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Le sous-préfet scelle le bureau de son adjoint

Le sous-préfet scelle le bureau de son adjoint

Depuis le 22 janvier 2014, Sadou Daïrou, adjoint d’arrondissement de Logone Birni, n’a pas de bureau. Il travaille sous un arbre non loin de la sous-préfecture. Et pour cause, son supérieur hiérarchique, le sous-préfet Mohamadou Ousmanou, a ordonné au commandant de brigade de gendarmerie dudit arrondissement, l’adjudant chef major Mangazi, de sceller tout simplement son bureau. Le sous-préfet, joint au téléphone, ne dément pas l’information.

Il confirme avoir non seulement ordonné la pose des scellés mais avoir suspendu son collaborateur de signature. «Mon adjoint m’a menacé et injurié publiquement alors que je le rappelais simplement à l’ordre dans le cadre du service. Avant cet incident, je l’avais suspendu de signature puisqu’il affichait un comportement peu orthodoxe. Il établissait des actes d’état civil aux étrangers et faisait entrer les chameaux dans l’arrondissement pour détruire l’environnement.

Il délivrait en outre des autorisations de coupe de bois pour faire du charbon… Le préfet est au courant de toutes mes démarches et je voudrais vous rappeler que je ne rends pas compte à la presse», a déclaré Mohamadou Ousmanou. Toutefois, malgré les récriminations du sous-préfet, ce dernier n’a jamais jugé utile d’adresser une demande d’explication à son collaborateur.

Le 09 février 2014, Sadou Daïrou a fait constater par Me Abanda les scellés posés sur son bureau. «Le 22 janvier 2014, après la réunion de sécurité, le sous-préfet m’a appelé dans son bureau en présence du chef de poste de la sécurité. Il m’a dit que je raconte en ville qu’il prend 300.000 Fcfa aux candidats désireux d’être chefs traditionnels alors que je n’ai jamais été associé aux consultations coutumières pour savoir ce qui s’y passe.

Le sous-préfet oublie toutefois que j’ai déjà mis du temps ici et que je connais tout ce monde. Chaque fois qu’il y a vacance dans une chefferie, je confirme qu’il encaisse effectivement auprès des candidats la somme de 300.000 Fcfa, condition indispensable pour qu’il accepte votre dossier. Il leur dit que ce sont les frais de carburant du préfet, pour lui et pour les forces de maintien de l’ordre. Lorsqu’il a demandé que je sorte de son bureau, je suis parti à Yaoundé. De retour, j’ai constaté la pose d’un gros cadenas sur la porte de mon bureau. Les agents m’ont dis que c’est le commandant de brigade, l’adjudant chef major Mangazi, qui a fait cela», explique l’adjoint d’arrondissement. Et Sadou Daïrou de poursuivre : «Lorsque je me suis rapproché du commandant, il m’a dit que c’est effectivement le sous-préfet qui lui a ordonné de sceller mon bureau.

Raison pour laquelle j’ai fait appel à Me Abanda, huissier de justice à Kousseri, pour dresser constat. Je vais continuer le combat jusqu’à la fin de ma vie car j’ignore ce dont on m’accuse». En attendant que la hiérarchie trouve une solution à cet imbroglio, le quotidien de l’adjoint d’arrondissement est rythmé par l’ennui. «Chaque matin, il vient constater si son bureau est de nouveau ouvert, et comme ce n’est pas le cas, il reste planté là une trentaine de minutes, parfois une heure, avant d’aller s’installer sous un arbre non loin de là. Tous les jours ouvrables, c’est comme cela que ca se passe », renseigne un agent de la sous-préfecture.

Pour l’instant, c’est le statuquo entre les deux protagonistes. Le préfet du Logone et chari, Essoa Eloi Gabriel, informé de cette situation peu orthodoxe, n’a pas encore pris les dispositions nécessaires pour rappeler ses deux collaborateurs à l’ordre. En attendant, les populations ne savent plus où donner de la tête. «L’administration nous présente une image désastreuse. Vers qui la population va-t-elle désormais se tourner si les représentants de l’administration se comportent ainsi», s’interroge Mahamat Moussa, natif de Logone Birni.

Cette inquiétude est d’autant plus grande que la discorde entre le sous-préfet et son adjoint alimente désormais les conversations dans cette unité administrative du Logone et Chari parce qu’elle a franchi le cadre du secret professionnel pour se retrouver sous les feux des projecteurs. Dernière illustration en date : lors de la célébration de la fête de la jeunesse, le 11 février 2014, aucune place n’a été réservée à la tribune à Sadou Daïrou comme le prévoit pourtant le protocole en pareille circonstance.

L’infortuné, arrivé à la place des fêtes comme d’habitude, a constaté sa déchéance. Honteux, il ne lui restait plus qu’à quitter les lieux. «Ce n’est pas l’adjoint d’arrondissement que le sous-préfet humilie, mais l’Etat. L’Etat n’appartient pas au sous-préfet, il aurait dû respecter les usages en la matière», regrette Mahamat Moussa. Le moins que l’on puisse dire est que, depuis la prise de service de l’actuel sous-préfet en mai 2013, ce n’est pas le grand amour avec son proche collaborateur en poste dans l’unité administrative depuis 2006.

Joint au téléphone, le préfet du Logone et Chari affirme avoir trouvé une issue au différend entre les deux collaborateurs. «Ce matin (Ndlr : 12 février 2014) je les ai appelés et tout est rentré dans l’ordre», affirme Esoa Eloi Gabriel. Une déclaration que réfute l’adjoint d’arrondissement. «Lors de la réunion départementale de sécurité de ce 12 février, le préfet nous a demandés d’attendre, le temps que le gouverneur trouve une issue à cette situation», a précisé Sadou Dairou dont le bureau est toujours scellé.

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