L’eglise évangélique du Cameroun : L’argent, l’enjeu majeur

Les pasteurs se battent généralement dans les paroisses situées en zones urbaines, où la dîme se chiffre en millions F.Cfa.

Les fidèles de la paroisse Sinai au quartier Nkolmesseng à Yaoundé, ont retrouvé le calme depuis le début de cette année. Cette paroisse d’environ 500 membres communiants du consistoire Adna de l’Eglise presbytérienne camerounaise, a failli être scellée en juillet 2014 par le sous- préfet de l’arrondissement de Yaoundé 5ème, qui craignait déjà les menaces de trouble à l’ordre public. Le responsable de la paroisse Sinai cette année a contesté son affectation et a refusé de céder son fauteuil à celui qui venait d’être affecté à cette paroisse, lors d’un conclave du consistoire Adna.

A cause de cette dispute entre deux bergers, de nombreux chrétiens ont décidé pendant plusieurs dimanches de boycotter les cultes. Ce boycott s’est déroulé entre juillet et novembre 2014. En septembre de la même année, une bagarre entre les fidèles a fait au moins un blessé grave. Aujourd’hui, la situation semble revenir à la normale parce que, quelques mois après, le consistoire Adna a décidé de procéder à une mesure qui consistait à affecter de nouveau les deux pasteurs qui disputaient la paroisse Sinai. En avril 2012, la paroisse de Philadelphie de l’église presbytérienne camerounaise orthodoxe (Epco) d’Ekounou a été scellée par le sous-préfetde Yaoundé 4ème. Cette mesure de l’autorité administrative avait pour but de régler le conflit qui opposait le pasteur Dominique Nga de la paroisse Philadelphie membre du synode Sud-Cam, et le Pasteur Adzongo, secrétaire général de l’Epco. Cette bataille entre les leaders de cette église visait à empêcher l’ouverture d’une chapelle du Synode Sud-Cam non loin des locaux de la paroisse Philadelphie. La chambre administrative de la Cour suprême avait été saisie de cette affaire.

Le reporter du Jour s’est rendu hier au siège de l’Epco à Ekounou pour en savoir le dénouement de ce conflit. Aucun responsable n’était sur place. Le principal du collège protestant des frères Unis, un établissement scolaire situé dans l’enceinte de l’Epco, rencontré dans son bureau a expliqué qu’il ne savait rien de cette bataille. Depuis 2012, la paroisse scellée par le souspréfet de Yaoundé 4ème n’a toujours pas été réouverte ce qui laisse croire que les différents protagonistes ne se sont toujours pas entendus.

L’appât du gain

Dans plusieurs autres paroisses, à l’Epc montée Jouvence par exemple, des pasteurs ont été accusés de distraction des fonds. Des situations qui ont souvent ébranlé voir paralysé la gestion de l’Eglise.Raoul Mafo ancien d’église dans une paroisse de l’Epc à Yaoundé, pense que les conflits dans de nombreuses paroisses sont liés à la recherche du matériel ainsi qu’à la volonté de certains fidèles d’avoir les pasteurs venant de leurs clans. Cet ancien d’église déclare : « Vous vous rendez compte, les paroisses construites dans les villages ne font jamais l’objet des disputes, parce que nos pasteurs veulent vivre aussi dans le confort matériel comme tout le monde.

Lorsqu’un pasteur travaille par exemple dix ans en ville et qu’on l’affecte au village, il considère cela comme étant une affectation disciplinaire. Il refuse de partir disant que sa place n’est plus au village. Ce pasteur avait l’habitude de gérer au moins 30 millions par an. C’est difficile de partir là où il ne va même pas gérer 100.000F.Cfa par an ».

Leadership

Au sujet des batailles des clans, notre source ajoute : « Lorsqu’un ministre est par exemple ancien d’Eglise dans une paroisse, il veut uniquement travailler avec un pasteur venant de sa tribu. Si c’est le contraire, un conflit va généralement s’installer ». Au-delà des batailles financières, les églises protestantes connaissent par ailleurs des guerres de leadership. C’est le cas de la Native Baptist Church (Nbc), l’église baptiste camerounaise qui a été secouée ces derniers mois au sein de son directoire dont le siège se trouve à Douala au quartier Akwa. Le conflit nait suite au renouvellement des organes dirigeants de cette église. Après deux mandats, le président sortant, le révérend André Franck Bebey, n’est pas candidat. L’élection oppose alors le pasteur Salomon Job au pasteur Eugène Joseph Minka, secrétaire général sortant.

La candidature du pasteur Salomon Job est remise en cause motif pris de ce que ce dernier a contracté un deuxième mariage sans que la procédure de divorce du premier mariage n’ait abouti. Une faction de fidèles dont des anciens d’église qui soutenaient la candidature du pasteur Minka décide de trainer le pasteur Salomon Job au Tribunal. Ceux-ci seront déboutés en justice. En représailles, le pasteur Salomon Job qui a fini par être élu président général de la Nbc décide de sanctionner (suspension de six mois) ceux des fidèles qui ont mené la fronde pendant la campagne électorale en introduisant des plaintes contre lui en justice.