Le groupe jihadiste Boko Haram nie avoir subi des revers dans le nord du Nigéria

Au début de cette année, N’Djamena a envoyé des troupes dans le sud du Niger et dans le nord du Cameroun pour y contrer les incursions meurtrières du groupe jihadiste Boko Haram, qui met à feu et à sang la région du lac Tchad.

Dans le même temps, et alors que le président du Nigéria, Goodluck Jonathan, remettait son mandat en jeu, l’armée nigériane, appuyée par des mercenaires, a repris l’initiative et annoncé la reconquête de plusieurs localités jusqu’alors contrôlées par Boko Haram, dont l’ambition est d’établir un califat dans le nord du pays.

Les combats contre les jihadistes ont été meurtriers, les contingents tchadiens et nigériens ayant été particulièrement éprouvés. Le manque de coordination avec l’armée nigériane a souvent empêché de conserver des gains chèrement acquis contre Boko Haram, groupe qui a par ailleurs fait allégeance à l’État islamique (EI).

« Certaines villes, nous avons dû les reprendre deux fois. On est obligé d’abandonner et Boko Haram revient, il faut revenir… Cela a un coût humain et matériel », expliquait, en mars, Idriss Déby Itno, le président tchadien.

Quoi qu’il en soit, Boko Haram a fini par perdre du terrain. Et l’armée nigériane a pu libérer plusieurs centaines de femmes détenues par les jihadistes. Toutefois, ces derniers n’ont pas abdiqué. Dans la nuit du 15 au 16 mai, ils ont ainsi repris la ville stratégique de Marte, située sur une route stratégique pour le commerce entre le Nigeria, le Cameroun et le Tchad. En outre, ils commettent régulièrement des attentats, notamment à Maiduguri, la capitale de l’État de Borno. Comme encore le 2 juin, où une attaque suicide ayant visé un marché a fait au moins une douzaine de tués.

Entre-temps, élu en mars, le président nigérian, Muhammadu Buhari a été investi dans ses nouvelles fonctions. Et il a promis de faire de la lutte contre Boko Haram une priorité et annoncé de déplacer d’Abuja à Maiduguri le centre de commmandement de l’armée dédié aux opérations contre les jihadistes.

C’est dans ce contexte que Boko Haram a diffusé une nouvelle vidéo. Cela n’était plus arrivé depuis février, ce qui correspond au début de la double offensive tchadienne dans le nord-est du Nigéria. À l’époque, il était question de perturber la tenue de l’élection présidentielle nigériane. Une menace qui n’a pas été suivie d’effet.

Se faisant désormais appeler « État islamique en Afrique de l’Ouest », l’organisation jihadiste a nié avoir subi des revers militaires au cours de ces dernières semaines et affirmé que, au contraire, la quasi-totalité de son « califat » est toujours sous son contrôle.

« Les armées prétendent, dans les médias, qu’elles ont capturé nos villes et qu’elles ont attaqué [la forêt de] Sambisa et qu’elles nous ont vaincu. (…) Je jure par Allah que je parle en ce moment de Sambisa. Ici à Sambisa vous pouvez voyager pendant quatre ou cinq heures sous le drapeau noir de l’Islam, en voiture ou à moto », a affirmé, en haoussa, la langue la plus parlée dans le nord du Nigéria, un homme au visage recouvert d’un chèche, qui semble ne pas être Abubakar Shekau, le chef de Boko Haram, dont on ignore ce qu’il a pu devenir.

Par ailleurs, lors d’une visite officielle à Paris, le 2 juin, le président nigérien, Mahamadou Issoufou, a indiqué que la force mixte multinationale visant à lutter contre Boko Haram allait être opérationnelle « dans les prochaines semaines ».

Cette force mixte avait été approuvée en mars par l’Union africaine. Elle doit compter 8.700 soldats, fournis par le Tchad, le Niger, le Cameroun, le Nigéria et le Bénin. Son financement sera assuré en partie par la communauté internationale. Lors de son entrevue avec son homologue nigérien, le président Hollande a « marqué disponibilité de la France à poursuivre son appui logistique et de renseignement aux pays voisins du Lac Tchad » dans le cadre de la lutte contre Boko Haram.