camernews-Hopital-District-Citeverte1

Le serment d’Hypocrite

Le serment d’Hypocrite

Dans l’univers hospitalier camerounais, lorsque l’argent n’est pas directement extorqué aux malades par les infirmiers, les techniciens et les médecins, ces derniers sont simplement détournés vers des cliniques privées. C’est que, et plusieurs patients en quête de soulagement ne le savent pas toujours, les personnels des hôpitaux de service public travaillent presque tous en clientèle privée.

Et pour attirer les malades dans leurs officines souvent sises dans des maisons banalisées et souvent famées de Yaoundé ou de Douala, ces praticiens d’un genre nouveau ont recours à des rabatteurs très futés. Le rabatteur, véritable renard de la flatterie, proposera au corbeau que vous êtes devenu, « son » médecin, qui se trouve être comme par hasard en consultation dans son « cabinet privé ». Ici, icelui vous réclamera des honoraires plus élevés que ceux auxquels vous donne droit votre carnet hospitalier, puisqu’il s’agit d’une « consultation privée »… Sur la somme perçue par ce médecin, une commission est certainement reversée au rabatteur.

Hallucinant… Commence alors pour le patient, un véritable chemin de croix au bout duquel il s’en sort ruiné pour une intervention chirurgicale qui ne lui aurait pas coûté une telle fortune dans un hôpital public. Car dans les cliniques en clientèle privée tenues par les médecins qui émargent à la fonction publique, tout se vend. Jusqu’au moindre service. Peu importe que les caisses des hôpitaux publics ne s’emplissent pas, ces détourneurs de malades ne se préoccupent que de leur comptes en banque.

Il faut néanmoins reconnaître que cette pratique ne prospère qu’à cause de l’incurie des hôpitaux publics camerounais. A l’entrée de plusieurs centres de santé tenus par l’Etat, on peut pourtant lire ceci : «Dirigez-vous à la caisse !» Est-ce à dire qu’en cas d’un accident, l’ambulancier (s’il y en a) devra d’abord passer par ce service ? En tout cas, dès l’entrée des hôpitaux publics, le patient doit préparer la monnaie. La nuée de rabatteurs qui se proposent de le « guider » dans les méandres de l’hôpital n’hésitent pas, pour le convaincre de la « qualité » de leur service, à faire leur propre diagnostic. Ici, tout se monnaie.

Cette extraordinaire absence de conscience professionnelle d’un personnel soignant qui a érigé en système le mercantilisme, le cynisme et le mépris des usagers se fait au mépris du serment d’Hippocrate qui fixe un cadre éthique à l’intervention du médecin. «J’informerai les patients des décisions envisagées, de leurs raisons et de leurs conséquences. Je ne tromperai jamais leur confiance et n’exploiterai pas le pouvoir hérité des circonstances pour forcer les consciences… «Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain ou la recherche de la gloire», indiquent clairement quelques-uns de ses préceptes. Mais les médecins camerounais devenus hypocrites n’en ont cure.

 

 

camernews-Hopital-District-Citeverte1

camernews-Hopital-District-Citeverte1