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Le front national et les Minorites : « Djoudjou » (repoussoir-epouvantail) ou alternative ?

Le front national et les Minorites : « Djoudjou » (repoussoir-epouvantail) ou alternative ?

Le silence ou la capitulation des minorités ou de intelligentsia issue de l’immigration face au phénomène politique français qu’est l’ascension inexorable du Front National ou de ses idées, devrait interpeller au premier plan les français venus d’ailleurs ou les étrangers vivant en France, dont la contribution à la prospérité de ce pays n’est plus à démontrer.

Face à ce phénomène, les partis dits « Républicains » ont adopté des attitudes qui n’ont eu pour effet que de servir de catalyseur aux idées xénophobes de la famille Le Pen .

Depuis trente ans, au lieu d’expliquer ces idées et de démontrer en quoi elles ne sauraient être l’identité de la France d’aujourd’hui, on a scandé au PS, «F comme fasciste, N comme nazi», ce qui est totalement inefficace ; ou simplement récupéré ces idées jusqu’à leur formulation, en croyant vider le Front National de sa substance. La démarche la plus accomplie dans cet ordre d’idées fut celle de Nicolas Sarkozy, qui donna au laboratoire Le Pen, un champ d’expérimentation sans assumer l’alliance UMP-FN, en trichant ! Au delà du marasme économique que connaît le monde, la montée du FN est l’expression de la crise du VIVRE ENSEMBLE en France et du rejet de la mondialisation. Les votes massifs en faveur du FN, dans des contrées paisibles, où il n’y a ni immigré, ni insécurité, sont un corollaire à ce propos. Le FN présente son discours comme le seul, valable face aux nouvelles menaces globalisées, immigration-chômage-insécurité-terrorisme, en établissant un lien direct entre ces phénomènes, en les contextualisant, en les adaptant, en les liant à l’actualité mondiale… Loin d’être figée dans ses structures ou son idéologie, l’extrême droite forme une nébuleuse hautement adaptable. Elle se développe donc en symbiose avec la mondialisation, proposant à chaque étape de celle-ci, de nouveaux modèles de société fermée, autoritaire… C’est donc avant tout, une crise culturelle qui explique la montée de l’extrême droite politique, qui répond aux bouleversements géopolitiques en proposant de retrouver une société close et organique, c’est-à-dire qui fonctionnerait de « manière harmonieuse » . Ce qui suppose le rejet d’un autre que soi.

En même temps, la montée du FN traduit la crise idéologique endémique au sein de la Droite et la Gauche française. La droite conservatrice et libérale ne propose, depuis longtemps, qu’une lecture «économiste» de la mondialisation. Son idéologie n’est pas assez solide pour répondre à la demande d’un nouvel ordre géopolitique, à la peur du déclassement, au chamboulement des repères culturels. Les intellectuels de droite aujourd’hui sont stériles en France. Le parti Les Républicains qui a détenu le pouvoir et le brigue à nouveau n’a même pas de revue théorique. Si à Gauche, on peut se vanter d’une production intellectuelle plus riche, force est de constater que celle ci, de par ses orientations, remplacerait valablement un projet économique de Droite (Attali) ou resterait inexorablement des idées d’un socialisme des origines, inadapté au monde d’aujourd’hui. Ces deux courants qui se font une guerre totale, plongent la Gauche dans une illisibilité programmatique. Contrairement à ses concurrents, l’extrême droite produirait une offre politique mieux adaptée à son époque même si irréaliste. En schématisant, on dirait que la gauche est d’abord une question de programme, la droite de style, et l’extrême droite de vision du monde. Cette dernière famille peut donc faire preuve d’une grande souplesse, car, chez elle, l’économie n’est qu’un outil au service de la politique, qui est elle-même au service de sa vision du monde. C’est pour cela, par exemple, que le FN a pu adapter si largement son programme économique au fil des ans, tout en offrant une vision du monde plus homogène. Il explique la plupart des problèmes actuels – désindustrialisation, chômage de masse, pauvreté des rapports sociaux, par la présence de populations africaines, arabo-musulmanes non assimilées. Il faut rappeler que hier c’était les Juifs… Quoi qu’on en pense, la souplesse et la cohérence interne de cette grille de lecture la rendent particulièrement efficace. Surtout face à une droite et une gauche qui en semblent dépourvues.

Que faire donc ?

Au regard de ce qui précède, crier au fascisme est contre productif. Il faut retrouver le FN sur le terrain de ses idées, de la praxis politique et sociale et l’y combattre. L’extrémisme Politique en Europe a une histoire et au regard de celle-ci, on pourrait se projeter… Il a même exercé le pouvoir ou une partie du pouvoir. Lorsqu’elles accèdent aux responsabilités, les extrêmes droites renoncent au

volet social «subversif» de leur discours et soutiennent une politique libérale, à condition que soient menées des politiques de lutte contre l’immigration et de fierté nationale. On l’a vu avec le parti des Vrais Finlandais, avec le FPÖ autrichien, avec la Ligue du Nord en Italie, entre autres. Plutôt que des attaques contre les libertés fondamentales, on a la mise en place d’un eurolibéralisme ethnicisé. Les alliés de Marine Le Pen ont presque tous participé à des majorités et appliqué ce genre de politique. Quant à Marine Le Pen, elle se veut de gauche par son programme économique. Sans alliances, elle ne peut à ce jour prétendre gouverner la France, car si elle est compatible à Nicolas Sarkozy de par ses idées xénophobes, d’inspiration « Buissonnières », elle lui est opposée sur le plan économique… Marine Le Pen ne saurait donc bien marcher au second tour électoral, ce qui est une grande frustration pour ses militants qui pourraient se décourager à terme, dans la mesure ou des perspectives de prise du pouvoir s’éloigneraient.

Elle gagnerait donc à développer des alliances, mais avec qui ? La droite ou la gauche est-elle disposée à assumer un libéralisme ou un socialisme ethnicisé ? Dans l’affirmative, l’extrême droite doit participer au pouvoir ; sinon, il faut s’y opposer. D’où la question du « NI, NI » du parti les Républicains. Face au FN qui abhorre la postmodernité et valorise une France mythifiée des Trente Glorieuses, on ne peut pas ne pas choisir, j’ai lu que des « intellectuels », dont des français issus de l’immigration, soutenaient que ne pas choisir avait du sens…Soit ! La mort de l’extrême droite ne doit pas être un objectif à atteindre, même si elle fantasme de voir disparaître ses adversaires. Il suffirait que ces derniers sachent argumenter contre elle, au lieu d’être tétanisés. On en est hélas loin aujourd’hui : les uns l’imitent, les autres reprennent la sempiternelle référence aux modèles fascistes et nazis. Il faut repenser le fameux «cordon sanitaire», censé isoler la droite de l’extrême droite. Car il a dégénéré : il signifie aujourd’hui que le FN ne peut pas accéder au pouvoir, mais que d’autres partis récupèrent ses idées. Cela me semble malsain, car cela crée de la frustration tout en radicalisant l’ensemble de la vie politique. Le «cordon» doit concerner les idées, pas les hommes. Que Sarkozy soit toléré alors qu’il utilise les mêmes rhétoriques et a appliqué autant qu’il a pu, sous les conseils de son gourou, Buisson, les idées du FN est injuste. En clair, la cloison Gauche-Droite est devenue très artificielle aujourd’hui en France. Une redéfinition de la vie politique française pourrait se structurer autour des axes conceptuels de droite ou d’extrême droite que sont : la compétitivité ancrée dans les mentalités, la réduction des solidarités, le sexisme, l’homophobie et la xénophobie ou le racisme. Ici aussi, le scepticisme vis-à-vis de l’intégration européenne sera un élément fédérateur. On pourra donc opposer la compétitivité entre les États à la solidarité européenne et penser l’ouverture au monde comme une chance.

Au lieu de tricher, un vrai front Républicain décomplexé, composé d’une partie de la Droite, du Centre et de la Gauche, assumant des choix Politiques différents de ceux du FN, devrait se constituer. La démarche de la Gauche française devrait pouvoir aller au delà des calculs politiciens, pour s’inscrire dans une vraie vision de la société et induire une recomposition du paysage Politique en France. Dans cette recomposition, les Minorités devraient pouvoir davantage s’organiser, car le vote Front National pose fortement la question du « vivre ensemble » ; Laquelle s’est d’ailleurs fortement métastasée à travers la gouvernance politique de la Droite sous Sarkozy. A défaut de se constituer en une entité Politique autonome, l’offre politique en France est suffisamment riche afin qu’un partie de la population française, insultée ou humiliée dans ce qui constitue son moi propre, comme étant des français venus d’ailleurs, avec en plus, d’autres valeurs ou croyances, trouve en ce parti politique un outil lui permettant de présenter ses lettres de créances sur l’échiquier de la praxis sociale avec plus de pertinence et de respectabilité. Ce n’est évidemment pas au FN ou à l’UMP-les Républicains, version Sarko que l’immigré serait audible… Une autre stratégie inviterait les français dits issus de l’immigration à voter pour le FN, pour ainsi aider à faire pourrir la situation ou renverser la table… S’il est vrai que en participant au pouvoir, tous les partis finissent par le payer, les ravages qu’occasionnerait un séjour du FN au pouvoir, pour les plus fragiles que sont les minorités, ne disparaîtront pas avec une alternance. Des générations entières pourront ainsi faire les frais des politiques xénophobes… Ce propos peut être illustré par quelques exemples : la politique de Nicolas Sarkozy, alors Président de la République, a installé en France, une forme de crispation dans les esprits à l’égard des minorités visibles, en polluant durant son mandat, la vie politique par un discours mal maîtrise, sur l’identité nationale… ceci eut pour conséquence, tel un message subliminal, de parler au subconscient des français, les uns s’en sentant plus français et d’autres s’en sentant exclus… L’application pratique de telles politiques sur le plan des faits a contribué a réduire de moitié le nombre des naturalisations en France par an, qui est tombé à 40000 personnes.

Manuel Vals, alors ministre de l’intérieur a assoupli significativement les conditions d’obtention de la nationalité française. Mais les préjudices découlant des lois Sarko ne disparaîtront pas avec le départ de la Droite. On pourrait ainsi multiplier des exemples en évoquant la circulaire Guéant, relative aux étudiants étrangers en fin de formation… Il est donc faux de dire que sur ces questions en France, la Gauche et la Droite c’est exactement la même chose…

En effet, si les politiques économiques Gauche-Droite semblent très proches, on ne saurait en dire de même sur la politique d’immigration ou d’accueil…Ce qui ne veut pas dire que la Gauche au pouvoir en France soit un modèle en l’espèce, mais il existe bien plus que des nuances dans les discours et dans les politiques. Il revient donc aux minorités, de décrypter les discours des politiques qui induisent des comportements d’exclusion et de les sanctionner et non de se résigner.

La France compte à ce jour environ 12 millions d’immigrés et descendants d’immigrés. Ces derniers ont donc largement les moyens politiques qu’ils doivent transformer en poids politique, pour ne plus subir les caprices d’une frange nostalgique et xénophobe de ce beau pays.

 

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