Les 10 plaies d’Egypte: Détournements de fonds publics (furoncles camerounais)

L’agression des comptes publics par les fonctionnaires chargés de leur garde et de leur gestion est, avec le football, les sports les plus prisés de nos concitoyens.
Nous sommes la nation où les hauts et les bas fonctionnaires se vantent d’êtres richissimes au point de déclarer, à ce qu’il parait, dans les cercles fermés qu’ils fréquentent, d’être milliardaires. Bien qu’ils puissent « oublier » de prendre leur retraite aux dates convenues par les textes qui régissent la fonction publique, les hauts perchés qui font suivre leur grade de la mention « hors échelle » ou « hors hiérarchie » ne peuvent pas justifier les montants pharaoniques dont ils se vantent.
Prenons la calculette pour apprécier le montant maximum qu’un fonctionnaire camerounais (appelons-le F.X, peut se targuer d’avoir engrangé au cours d’une carrière exceptionnelle. Soyons généreux et accordons-lui un salaire mensuel moyen net de 350.000F, sur une période de 50 ans de service. Oui, 50 ans. Il avait 20 ans quand il est sortie de l’école de formation en catégorie A2 (la plus haute). Son père,

très riche, a continué à le prendre entièrement en charge, cependant qu’il laissait dormir sur son compte courant la totalité du salaire exorbitant que l’Etat lui versait. De combien aurait-il disposé au moment de prendre sa retraite à 70 ans ? 210 millions de francs. Allez ! Ne chipotons pas et nommons- le à un poste de responsabilité où les avantages prévus par la législation en vigueur et les avantages indus représentent mensuellement le même montant, soit 350.000f. François ne va pas chercher bien loin.
Il n’a toujours pas mis de côté la moitié du milliard. Comment expliquer son train de vie dispendieux et ce patrimoine immobilier insolent dont il se prévaut ? Comme toutes les chèvres, il a brouté là où l’Etat l’a attaché en contournant les procédures de gestion, en les interprétant en sa faveur et en faveur de ceux qui l’ont mis à cette place, en prenant des décisions illégales très sobrement appelées « fautes de gestion » lorsqu’il s’est fait prendre par le Conseil Supérieur de Machin-Chose …
Lorsque que le DG de la société X à capitaux publics achète des véhicules d’occasion alors qu’il a reçu des fonds pour en acheter de neufs, cela s’appelle détournement de fonds et non erreur ou faute de gestion. Mais comment celui ou ceux qui sont sensés le punir pourraient-ils lui jeter la première pierre quand la poutre qui obstrue leur regardt ? Dans un système où il y a tant de chèvres, les membres des Conseils d’administration ferment les yeux sur les avantages des DG et sur les avantages que les DG leur octroie si généreusement. Surtout qu’il s’agit d’argent public. On appelle ça pudiquement un retour d’ascenseur.
Les détournements les plus importants sont ceux auxquels se livrent les ministres. Pas tous. Seulement la majorité d’entre eux. Ca ne fait finalement pas grand monde. Mais qu’est-ce qu’ils nous coûtent, les pôôvres ! Le porte-parole du gouvernement disait qu’un remaniement était très onéreux, ce qui expliquerait que le Président de la République rechigne à remplacer une équipe dont il a dit qu’elle était constituée d’éclopés ! D’accord, il ne l’a pas dit en ces termes (il est trop poli pour ça) mais nous autres au quartier avons notre langage. Bref. Changer 62 ministres et assimilés revient effectivement cher pour deux raisons : d’abord, il faut faire porter aux nouveaux promus des mallettes d’argent pour la fête, pour les vêtements, pour ouvrir l’appétit des nombreux affamés qi viendront chanter les louanges du promu. Par ces temps de guerre, les sous se font rare. Moins on change de gouvernement, mieux les finances publiques s’en portent. Ensuite, les nouveaux venus ont tendance à faire le plein pour éviter qu’un coup de tête fâcheux ne vienne les sortir de table prématurément. Changer de gouvernement coûte forcément cher au contribuable. CQFD.
Les écoles de management et de gestion enseignent que celui qui ordonne la dépense ne peut pas l’exécuter ni se la justifier. Foutaises. Les ministres piochent dans le pot commun (le budget de leur ministère) et décident de l’utilisation de l’argent. C’est pourquoi tous les fonctionnaires fantasment et salivent tant sur le poste. Ce n’est pas tant le désir ardent de servir son pays que la facilité avec laquelle on se sert dans le portefeuille de l’Etat qui les pousse. Et tant pis si celui qui les nomme estime qu’ils ne sont pas tout à fait des ministres mais de simples commis, pourvu qu’ils aient les mains libres pour s’empiffrer. Cette grosse plaie a fait du Cameroun, pays béni de Dieu, un modèle négatif. Les preneurs d’otage des comptes publics n’ont rien à faire du BNB, le Bonheur National Brut.
En retirant à l’ensemble de la nation camerounaise les ressources destinées à la construction de routes pérennes, d’hôpitaux et de centres de santé, de salles de classes, d’électricité, d’eau, de logements décents, d’universités dignes de ce nom, de collèges et de lycées qui n’en ont pas que l’appellation, ils compromettent égoïstement ce Bonheur national. En privant le plus grand nombre de l’essentiel, ils se privent, sans le savoir, du même BNB. On appelle cela manquer de patriotisme. Ces furoncles ont envahi tout l’organisme. On est en danger.