Le Nigeria en bonne voie pour éradiquer la polio

Du porte à porte: les travailleurs sanitaires déambulent dans la campagne de Sumaila, dans l’État de Kano, au nord du Nigeria, pour administrer un vaccin oral anti-polio aux enfants de moins de cinq ans.

Le Nigeria n’a pas connu de contamination par le virus de la poliomyélite depuis le 24 juillet 2014. Et à mesure que le premier anniversaire approche, les autorités sanitaires veulent maintenir le rythme, dans l’espoir de voir le Nigeria sortir de la liste des pays où la polio est déclarée endémique.

Fauziyya Ahmed griffonne un code à la craie sur la porte d’une maison qu’elle vient de visiter avec son équipe: ici, les enfants ont été vaccinés.

«Pour l’heure, nous n’avons pas eu à faire face à des résistances de la part des parents», précise-elle à l’AFP. «Les gens savent maintenant que le vaccin anti-polio est bénéfique pour leurs enfants, alors que par le passé, les parents insultaient les équipes de vaccination».

Et cela ne s’arrêtait pas aux insultes. En février 2013, des hommes armés ont ouvert le feu sur un centre de vaccination à Kano, tuant neuf employées.

Entre 2003 et 2004, l’État de Kano a suspendu les campagne de vaccination durant 13 mois, après que des prêcheurs musulmans et des médecins eurent propagé la rumeur selon laquelle le vaccin faisait partie d’un complot occidental visant à dépeupler l’Afrique.

Des rumeurs similaires ont circulé au Pakistan et en Afghanistan, deux des pays au monde les plus touchés par la polio. Boko Haram au Nigeria et talibans au Pakistan et en Afghanistan ont ainsi provoqué une ré-émergence du virus.

DIGNITAIRES LOCAUX

Dignitaires religieux et chefs locaux ont donc été mis à contribution pour convaincre les parents de vacciner leurs enfants, explique Ahmed Sule Hungu, un responsable local pour l’éducation et la santé.

Des clips de sensibilisation ont été diffusés pour montrer les effets de la poliomyélite: paralysie, invalidité permanente et même la mort.

Murtala Yahya, 47 ans, a fait vacciner ses deux enfants après avoir vu le clip. Umar Sallau, 52 ans, a lui été convaincu par les religieux et les chefs traditionnels.

«Je n’avais pas confiance en ces vaccins anti-polio parce qu’on m’a dit qu’il n’étaient pas sûrs pour les enfants», témoigne Umar Sallau, du village de Rimi, à 20 km de Sumaila. «Mais quand j’ai entendu que les religieux conseillaient d’immuniser les enfants et quand j’ai vu notre chef traditionnel donner des gouttes de vaccin à son enfant en public, mon opinion a changé.»

Les équipes de vaccination doivent tenir compte des desiderata des autorités locales qui privilégient la lutte anti-polio au détriment des traitements contre d’autres maladies comme la malaria.

«C’est pour ça qu’on refusait ce vaccin, mais maintenant qu’ils proposent des traitement pour des maladies plus urgentes, nous l’acceptons», assure Laraba Maikudi, une mère de famille, originaire du village de Gidan Sidi et dont la fille âgée de trois ans reçoit le vaccin.

Deux cent mètres plus loin deux soignants, assis sous un immense baobab, examinent des enfants malades et distribuent des médicaments gratuitement. Parfois, le personnel de santé distribue de la nourriture pour pousser les parents à vacciner leurs enfants.

La défiance vis-à-vis du vaccin est aussi utilisée comme monnaie d’échange pour inciter le gouvernement fédéral à fournir les rares prestations sociales qu’il peut encore offrir.

La population de Dagora, un village reculé du district de Sumaila par exemple a demandé une route d’accès. En échange ils ont donné leur accord pour les campagnes de vaccination.

«La méfiance n’a plus rien à voir avec l’ignorance, mais plus avec la frustration sociale, le manque d’équipements de base, plus particulièrement dans les hôpitaux publics», explique Danjuma Al-Mustapha, un responsable du fonds de l’ONU pour l’enfance à Kano.

Tout est bon pour faire reculer le virus: en 2009, le Nigeria avait recensé 338 cas de polio, contre seulement six en 2014 et zéro depuis bientôt un an, selon l’Organisation mondiale de la Santé.