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Le Nigeria veut le droit de poursuivre ses terroristes au Cameroun

Le Nigeria veut le droit de poursuivre ses terroristes au Cameroun

Attendu à Yaoundé cette semaine, le président de la République fédérale du Nigeria veut obtenir de son homologue camerounais le droit de poursuite des pirates maritimes, de Boko Haram et autres bandits en terre camerounaise. Un vieux projet du grand voisin que le Cameroun n’a pas toujours voulu lui concéder.

De sources crédibles, Le Messager a appris que Goodluck Jonathan qui est annoncé à Yaoundé, cette semaine, y revient pour poursuivre, au sommet, les négociations liées au droit de poursuite en territoire camerounais, de groupes armés ayant sévi sur le sol nigérian. D’autres sources concordantes révèlent même que le président nigérian espèrent obtenir au cours de son séjour «yaoundéen», un accord autorisant ses troupes à franchir les limites de la frontière du Cameroun en cas de course poursuite lancée contre des terroristes depuis le Nigeria. Ce, en s’appuyant sur le principe du droit de poursuite transfrontalier codifié par l’Organisation des Nations Unies (Onu).

Pour convaincre son voisin, peu enthousiaste face à son projet, le Nigeria propose que ce soit des patrouilles mixtes (composées de troupes nigérianes et camerounaises) qui implémentent la coopération militaire envisagée.  Ceci permettrait également, plaide la partie nigériane, au Cameroun d’attaquer jusque sur le sol nigérian, des bandes armées venues par des voies maritimes braquer des structures commerciales sur le sol camerounais [le cas des braquages d’Ecobank] ou ayant procédé aux enlèvements au Cameroun [le cas de la famille Moulin-Fournier].

Au Nigeria, certains diplomates pensent que le Cameroun a même déjà appliqué ce droit de poursuite transfrontalière en manœuvrant, dans le dos des autorités nigérianes, pour faire libérer les otages français emmenés sur son sol. «Cela ne s’est pas fait bruyamment. Mais ça s’est fait», souligne cette source qui regrette que malgré les recommandations des commissions mixte Cameroun-Nigeria, le pays de Paul Biya n’envisage pas sérieusement de céder à cette demande de son grand voisin.

Bakassi

 

Côté camerounais, la mise en place des patrouilles mixtes – en sus des échanges d’informations qui se font déjà – est jugé suicidaire pour le pays. Car la puissance de feu de ce pays peut remettre en questions, à long terme, les acquis de la nouvelle démarcation des frontières obtenues par le Cameroun, à l’aune du conflit frontalier de Bakassi. Un des signaux forts de refus, d’après un haut gradé de l’armée camerounaise, rencontré par Le Messager, est le refus du président Biya d’accorder à son homologue nigérian, un tête-à-tête, en marge du sommet de la sécurité dans le Golf de Guinée tenu en juin 2013 à Yaoundé. Ce, malgré la demande de la partie nigériane.

Le président camerounais, hostile (autant que les clés de la défense nationale) au projet nigérian savait bien que le sujet serait remis sur la table. Tout comme celui de l’activité des services spéciaux camerounais, à travers différents relais dans l’establishment traditionnel au Nigeria pour la libération de Tanguy Moulin-Fournier et de sa famille. En effet, le Nigeria n’avait que très peut apprécié que le Cameroun n’ait pas suffisamment échangé avec lui, les informations en sa possession, au sujet des recherches. « Aujourd’hui, le grand voisin veut saisir cette brèche pour essayer d’obtenir du Cameroun, la formalisation des échanges d’informations pas encore encadrés entre les deux pays », affirme notre source.

Quelques jours après les effets sur la ville d’Amchidé, des attaques des poursuites menées sur les terroristes par l’armée nigériane, Goodluck Jonathan voudrait bien saisir le prétexte pour réchauffer le vieux dossier que Yaoundé évite comme la peste. Pour cela, Goodluck ne se privera pas de déplacements au Cameroun pour faire bouger les lignes. Même si Yaoundé, sous les traumatismes du conflit frontalier de Bakassi, a des raisons de se méfier de la sincérité des déclarations de bonnes intentions du géant voisin.

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