LES PROJETS DE MARAFA HAMIDOU YAYA POUR L’AVENIR DU CAMEROUN

LES PROJETS DE MARAFA HAMIDOU YAYA POUR L’AVENIR DU CAMEROUN

Dans son livre « Le Choix de l’Action », le prisonnier politique le plus célèbre du Cameroun esquisse un projet sociétal ambitieux qu’il a baptisé « La Société de Confiance ». Appliqué par un président élu au suffrage universel, celui-ci doit permettre au pays de se placer dans le peloton de tête des pays émergeants en une dizaine d’années. Note de lecture.

«I have a dream», disait Martin Luther King, dans son plus célèbre discours, prononcé devant le Lincoln Memorial, à Washington, D.C, le 28 août 1963.  Marafa Hamidou Yaya also has a dream, pour le Cameroun. Cependant, si le rêve d’une société juste, égalitaire et fraternelle de Martin Luther King se concrétise progressivement à travers l’histoire, notamment avec l’élection d’un Noir à a Maison Blanche, celui de l’ancien ministre camerounais de l’Intérieur pour son pays, a vocation à être accompli tout de suite, et obéit à un calendrier bien précis.

Il l’expose avec brio dans « le Choix de l’Action », livre-programme politique, écrit depuis sa cellule de haute sécurité du Secrétariat d’Etat à la Défense de Yaoundé, où il est incarcéré depuis plus de deux ans,  à la suite à d’un procès kafkaïen. Il faut lire attentivement ce livre, grand succès de librairie dont la première édition s’est écoulée en quelques jours, pour découvrir cette projection dans l’avenir, cachée comme un trésor dans le post-scriptum de l’ouvrage.

L’auteur, y décrit succinctement le thème phare de son projet politique, « La Société de Confiance ».  Pour bien comprendre la capacité de transformation de cette politique de refondation nationale, il faut imaginer un nuage chargé d’humidité régénératrice, qui retombe en pluie sur l’ensemble du pays, n’épargnant ni institution ni citoyen.
Dans le récit de M. Marafa, l’année 2027 sert de repère, pour évaluer le chemin parcouru en treize années d’application de son projet. Le Cameroun compte désormais 35 millions d’habitants. La nouvelle société prend l’allure d’une jeune demoiselle entrant dans l’adolescence, parée des atouts de beauté, d’intelligence, de sérénité et de rayonnement. Le temps où l’on décrivait le Cameroun comme étant un pays immobile, peuplé de mendiants assis sur une mine d’or est définitivement révolu.

Celui auquel le peuple a confié la direction de sa destinée savoure sa revue de presse internationale. Les superlatifs abondent comme autrefois.  Sauf qu’ils sont tous positifs. Le poison a été transformé en élixir. Les bonnes nouvelles tombent, comme une pluie tropicale. On parle ici de  « modèle », de « miracle » camerounais. Là, de l’ « énergie créatrice » de la jeunesse, ou encore de « l’entrée tardive mais réussie, dans le XXIe siècle ».

« Priez pour demander des miracles, mais plantez aussi des choux », disait Kent Follett (Les Piliers de la terre (1989). Les choux du progrès ont été plantés. Massivement. Le pays partout ressemble à un jardin en fleur. C’est le résultat d’une transformation difficile, mais radicale et rapide. Les institutions jadis aussi fragiles que des châteaux de sable ont cédé la place aux institutions fortes, chères à l’ancien président américain Barack Obama, reconverti lui, dans l’animation des conférences internationales, après deux mandats présidentiels globalement réussis.

On a mis fin à la dilution des responsabilités connue sous le Renouveau de Paul Biya, en supprimant la fonction de Premier ministre. Le président a désormais la maitrise directe du gouvernement qu’il a mis au travail. Les députés ne sont plus des godillots, mais fixent, selon la loi de la majorité, les grandes orientations de politique publique. Loin de la chambre d’enregistrement qu’elle a été, le parlement contrôle effectivement l’action de l’exécutif. Comme dans toutes les démocraties véritables. L’organisation des élections est juste et transparente. Le calendrier électoral ne dépend plus des caprices du prince : il est scrupuleusement respecté. Tous les sénateurs sont élus, la possibilité jadis offerte au président de la république d’en nommer 30 ayant été supprimée.

Démocratie réelle

Ce cadre institutionnel stable et fiable régit la vie de la nation, dans une démocratie désormais réelle. Chaque camerounais est partout chez lui, dans le triangle national. Les succès dans la lutte contre la pauvreté et l’injustice sociale ont porté un coup fatal au tribalisme, que l’immobilisme politique avaient exacerbé. Leur fierté retrouvée, l’amour de la patrie plutôt que le repli tribal restauré, les citoyens ont plébiscité une révision du code pénal punissant le tribalisme, désormais classé parmi les délits.

Le gouvernement s’est approprié ces mots de Périclès, résumant la bonne gouvernance : « Loin d’imiter les autres, nous donnons l’exemple à suivre. L’Etat, chez nous, est administré dans l’intérêt de la masse et non d’une minorité. En ce qui concerne les différends particuliers, l’égalité est assurée à tous par les lois ; mais en ce qui concerne la participation à la vie publique, chacun obtient la considération en raison de son mérite. Enfin, nul n’est gêné par la pauvreté et par l’obscurité de sa condition sociale, s’il peut rendre des services à la cité. Dans nos relations quotidiennes, la suspicion n’a aucune place ; nous ne nous irritons pas contre le voisin, s’il agit à sa tête. Une crainte salutaire nous retient de transgresser les lois de la république ; nous obéissons toujours aux magistrats et aux lois et, parmi celles-ci, surtout à celles qui assurent la défense des opprimés ». La justice est juste et indépendante. Les diplômes ne se marchandent plus, les enseignants ayant retrouvé un niveau de rémunération digne de leurs efforts.

Franc-Lion

«  Qui ne risque rien n’a rien », dit le célèbre dicton populaire. Le Cameroun est sorti de la zone franc CFA et a lancé sa propre monnaie, le Franc-Lion. L’avènement de cette nouvelle devise a constitué un énorme risque raillé par des cortèges entiers de sceptiques, qui ont pronostiqué la ruine de l’économie nationale. Cependant, ces prophètes du malheur qui semblaient que le Cameroun compte de grands économistes et gestionnaires mondialement respectés, nt dû vite se raviser.  Dopée par une industrialisation ciblant les besoins réels du pays, le dynamisme des exportations, la baisse du chômage et l’élévation su niveau de vie, l’économie tourne à plein régime. La Banque Centrale pratique expressément des taux d’intérêts élevés, pour combattre l’inflation. Résultat : « les rugissements » du Franc-Lion se font entendre au loin. La monnaie nationale est vite devenue « une devise forte, une valeur de référence sur le plan régional, pour laquelle la demande des marchés monétaire augmente sans cesse » (P. 357).

« Son appréciation aurait pu nuire gravement à la compétitivité prix de nos industries exportatrices, mais elle a eu l’effet inverse, les poussant à maximiser leur productivité à travers l’innovation et les gains d’efficacité » (page 357).

La Société de Confiance, c’est aussi une société tournée vers l’avenir, qui protège son environnement. C’est une société écologique. Quelques exemples. Dans le littoral, la mise en place d’usines modernes de séchage de poissons a sauvé la mangrove, que le séchage artisanal détruisait. A l’autre bout du pays, le volontarisme gouvernemental a permis de ressusciter la coopération régionale avec le Nigeria, le Tchad et le Niger, autour de la protection et de la revalorisation du lac Tchad. Les eaux de L’Oubangui ont été partiellement détournées vers ce lac millénaire et vital, qui doit fournir l’eau à plus de 20 millions de personnes vivant dans les quatre pays limitrophes. « La salinité du bassin a baissé, la disparition de la biomasse a été enrayée, la pêche et l’agriculture relancées » (P. 358).

Sur le même plan, l’exploitation rationnelle des ressources naturelles permet de combler le déficit énergétique. Plus de coupures intempestives et chroniques d’électricités.  Au Nord ensoleillé, l’énergie solaire. A l’Ouest et dans l’Adamaoua, l’énergie éolienne. Et un peu partout dans le pays, sur les fleuves et rivières, une vingtaine de centrales hydrauliques. Les résultats sont éloquents : création massive d’emplois, recul de la pollution, soutien de la croissance économique, stabilité du pays, afflux des touristes, qui débarquent par milliers chaque année.

La société de Confiance, c’est enfin une société qui renforce la coopération régionale, mutualise le développement économique du Cameroun, avec celui d’autres pays de la sous-région. Cette coopération nouvelle et mutuellement bénéfique prend l’appellation de « l’Afrique Centrale des deux Océans », ou AC2O » (P. 357). L’AC2O, c’est « ce corridor composé d’un réseau routier intégré et d’une union douanière » entre le Cameroun, le Centrafrique, le Soudan du Sud et le Kenya.  En 10 ans, il a permis de réduire de 60%, « le temps de transport entre le port de Mombassa au Kenya et celui de Douala-Kribi au Cameroun » « L’intensification des échanges Sud-Sud, en particulier entre la Chine le Brésil, lui donne une place de plus en plus importante au centre du commerce mondial » (P 357).

Restauré, revivifié, le Cameroun redevient un pays attractif. Assaini, son système éducatif retrouve ses lettres de noblesse. L’Académie des Arts et des Sciences de Yaoundé fait son entrée au classement très sélectif de Shanghai, des 200 meilleures universités. De son côté, la fondation Mo Ibrahim, qui en 2013 plaçait le Cameroun à la 35e place de son indice de bonne gouvernance en Afrique, vient de le rehausser à la 3e place, juste derrière L’Ile Maurice et le Botswana.

Dans  « Odes et Ballades – A M. de Chateaubriand », Victor Hugo écrivait : « Le génie a partout des symboles sublimes. Ses plus chers favoris sont toujours des victimes, Et doivent aux revers l’éclat que nous aimons ; Une vie éminente est sujette aux orages ; La foudre a des éclats, le ciel a des nuages qui ne s’arrêtent qu’aux grands monts ! »
De son côté,  Romain Rolland affirmait : « Les hommes appellent miracle l’apparition subite d’une réalité cachée » (Au-dessus de la mêlée, (1915).
Marafa Hamidou Yaya est maintenant âgé de 75 ans. Il se retire, serein, le sentiment du devoir accompli, de la vie politique. De sa retraite, il observe son pays, « qui s’est éveillé à lui-même et a pris son destin en main » (P. 359).

 

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