Les camerounais vont voter. A qui vont-ils accorder leur confiance ?

Les camerounais vont voter. A qui vont-ils accorder leur confiance ?

Dans ce système  solidement établi, le jeu politique pour les élites et la classe sociale aisée devient une opportunité  supplémentaire pour  conforter leur ancrage dans le contrôle  des institutions décentralisées de l’état. On courtise, on fait allégeances aux états-majors des partis politiques capables de vous octroyer par des investitures  des  libéralités pour prendre le pouvoir sur une zone territoriale. Ces faveurs  qui ne sont pas accordées à tout le monde constituent une forme de cooptation de certains  dans un sérail qui va leur permettre de consolider leur position. Pour les entrants, d’accélérer leur ascension sociale. La politique n’est pas un jeu récréatif  au Cameroun. Elle décide des changements de carrière et de trajectoires sociales pour beaucoup de citoyens. C’est la principale raison du succès et de l’engouement qu’elle suscite. On n’est pas candidat pour le grand soir révolutionnaire, mais s’assurer une activité lucrative, et l’ensemble des avantages qui découlent d’un mandat électif.

On comprend bien qu’en matière de recherche d’emplois ou de postes qualifiés, les élites urbaines soient bien plus outillées que  les populations rurales et les couches défavorisées. Tous ces malheureux qui souvent attendent que leur sort soit  entendu  et amélioré par les autres. Comme le travail est récompensé par un salaire dans le système capitaliste ici ce sont les voix des électeurs qui  font votre capital. Il  faut s’en assurer le plus grand nombre pour  être élu. C’est la fin qui dès lors  va justifier les moyens mis en place pour atteindre son objectif. Le Cameroun à deux vitesses est celui  de la domination sociale et économique des nouvelles élites urbaines, au détriment des couches  sociales paupérisées.  La carte d’identité du camerounais qui réussit  est  de plus en plus  déterminée par  sa capacité à assouvir lui-même ses besoins  vitaux et ceux de son entourage. Celui  qui s’en sort dans le système établi, le montre de manière ostentatoire. La  société de consommation est là pour l’aider à le faire. Avoir construit sa propre maison en ville et au village n’est plus un signe de  très grande richesse inatteignable. Rouler dans une Mercedes ou un 4×4 Landcruiser Vx n’est plus l’apanage des ministres, des fortunés, des biens nés.

Se meubler dans un confort insolent, scolariser ses enfants dans les établissements prestigieux de la place, les envoyer faire des études à l’étranger deviennent presque qu’une norme pour la nouvelle classe des possédants qui est en train de s’établir dans la moyenne économie des PME-PMI et dont l’enrichissement  ne relève aucunement des détournements de fonds publics.  Ces camerounais qui par leur travail  et leur sens des affaires accèdent de plus en plus à une certaine opulence financière sont fiers de leur parcours. Vous pouvez  les rencontrer  le dimanche après la messe ou le culte en grandes familles modernes attablés dans les restaurants chics des grands hôtels, ou les buffets à volonté camerounais ou chinois ou la participation de chaque convive   se situe entre 5000 et 1000 Fcfa. Ils et elles  sont les patrons de la nouvelle économie commerciale. Avec leurs  revenus grandissant, ils ont rejoint par leur standing de vie les cadres supérieurs et intermédiaires des grandes entreprises privées et publiques.  Leur esprit entrepreneurial, les a invités à conquérir l’espace politique à leur manière. Ils commencent d’abord par être des mécènes avant de vouloir à leur tour devenir des élus. Et c’est dans cette démarche singulière qu’ils sont amenés à aller à la rencontre de l’autre Cameroun dont ils sont issu, qui peine à entrer dans la modernité. Voilà ce qui les pousse à déclarer volontiers : J’aime ma ville  et mon village aussi. Le sentiment de la double appartenance des élites urbaines engagées en politique est  réel. On vit en ville et on est attendu au village. Quand se rend  au village auprès des siens en mission électorale, on refuse de faire la langue de bois.

On ne veut pas s’encombrer de discours creux qu’on laisse volontiers aux vrais professionnels de la politique. On se  veut pragmatique, en répondant aux problèmes par des solutions. Et quand il faut faire face à la montagne de problème qui sont posées par tous ceux que la société  a laissé sur le bas-côté de la route, l’inquiétude se fait sentir. La campagne électorale crée souvent  des situations  dissonantes. Les grands fils et filles de nos villages ont souvent par leurs seuls moyens  apportés la civilisation et la modernité dans les bourgades les plus reculées dont ils sont originaires. Ils y ont amené au fil des années  les outils de l’organisation sociale de base. L’eau potable à la pompe, l’électricité, ils y ont érigé  des églises, temples, mosquées. Ils ont fait des interventions pour y construire des  écoles  des collèges et des lycées. Autant dire que  l’élévation de certains villages  qui se sont modernisés à grande vitesse doit le plus souvent leur salut grâce à la force et la détermination de quelques élites qu’aux interventions des pouvoirs publics. Pourquoi laisser d’autres venir récolter le fruit électoral d’un travail que l’on a  réalisé soi. Il n’y a qu’un pas pour faire basculer certains dans la course  aux mandats électifs. Les villages depuis longtemps n’attendent plus leurs bienfaiteurs pour devenir des arènes politiques. Les élites n’y apportent pas leurs suffrages, puisqu’elles résident en ville, mais  y agissent  avec un interventionnisme effréné.  À une époque où certains autochtones urbains  n’ont plus que la ville comme village, d’autres s’acharnent à  transformer leur village en ville. Il y a donc  une majorité de citadins qui ont en eux une part de ruralité dont ils ne peuvent vraiment se défaire. Ces fameuses racines dont nos traditions populaires sont  le socle, et qui sont la  base de notre identité culturelle.

Tout au long de la campagne électorale  un seul thème a fait l’unanimité dans les discours de tous les candidats. L’amélioration du niveau de vie des camerounais. Tout le monde s’en réclame, et les moyens pour y parvenir  alimentent les querelles  idéologiques et les oppositions de méthodes. Une approche des électeurs a connu un certain effet de mode c’est le porte à porte, la rencontre des électeurs sur le terrain.  L’occasion était belle et unique. En tout cas les clichés  situationnels permettent d’illustrer notre propos. La rencontre de deux sociétés camerounaises qui se côtoient désormais sans toujours bien s’accepter. Celle des POSSÉDANTS et celle des DÉPOSSÉDÉS. Imaginez ces candidats de la classe des possédants avec leurs costumes en flanelle et Weston ou Church aux pieds, d’autres en complets de lin  blanc amidonnés, qui doivent sillonner les « élobis »  et autres  sous-quartier pour s’inviter  chez des Bikarta et autres Edoudoua qui vivent  entassés dans des baraquements en terre ou en planches calabot. Dur, dur, d’aller serrer la poigne aux futurs déguerpis des quartiers  qui ne répondent  plus aux normes d’urbanisation moderne, parcequ’on y a  construit dans les zones à risques, marécages, flancs de collines. Les possédants habitués à la climatisation des véhicules de confort qui doivent  frayer  sur le pentes glissantes de nos bidonvilles urbains  où  l’hygiène et l’insalubrité témoignent à eux tous seuls de la sommes  totale de l’inefficacité des politiques publiques pour améliorer le sort de ceux qu’on pensent pouvoir convaincre d’aller voter pour soi. Pourtant c’est bien ici que vit le Cameroun des dépossédés.

Ceux-là qui manquent le plus souvent à l’appel de ce droit civique et républicain qui est le vote. Mais comment les blâmer, s’ils décident   de rendre la monnaie de la pièce. Un abandon dans lequel on les a confinés. Ne venant leur rendre visite  qu’en période où l’on a besoin d’eux, enfin plutôt  de leur bulletin de vote. Inutile  d’en asseoir quelqu’un uns pour leur demander  un vote en sa faveur sans qu’ils vous tiennent  en haleine pendant des heures, pour vous dire tout le mal qu’on leur fait dans cet abandon marginal qu’ils subissent. Les camerounais vont voter. A qui vont-ils accorder leur confiance ? La confiance, Ce sentiment d’assurance, de sécurité qu’inspire quelqu’un  à qui l’on se fie entièrement. Obtenir  la confiance c’est avoir su  écarter la méfiance : C’est état  esprit  d’un électorat qui se tient sur ses gardes face à une classe politique devenue égoïste.

Le refus de la confiance peut être aussi manifeste dans une attitude de défiance, qui atteste une crainte d’être à nouveau trompé. Dans un tel contexte les vrais enseignements dans ce double scrutin remporté à la majorité simple, consistent à bien relever les scores des candidats plus que leurs victoires. Car c’est bien dans le nombre de suffrages obtenus qu’un élu peut savoir si oui ou non, il a obtenu la confiance d’électeurs qu’il va représenter.