Le phenomene des simbox au Cameroun

D’après un rapport publié en 2013 par « Communications Fraud Control Association », l’activité de Simbox ferait perdre aux opérateurs  de téléphonie mobile 3 milliards de dollars chaque année dans le monde. Pour le Cameroun, près de 100 millions de minutes d’appels entrants ont été détournées en 2015 par les Simbox. Cette fraude constitue des pertes sèches de l’ordre de 18 milliards de francs CFA pour les opérateurs MTN, Orange et Nextell(déclaration  de MTN à l’hôtel Hilton de Yaoundé du 08 octobre 2015 lors du forum dédié à la simbox)

Lors d’un forum organisé en août 2015 à Yaoundé par la MunaGovernance and Economics Forum (MUGEF) sur le thème « la fraude via la Sim box »,Mr Andy Gent, Chairman de Revector,a confirmé l’existence des fraudes sans toutefois faire des propositions concrètes sur les moyens de leur éradication.Ce qui est fort déconcertant tant il est vrai que la Société Revectorsemble être leader dans la détection des fraudes sur le Gsm dans le monde.

Il y a lieu de noter pour le regretter que la tenue des forums et réunions inter ministériels qui se multiplientafin d’éradiquer cette pandémie qu’est la fraude à travers la Sim boxn’a pas encore produit de résultats satisfaisants. Cette fraude intellectuelle qui pourrait être assimiléeà la cyber criminalité, qui elle, est réprimée  par la Loi camerounaisede 2010 , apparait comme une forteresse inattaquable. Aussi, au vu des enjeux financiers importants que représente cette pratique frauduleuse, il est opportun de se pencher sur ce phénomène et  de proposer les moyens à mettre en œuvre pour son éradication.

De prime abord, il est important de comprendre le processus de la fraude via la sim box : La Simbox est un boitier électronique qui dispose de plusieurs cartes SIM achetées auprès des opérateurs  de téléphonie mobile agrées par un Etat fonctionnant avec un équipement complet de télécommunication comprenantnotamment un routeur et une antenne relaiscommunément appelée BTS. Grâce à un procédé de haute technologie dont le moteur est internet, le routeur transforme les données de l’appel international en appel local et les envoie dans la Simbox qui, à travers ses différentes cartes SIM, les dispache à son tour automatiquement en fonction des réseaux téléphoniques que compte le pays.Autrement dit, il s’agit d’un dispositif permettant de contourner la voie normale des appels internationaux entrants, lesquels appels sont transformés et facturés comme des appels locaux.

Pour les amateurs, le  routeur est un périphérique, un élément intermédiaire dans un réseau informatique assurant le routage des paquets entre réseaux indépendants. Autrement dit, si vous souhaitez transmettre un fichier d’un ordinateur (pc) X à un pc Y, le routeur se chargera de recevoir votre fichier et le transmettre au réseau approprié.

Il est aisé pour les consommateurs de desceller cette fraude : En effet, lorsque vous recevez par exemple un appel en provenance d’un pays Européen ou d’ailleurs, vous notez que, au lieu de voir apparaitresur votre écran l’indicatif  ou préfixedu pays d’où provient l’appel, (soit 01 pour les Etats-Unis, 32 pour la Belgique, 33 pour la France ou 27 pour l’Afrique du Sud, etc.), vous constatez que s’afficheplutôt le numéro de téléphone d’un opérateur local.L’appel international a donc été ainsi transformé en appel local.

A qui doit-on donc imputer la responsabilité de ce phénomène qu’est la fraude à travers la sim box et quelles en sont les répercussions?
Les opérateurs de téléphonie mobile pointés du doigt

Lorsqu’on jette un regard sur les batailles médiatiques auxquelles se livrent les opérateurs de téléphoniemobile de nos jours aux fins d’asseoir leur leadership sur le marché par la mise en exergue de leur nombre d’abonnés, couverture réseau entre autres, on peut aisément conclure que l’un des facteurs clés du leadership est le recrutement massif des nouveaux abonnés. En effet, pluson a une base d’abonnés plus large,plusles recettes augmententet les indicateurs de performances s’améliorent via l’ARPU(Average Revenue Per Unit) ou ARPU (Average Revenue Per User),qui est le chiffre d’affaires mensuel moyen réalisé par un client.

Ainsi, dans cette course effrénée, les opérateurs perdent le contrôle de la distribution des sims sur le marché. Par exemple, les  distributeurs agrées repartis par quartier et par villes, les sociétés de vente direct(footsoldier) reçoivent tous les mois des objectifs de vente à atteindre. Bien évidemment, la non réalisation desdits objectifs est mal apprécié et peut entrainer une rupture du contrat. Par contre, lesmeilleurs (grand vendeur)distributeurs sont couverts d’éloges et redoublent d’efforts afin maintenir leur performance…peu importe les moyens mis en œuvre.par ce schéma, on se rend bien compte qu’il est facile pour un fraudeur de s’approvisionnerfacilement en Sim.

La mauvaise application des textes de lois et la diminution des recettes 

En application du Décret du Premier Ministre de 2012 relatif à l’identification obligatoire des abonnées au Cameroun, chaque sim avant sa mise en service doit être identifiée par l’opérateur via un process  bien établit. Or, « Nous avons retrouvé dans la base des opérateurs, des personnes qui enregistraient 100 voire 200 puces avec une même Carte nationale d’identité (CNI) et cela suscitait des interrogations», explique Thomas Marcellin Manyanye, sous-directeur des systèmes d’information à l’ART, le régulateur des télécoms dans le pays.Par conséquent, il existe bien une faille dans le système d’identification et ce, au plus grand bonheur des fraudeurs.

L’activité des opérateurs de téléphonie au Cameroun est  encadrée  par l’Agence de Régulation des télécommunications (ART) et est sous la tutelle du Ministre des Postes et télécommunication. L’ART veille  au respect du cahier de charges signé de commun accord avec lesdits opérateurs. C’est iciqu’est défini le montant des frais de l’interconnexion  appliqué automatiquement sur le marché national et international, aussi bien pourla voie,les appels que pour les SMS.

A l’international, tous les appels entrant ou sortant génèrent des frais qui constituent des recettes importantes pour les Etats. Aussi, lorsque les appels sont détournés,les opérateurs de téléphonie  et le gouvernement enregistrent une perte. En effet, l’opérateur ne peut rien reverser à l’Etat car n’ayant  pas pu collecter les frais dus du fait de la fraude, et par ricochet, le gouvernement ne pourra pas recouvrer ses recettes via le trésor public
Pour  les opérateurs, Ceci n’est pas sans conséquence sur les installations. En effet, l’émission d’un appel non contrôlé peut créer  une congestion au niveau du réseau où les tentatives sont beaucoup plus nombreuses pour joindre des abonnés et le temps de réponse plus long. (le Call Set-up Time).

Tentatives de solutions

Le Décret du Premier ministre  du Cameroun du 03 septembre 2015 fait obligation entre autre a tout abonne de se faire identifier dans les 60 jours qui suivent la date de signature dudit Décret, au risque de voir leurs puces désactivées. De même, la vente ambulante des puces est désormais interdite, et le nombre de puces par abonnés est limite a 12 au maximum, soit 3 puces par opérateurs.
S’il  ne fait aucun doute que les nouvelles dispositions légales sus citées sont louables, il faudrait souligner pour le regretter qu’elles ne participent pas efficacement à la lutte contre la fraude via la sim box. En effet, les  sims prisées par les fraudeurs sont  pour la plus part des simcommerciales (EVD, SKT…) et le consommateur final utilise les simsclassiques (pay Go, Jocker…)
Aussi, il faudrait envisager :
–    L’externalisation du contrôle de la fraude (ceci permettra aux opérateurs de se concentrer sur leur corps de métier)

–    L’investissement sur des outils d’identification des fraudes : jusqu’ici, les applications actives (MEUCCI) et passives (FraudBuster) pour détecter les Simbox ont montré leur limite au regard du trafic très élevés,

–    Le bench : le Nigeria,le Ghana ou encore le Congoont réduit considérablement ce phénomène par l’utilisation de cette pratique .

–    L’étendue du champ d’application de la Loi sur la cyber criminalité a la fraude par la sim box: Les lois camerounaises N° 2010/012 du 21 décembre 2010 relative  à la cyber sécurité et à la cyber criminalité et celle N° 2010/013 du 21 décembre 2010 régissant les communications au Cameroun ne donnent aucune définition de l’infraction de la fraude via la sim box. « Dès lors, il devient difficile pour les officiers de police judiciaire d’apporter les éléments de preuve même lorsque nous prenons les fraudeurs la main dans le sac ….Source : le  journal le jour
–    La création des unités de vigilance dans chaque département chez les opérateurs
–    La réduction du cout d’appel (une bonne négociation avec le gouvernement sur la taxe de l’interconnexion)
–    La création d’un front commun entre les opérateurs et l’ART
–    La volonté et la disponibilité du gouvernement à accompagner les opérateurs dans la lutte contre ce phénomène.
–    Une bonne communication médiatique sur les sanctions encourues et les personnes arrêtées en flagrant délit
–    La suspension immédiate des sims identifiées (dans la plus part des cas, ces puces ont encore du crédit de communication) 
Ces solutions sont loin d’être des potions magiques mais elles peuvent contribuer efficacement à repousser ce phénomène de la fraude à travers la sim box qui s’apparente aux virus et anti-virusinformatique. Nous nous devons de rester vigilants.

Aubin Noubissi
DG cabinet Inco conseil
Tél. : 6 90 90 43 17
A.noubissi@incoconseil.com