Les Sawa une minorité en perdition électorale.

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Les Sawa une minorité en perdition électorale.
Les voix  des électeurs allogènes ont  fait  trembler les urnes dans  le département du  Wouri

La sawanité serait-elle en train de se transformer en peau de chagrin électoral ? En tout cas l’érosion du pouvoir autochtone est bien amorcée. Le Département du Wouri a depuis fort longtemps cessé de regarder les scores  du Mfoundi. On se rappelle  de la citation «  Temps que Yaoundé respire… vous commercez la suite…On peut penser sans trop prendre de risque que cette élection  risque d’être la dernière sans partage de pouvoir politique dans les sept communes de la capitale.

La  démographie est la variable principale  qui finit par redistribuer les cartes. Yaoundé pourrait donc commencer à apprendre ce qu’il en est quand une grande ville  devient cosmopolite et pluriethnique en majorité. Le poids électoral des arrivants finit tôt ou tard par modifier la donne au fond  des urnes.

N’a-t-on pas observé une forte poussée du Mrc à Yaoundé 2 pour un jeune parti qui fait sa première sortie électorale. Ce baroud d’honneur en appellera d’autres pour des batailles certainement plus disputées. Douala  a la tête  ailleurs, moins dans son histoire et plus dans son futur. Les autochtones du Wouri doivent admettre  que la course au développement économique  de la première ville du Cameroun ne laisse plus place à des considérations sentimentales  et passéistes. La ville doit procéder à sa plus grande mutation  socio-urbaine pour se mettre  dans la course des grandes métropoles portuaires d’Afrique.

On voit   de nombreuse ville portuaires du continent  qui sont en train de se métamorphoser jour après jour avec un boom économique de fort retentissement. Les électeurs à Douala  attendent un management communal beaucoup plus pragmatique détaché des considérations politiciennes. Car c’est à Douala que va s’opérer la deuxième grande mutation économique qui va nous faire basculer dans la grande économique de production de masse. C’est déjà le cas mais, puisque toute la puissance  industrielle du Cameroun  y est concentrée. Mais elle est  appelée à décupler pour des besoins grandissant des populations.  C’est cette soif d’accélération de la modernisation du tissu économique et de l’environnement urbain de la mégalopole qui crée les poussées  de revendication  sociales par à-coup et qui  est aussi le grand terreau de l’imagination de la débrouillardise au quotidien  pour la survie.

Des emplois, des logements, des moyens de transports, des équipements sociaux et sanitaires sont des besoins incontournables qui ne peuvent plus se générer dans le cloisonnement étouffant des chefferies d’installation immuable dans le cœur historique de la mégalopole. On sait la levée des périls que représentent, un élargissement de voirie, un déguerpissement. Douala n’est pas la seule ville africaine en bataille permanente avec son plan de développement et son histoire.

Mais pour se développer, il faudra desserrer l’étau qui se ferme sur son centre historique pour  construire  le prolongement de la ville dans de grandes zones périphériques  véritables  quartiers-villes, entités  autonomes pouvant vivre sans  accès  au centre nerveux central. Ces réalités  qui sont difficiles  à exposer dans un meeting électoral s’effacent pour faire place à des discours complaisants qui continuent à célébrer les particularismes.

On ne peut pas dire pour ce qui concerne le double scrutin du 30 septembre, que la carte programmatique des comportements électoraux  des camerounais ce soit  modifiée. On continue à voter majoritairement selon l’appartenance ethno-régionale et socio-linguistique. L‘identification à sa région, son ethnie et à la langue française ou anglaise. Une des principales attractions lors des confrontations se joue non pas sur le terrain des idées, mais sur celui de la maitrise  l’espace communautaire  ou  vivent une grande partie de populations  dont on est proche ethniquement.

On agit pour défendre son territoire, son identité culturelle contre des imposteurs,  des inconnus sociologiques.  On pense parfois que dans les grandes agglomérations la multiplicité des candidatures atténuent ce tropisme. Il faut bien en douter. L’appartenance  à un parti politique ne favorise pas  toujours  le vote pour la personne qui a été investie. On continue parfois à préférer  au  candidat investi le régional de l’étape celui qui parle la même langue que soi.

C’est ainsi que la composition des investitures se fait aussi  en rapport avec les électorats à affronter, au grand dam des sujets économiques majeurs  à maitriser que nous avons  évoqués auparavant. Cette réalité   est simple pour les petits partis,  quand on voit qu’ils préfèrent jeter leurs forces sur des territoires électoraux où ils estiment avoir un représentant capable de pouvoir être remarqué par l’électorat,  quitte à  faire l’impasse dans des dizaines voire des centaines de communes ou il leur manque des challengers  ayant la couleur locale : des autochtones de la circonscription. Ce qui  gêne  et qui n‘est pas prêt de changer  ce sont  les discours  d’exaltation des identités qui déconstruisent l’idée d’une communauté nationale de destin.

Le Mfoundi  avec  ses 7 communes  ne  laisse aucun siège à la représentation de la diversité politique dans la seconde ville du Cameroun de près de deux millions d’habitants, qui peut croire que l’ensemble des habitants  du département du Mfoundi sont d’un seul homme derrière un seul parti. Si la ville de Douala depuis plusieurs années  a montré une certaine ouverture  et une mixité des élus dans ces conseils municipaux, il n’en demeure pas moins que les basculements qui font perdre ou gagner se jouent encore  sur le terreau  communautariste : Autochtone/ Allogènes,  Sawa et non Sawa.

L’esprit  cosmopolite  de la grande ville ne les a pas encore dissous. Dès qu’on se replie vers  les grandes régions  aux multiples communes rurales  on retrouve  de manière saillante  une cristallisation d’un vote identitaire. Le Noun reste aux gens du Noun, le grand nord reste aux mains des ressortissants du grand nord, le sud, l’ouest, l’est, le sud d’ouest, le centre, le nord-ouest. Aucune région n’échappe   à ce repli  régionaliste. La construction ethno régionale du vote prend aussi  sa source dans la création des partis politiques qui reproduisent les clivages ethniques dans la désignation de leurs représentants pour telle ou telle élection dans telle ou telle circonscription.

Les Sawa  ne sont pas la seule minorité en perdition électorale, car les  voix  des électeurs allogènes font  trembler les urnes dans  bien d’autres départements même si nous avons voulu illustrer notre propos avec le département du Wouri qui est le plus emblématique  de ses  rapports de forces permanent  dans le jeu du vote identitaire.