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Les Africains peuvent-ils se passer de la France ?

Les Africains peuvent-ils se passer de la France ?

La « crise du Muntu » est vraiment profonde. Rares sont les esclaves qui s’accrochent à leur maître comme l’Afrique francophone s’accroche à la France. La Bible raconte que Jésus pleura sur Jérusalem : « Lorsque Jésus fut près de Jérusalem, voyant la ville, il pleura sur elle, en disant : « Ah ! si toi aussi, tu avais reconnu en ce jour ce qui donne la paix ! Mais maintenant cela est resté caché à tes yeux.

Oui, viendront pour toi des jours où tes ennemis construiront des ouvrages de siège contre toi, t’encercleront et te presseront de tous côtés ; ils t’anéantiront, toi et tes enfants qui sont chez toi, et ils ne laisseront pas chez toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le moment où Dieu te visitait. » (Lc 19, 41-44). Loin de me comparer à Jésus, encore que chaque chrétien devrait être un autre Jésus pour sa propre patrie, faisant pour elle ce qu’il a fait pour la sienne, je pleure sur l’Afrique francophone entre les mains de la France. Mais je pleure davantage sur la complaisance de mes propres frères et sœurs Africains dans cette servitude clamée par les bourreaux.

Ces dernières semaines ont été marquées par des « confessions » d’anciens hauts fonctionnaires de la France confirmant la perfidie de la politique africaine de la France. Après Loick Le Floch Prigent, ancien président d’Elf, c’est Gildas Le Lidec, ancien ambassadeur de France en Côte d’Ivoire qui a pris le relai ces jours-ci et il faut s’attendre à ce que d’autres suivent dans ce déballage motivé par la guerre des clans.

C’est révoltant et l’Afrique francophone doit radicaliser de nouveau le combat pour la libération de l’Afrique de l’emprise de la France, un combat initié par les héros de nos « indépendances » et loin d’être achevé. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une guerre contre les Français, lesquels ne sont pas nécessairement responsables de la politique étrangère de leurs dirigeants, mais contre l’emprise de la France comme pays sur le destin économique et politique de l’Afrique.

Ne nous trompons pas de cible !

Comme le montrent les cas du Mali et de la RCA, l’Afrique Francophone est encore considérée dans le cercle des principaux architectes de  la politique internationale comme la zone d’intervention de la France. Nous semblons par une sorte d’atavisme avoir intériorisé cet imaginaire colonial. Les dirigeants français en sont tellement conscients qu’ils exploitent notre irresponsabilité collective pour se positionner auprès des chefs d’Etats Africains en général et de l’Afrique francophone en particulier comme des maîtres face à ses sous-fifres. Nous avons tellement intériorisé la mentalité du colonisé que nous nous plaisons dans la théâtralisation de notre propre servitude bien emballée sous le beau label de coopération. Nos chefs d’Etat ont  un tel complexe d’infériorité par rapport aux dirigeants français qu’ils craignent plus de perdre leur soutien que celui de leurs peuples. Voilà l’une (pas l’unique !!!) des sources principales du malheur de l’Afrique francophone.

Dénonçant cette politique africaine de la France qui torpille nos aspirations à la liberté politique et à la justice économique, j’ai initié, il y a quelques jours une pétition invitant les Africains, particulièrement ceux de l’Afrique francophone, à plaider pour l’arrêt de la coopération avec la France. Les ricaneurs m’ont trouvé rêveur et naïf tandis que les bien-pensants des relations internationales me jugeaient irréaliste. Je l’assume ! Ce qui est en jeu ici c’est la dignité de l’Afrique et de ses enfants, une cause qui me tient à cœur. La France est la sangsue de l’Afrique francophone. Je me demande alors pourquoi les Africains tiennent tant à la France. Comparez ce que la France tire de l’Afrique à ce qu’elle apporte à ce continent. On nous vole des milliards et on nous reverse conditionnellement des miettes sous forme d’aide publique au développement. Ce n’est pas la coopération mais un pillage institutionnalisé.

Oui, l’Afrique peut se passer de la France. Un continent peut se passer d’un pays ! Pour plus de précisions, je propose que l’Afrique francophone suspende pour 50 ans la coopération formelle avec la France, 50 ans de non-intervention de la France dans ses affaires. Cette rupture a une dimension pédagogique car il s’agit d’aider toute une génération d’Africains à se libérer de la mentalité ou du complexe du colonisé. Ce sera aussi une école de la responsabilité, apprendre à inventer des solutions africaines aux problèmes africains. Pour que cela arrive, il faut que le panafricanisme prospère à travers des dirigeants visionnaires et responsables, mais surtout il nous faut des Africains qui ont le sens de leur dignité et qui sont prêts à faire des sacrifices pour qu’advienne un nouveau continent. Sommes-nous capables de cette rupture salutaire? C’est ça la vraie question.

La classe politique française se dit que nous n’en sommes pas capables, tellement ils nous croient manipulables et serviles, incapables de porter ensemble une cause commune. Et s’ils ont raison, cela signifie que nous ne méritons pas d’être libres. La pétition est encore accessible à l’adresse suivante et ne serait-ce que pour la symbolique de la dissidence, j’invite tous les Africains épris de liberté et de justice à la signer et à la faire signer en consultant ce lien suivant

 

 

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