part sur la question de la démocratie et des doits humains serait un message extrêmement négatif. Vous confirmerez ainsi à la jeunesse camerounaise et aux peuples africains opprimés par des dictatures moyenâgeuses, une inadmissible complicité de la France.

Par ailleurs, sur le plan symbolique, vous ne pouvez ignorer que la moindre complicité revêtue par cette visite sera l’occasion pour M. Biya Paul de narguer le peuple camerounais en arguant de votre soutien et de celui de vos partenaires de l’Union Européenne. Il compte ainsi, pour tuer tout réflexe de résistance à ses dérives, alimenter l’imaginaire collectif ancré dans l’esprit de nombreux compatriotes et selon lequel nul ne peut se libérer d’une dictature soutenue par l’Occident.

Pouvez-vous ignorer que l’accueil plus que chaleureux qui vous sera réservé, ne sera que l’expression de la jubilation d’un rêve de légitimation, caressé par un sanguinaire sans foi, ni loi ?
Pouvez-vous ignorer que ce Monsieur, dont l’un des plus remarquables fait d’armes est d’avoir plongé la très grande majorité de son peuple dans la misère, a conduit son pays vers les abîmes de la mal gouvernance et érigé le tribalisme et le détournement de fonds publics en mode de gouvernance ?

Vous pensez avoir trouvé, Monsieur Hollande, la parade diplomatique qui consiste en une visite éclair à Yaoundé, à une personnalité que vous pourrez qualifier, à raison, de peu fréquentable.
Mais pour un dictateur comme M. Biya, seule la photo suffit ! Ses griots grassement payés feront le reste. Même une minute de visite est donc déjà une minute de trop !

Quoi qu’il en soit, monsieur le président, puisque vous allez faire cette visite éclair, entre deux cocktails et sourires diplomatiques, nous souhaitons avec le peuple camerounais que vous obteniez de M. Biya et de son régime dictatorial:

  • l’abandon des élections frauduleuses et la mise sur pied d’une Commission Nationale Electorale Indépendante du pouvoir politique et inclusive de toutes les composantes de la société, y compris les partis et institutions non représentées aux assemblées issues d’élections frauduleuses ;
  • l’abandon de l’absence de la liberté de presse et de réunion
  • l’abandon du refus d’alternance, et notamment, le départ volontaire de M. Paul Biya du pouvoir en 2018 au terme de son mandat usurpé en cours, afin qu’un souffle nouveau gagne le Cameroun, redonne de l’espoir à la jeunesse et freine la spirale de désespoir qui lance des contingents entiers de jeunes camerounais sur les routes dangereuses de l’exil, et jusqu’aux portes de l’Europe, au prix, hélas parfois, de leur vie. Veuillez exprimer à M. Biya, dans les termes que vous voudrez, que pour lui, 2018, doit être le terminus !

Monsieur le Président,
Saurez-vous seulement évoquer de vive voix, toutes ces préoccupations qui sont celles du monde libre et démocratique dont vous êtes le chantre, et qui se trouvent également être celles des patriotes et démocrates camerounais que nous sommes ?

Tout en espérant, Monsieur le Président, que vous saurez accepter que le Peuple camerounais vous prenne aussi à témoin.

Nos salutations distinguées.