Le tunisien Teriak mise sur le Cameroun

Afin de trouver un relais de croissance au sud du Sahara, l’entreprise tunisienne veut relancer le laboratoire camerounais Cinpharm, à l’arrêt depuis 2013.

Les laboratoires Teriak posent un pied à Douala, où, d’ici à la fin de l’année, leurs dirigeants comptent relancer la production de Cinpharm. En mars, J.A. révélait l’entrée de la société tunisienne dans le capital de l’entreprise camerounaise, dont l’activité s’était arrêtée face à l’ampleur de ses dettes : 3,5 milliards de F CFA (environ 5,3 millions d’euros).
Les deux partenaires n’ont pas voulu communiquer le montant de la transaction, Teriak précisant simplement avoir pris le contrôle de la majorité des parts. De son côté, Célestin Tawamba, PDG de Cadyst Invest (le holding qui gère Cinpharm), évoque un montant de « quelques milliards de francs CFA ». Pour Teriak, ce mariage doit permettre de trouver de nouvelles zones de développement pour prendre le relais de son marché domestique.

Le laboratoire tunisien fabrique sous licence pour des multinationales pharmaceutiques, ce qui lui permet d’être présent sur une large gamme de médicaments, de la neurologie psychiatrique (Lexomil) jusqu’à la rhumatologie (Voltarène) en passant par des antalgiques classiques (Panadol). Son chiffre d’affaires a atteint 70 millions de dinars (environ 31 millions d’euros) en 2014, selon Sara Masmoudi, directrice générale de Teriak.

« Notre marché du médicament est atone, avec une croissance de 0,1 %, constate-t-elle. Il est donc crucial d’aller en Afrique subsaharienne francophone. Et au Cameroun, la langue, la culture et l’attrait des médicaments fabriqués en Tunisie sont autant d’avantages dont nous profitons. »

À Douala, l’entreprise devra en revanche composer avec l’absence de banques tunisiennes, de vols directs via Tunisair et d’appuis diplomatiques pour faire avancer son projet (l’ambassadeur de Tunisie en poste dans la zone couvre cinq pays).

Cinpharm, première acquisition de Teriak dans un pays subsaharien, doit servir de base à son expansion en Afrique centrale mais aussi en Côte d’Ivoire et au Sénégal, où le groupe exporte déjà. Le site de Douala est amené à produire les quelque 80 médicaments génériques dont Cinpharm possède les licences, ainsi que ceux de Teriak (plus de 150), qui envisage aussi de commercialiser au Cameroun ses produits fabriqués en Tunisie.

Malgré sa fermeture au printemps 2013, l’usine, inaugurée en 2010, demeure en bon état. « Il faut la remettre aux normes, mais cela ne nécessite pas de gros investissements », explique Sara Masmoudi, sans plus de précisions. Actuellement, deux employés de Teriak sont sur place.

D’autres collaborateurs devraient les rejoindre, mais l’objectif est de faire tourner l’usine avec du personnel camerounais d’ici à deux ou trois ans. Mais relancer Cinpharm ne sera peut-être pas si facile. Le laboratoire camerounais a en effet déjà connu deux échecs avec des partenaires étrangers.

En 2010, il s’était rapproché de Cipla pour obtenir un appui technique, mais l’expérience avait tourné court à cause de la mauvaise qualité des matières premières fournies par l’entreprise indienne. Puis, en 2012, le tunisien SAIPH s’était montré intéressé, mais le partenariat technique avait capoté à cause des difficultés financières de Cinpharm.

Si Célestin Tawamba voit d’un bon œil l’arrivée de Teriak, il reste donc prudent quant à l’avenir de cette collaboration et précise que c’est la seule compagnie qui s’est manifestée. Gérant du cabinet de conseil Capinvest Partners, Maher Zaanouni se montre pour sa part confiant : « Le groupe Kilani [maison mère de Teriak] investit sur du long terme. S’il a besoin d’un appui financier, ce projet d’investissement « Nord-Sud » au sein de l’Afrique ne pourra que séduire les filiales dévolues au secteur privé des banques de développement », avance-t-il.