Leger Ntiga à la découverte des secrets de la nature

La lecture que nous proposons de cet ouvrage repose sur une idée.

C’est que nous avons là affaire à un ouvrage qui tente le ralliement de deux projets, de deux pôles de l’existence humaine, de deux philosophies de la vie. Le projet esthétique, d’une part, le projet pragmatique, d’autre part; l’esthétisme et le pragmatisme : l’esthétisme relevant du culte de la beauté, et le pragmatisme « qui prend pour critère de la vérité la valeur pratique, considérant qu’il n’y a pas de vérité absolue, et que n’est vrai que ce qui réussit ». Si l’on était dans le théâtre classique, on dirait que Leger Ntiga a su ramener en un seul lieu, en un seul temps et en une seule action «l’œuvre utile» et «le bel ouvrage».

Je vais maintenant m’expliquer.
Le bel ouvrage d’abord, que je peux décliner ainsi: «La belle idée, et le beau livre, derrière quoi se cache le bel esprit». La

belle idée, celle de réunir une somme: cent vingt-cinq entrées, 188 pages, une préface et une post face, chaque entrée proposant le nom d’une plante, et la présentant, dans sa lignée, dans son histoire, dans ses fonctions et dans ses usages. L’idée de Ntiga, belle idée, avons-nous dit, est de redonner le pouvoir à l’humain en lui restituant les clés de la nature. Cette nature qu’au pire, l’homme tente de «détruire» tous les jours avec la rage d’un forcené, aveuglé par les mirages d’une modernité dont il ne voit du reste point l’horizon. Cette nature qu’au mieux, au mieux, l’Homme côtoie tous les jours, méprisant ou indifférent, et qui pourtant recèle de précieux trésors pour les besoins de sa santé et, accessoirement pour cet ouvrage ci, pour les besoins de sa nutrition.
Belle idée donc, que celle de tenter un repli vers la Nature généreuse, prévenante et protectrice, au regard des dangers grandissants développés par l’industrie pharmaceutique, et le cout écrasant de ses produits. Un hymne à la nature, un hymne à la vie, mais aussi un hymne au corps humain, auquel l’auteur fait systématiquement référence au fil de ses pages, en parcourant ses composantes de pied en cap, et à travers différents organes du corps, le cerveau, le foie, le pancréas, et autres, que l’auteur évoque tour à tour. Le corps donc, temple de l’esprit humain, corrompu par et au fil du temps, assailli par mille et une menace, et que Leger Ntiga nous propose de soulager et surtout de protéger, grâce à juste un détour par la nature, un détour par le jardin derrière la maison, ou un peu plus loin dans la forêt avoisinante. Belle idée. Dans un beau livre.
Le beau livre c’est-à-dire un objet que l’auteur finalement veut « vu » avant d’être « lu », une chose à regarder plutôt qu’à lire, du moins à regarder avant de lire. Parce que les beaux livres, quand ils sont vraiment beaux, retardent la lecture. Et c’est le cas de l’ouvrage « les secrets de la Nature ». On reste en pamoison, on le retourne entre ses mains, on le palpe, on le feuillette longuement, on le consume des yeux. On finit par y entrer, après avoir rodé, mais on n’est pas pressé. Dès la couverture de l’ouvrage, et aussi dans les pages internes, le vert est chanté sur tous ses tons, pour célébrer la verdure, la nature triomphante et salvatrice. Il y a aussi du marron et du brun, couleurs de terre, et couleurs des écorces, qui se mâtinent, ici du rouge, là du jaune, du rose, du violet, couleurs de fleurs et de fruits, symphonie de couleurs et de lumières de forêts et de jardins, galeries de photos page après page, un beau livre, je vous l’ai dit!

Et derrière, un bel esprit.
Le bel esprit, Il y a là, dans ce livre, de quoi faire pour ceux qui aiment à apprendre pour le confort de l’esprit et pour les conversations de salon. C’est un beau livre pour les beaux esprits, l’auteur a fait œuvre d’érudition pour servir la culture générale des citoyens. Qui donc savait que la carotte, autrefois de couleur jaune, obtint sa couleur orangée au 19 e siècle par quelque agronome français ? Et à quoi sert-il de le savoir autrement que pour le confort de l’esprit ?Et c’est à ça qu’il sert aussi cet ouvrage, qui foisonne ainsi de mille et une informations, et de références pour meubler le besoin de savoir gratuit, et de formation de beaux esprits. Les noms scientifiques des plantes sont systématiquement données, et leurs caractérisations botaniques, mais aussi leurs histoires parfois lointaines dans contextes parfois si éloignés, ce qui fait de l’ouvrage un travail d’initié, un ouvrage scientifique comme le reconnait et le soutient le Professeur Gervais Mbarga, sociologue des sciences et préfacier de l’ouvrage.
Voilà pour le projet esthétique, bel ouvrage donc avons-nous dit, mais aussi, et peut-être surtout, œuvre utile, projet pragmatique. Œuvre utile, projet pragmatique que nous souhaitons décliner en une phrase: «Des images efficaces, et une langue simple, portant des informations fiables et utilisables». Un livre utile parce que efficace. L’auteur a eu la bonne idée de mettre des photos. Et ça change tout. Après coup, on se demande comment il aurait pu en être autrement. Les photographies sont belles, on l’a dit, mais elles sont surtout efficaces. Le photographe a su toujours capter la partie distinctive de la plante, il a voulu pour chaque plante, présenter la caractéristique qui la rend reconnaissable parmi d’autres plantes. Et à partir de cet ouvrage en marchant dans la nature, il y a lieu de mettre la main sans grand risque de se tromper sur la plante qui porte le nom indiqué.
Le nom de la plante figure toujours à côté de son image. La mise en page, sobre et percutante, donne l’entrée dans la page avec un titre et une image, et l’entrée dans le texte avec un chapeau journalistique qui fait office de vitrine. On ne l’a pas dit, il s’agit d’une série de textes, préalablement publiées dans le quotidien Mutations par Léger Ntiga, qui a aujourd’hui la bonne inspiration de les proposer sous la forme d’un ouvrage. La phrase courte et incisive du vétéran du journalisme est venue renforcer l’efficacité de l’ouvrage, (pas une phrase n’enjambe la troisième ligne), la précision du nom scientifique, mais aussi les différents noms communs de la plante quand il y en a même plusieurs, question de rendre le savoir accessible et la plante identifiable dans les divers contextes et dans ses différents environnements. L’auteur fait le choix de ne pas citer systématiquement les sources de son information scientifique pour la crédibiliser, question sans doute pour lui de rester dans un texte qui soit digeste. Ni encore de tenter de lever le doute que peut susciter la prétention de certaines plantes à traiter de préoccupations thérapeutiques visiblement différentes, laissant cela croyons-nous à des projets éditoriaux plus ambitieux.
Cet ouvrage donne un savoir-faire et fait mieux, il donne un pouvoir-faire au sujet, à la personne qui le lit. Parce que ce livre dit, précisément qu’est ce qui sert à quoi, d’une part, c’est-à dire quelle plante prévient ou traite quelle maladie, et en plus, comment il faut s’y prendre pour exploiter la plante à la bonne fin. Et en cela, il remplit son projet pragmatique. Pragmatisme avons-nous dit : «doctrine qui prend pour critère de la vérité la valeur pratique, considérant qu’il n’y a pas de vérité absolue, et que n’est vrai que ce qui réussit.» Il enseigne que le cèleri, est un remède contre la coqueluche, que la camarine traite les diarrhées, que l’eucalyptus soulage des bouffées de chaleur, des gaz et des palpitations chez les femmes en ménopause. En cent vingt recettes, Léger Ntiga tente alors de construire les conditions de possibilité d’une consommation effective des produits de la nature aux fins de protection de la santé humaine.
En somme, voici un livre pratique, qui rend les choses faisables, qui tente de transformer les idéologies en pratiques quotidiennes, qui permet de partir de l’idée au projet, sinon à la réalisation du projet, qui tente de transformer le quotidien de ceux qui le lisent ou l’ont lu. En regardant autour de nous en effet, on a le sentiment qu’il y a d’une part des idées généreuses qui circulent, et un discours dominant de célébration de la nature et de l’environnement, avec une belle unanimité sur la nécessité d’y recourir. Mais un discours qui s’enferme dans une phraséologie sans action, et une persistance par ailleurs, de pratique qui ont bien du mal à se libérer de la tyrannie de la pharmacie. Et pourtant, la nature, « la grande pharmacie de Dieu », comme l’appelait si joliment un initié des grandes forêts amazoniennes, la Nature est là, qui environne le sujet, mais qui, pour beaucoup, garde encore jalousement les secrets de son efficacité.
Avec Léger Ntiga en position de médiateur, voici donc la Nature qui généreusement livre ses secrets.