Les semenciers du Sud réclament de l’argent au Minader

Ils exigent à leur débiteur le paiement de la production des deux dernières campagnes de semences.

Un groupe de manifestants membres de la coopérative agricole de Bityili, village situé dans la périphérie d’Ebolowa, sur l’ancienne route de Yaoundé, a récemment assiégé l’esplanade des services du gouverneur du Sud. Assis sur le macadam, pancartes à la main, ces paysans réclamaient le paiement de la production des deux campagnes de semences de l’année 2014, livrées au Ministre de l’agriculture et du développement rural (Minader). Soit un total de 128 tonnes de semences de maïs évaluées à près de 100 millions Fcfa.
Peut-on travailler sans salaire? , Où est passé l’argent des maïsculteurs de Bityili ?, ou encore Paul Biya pour les agriculteurs ?, pouvait-on lire sur leurs pancartes. Selon Etienne Marcel Mvaébeme, l’un des producteurs en colère, la coopérative a livré à l’Etat la production de deux campagnes de semences de maÏs, et depuis 2014, aucun radis ne leur a été payé. «Toutes les semences ont été récupérées et calibrées. Nous nous rendons compte qu’on nous pousse au désespoir. C’est pour cela que nous sommes venus voir le représentant du chef de l’Etat», a-t-il indiqué.

Cela fait 13 mois que ces agriculteurs qui sont à la base des cacaoculteurs attendent le fruit de leur labeur. «Nous sommes endettés. Nos dépenses par hectare s’élèvent à 600.000 Fcfa pour de 100.000 Fcfa par hectare», révèle Alexandre Meva’a. Lors de la réunion de crise convoquée par le gouverneur à l’effet de démêler l’écheveau, il ressort de l’intervention de Simon Alain Messi, délégué régional du Minader pour le Sud, qu’il s’agit d’un problème interne de duperie et de détournement. Car, dénonce M. Messi, Louise Sylvie Mezene Mvaébeme, Présidente du conseil d’administration de le coopérative a signé une convention de vente des semences avec le Minader à son nom propre. Une partie de l’argent réclamé lui a été versée sans qu’elle ne prenne la peine d’informer le reste du groupe.
Jointe au téléphone par le reporter de Mutations, la mise en cause fait savoir que le problème des conventions est national. «Les conventions signées dans le cadre du programme d’appui à la filière maïs connaissent des problèmes. Le Minader a transmis le dossier au Ministre des finances. On attend tous le virement de l’argent. J’ai touché l’argent des engrais que j’ai distribué à tous les membres de la coopérative et non l’argent des semences», s’est-telle défendue.
Des sources internes à la coordination du programme maïs indiquent toutefois qu’il y’aurait eu une tentative de détournement au sommet de la chaîne de gestion des fonds liés à ce projet. Selon les mêmes sources, l’enveloppe globale à payer au niveau national serait supérieure aux quantités disponibles. Le directeur du fonds semencier aurait tout arrêté en attendant de voir clair dans ce dossier. Résultat, on ne paie personne et le cycle de production s’est brutalement interrompu. Toute chose qui va certainement décourager les producteurs qui à la longue, finiront par se résigner au grand dam de ce projet porteur d’espoir.