Le chômage massif des jeunes en Afrique Subsaharienne

Un continent de jeunes

L’Afrique compte plus 1 166 000 000 d’habitants en 2015. À la fin du siècle on estime que cette population atteindra plus de 4 100 000 000 d’habitants. Plus de 200 millions d’africains ont entre 15 et 24 ans actuellement, soit près de 20 % de la population du continent. Ils seront 295 millions en 2035 et 362 millions en 2050. L’Afrique est donc le continent le plus jeune au monde.

Il n’y a pas de définition stricte et universelle de la jeunesse. Cependant on remarque qu’on y inclut la plupart du temps des personnes âgées de 15 à 35 ans, voire 40 ans dans cette catégorie. Pour les Nations Unies, la jeunesse regroupe les 15 à 24 ans. Pour l’Union africaine, il s’agit des 15 à 35 ans ; et de nombreux pays d’Afrique subsaharienne utilisent leurs propres définitions. Ainsi au Mali, c’est la tranche d’âge de 15 à 40 ans qui est retenue, et au Kenya, c’est la tranche de 15 à 30 ans. Dans cette analyse, nous ne définissons pas la jeunesse comme une tranche d’âge spécifique. Nous mettons plutôt l’accent sur le fait que la jeunesse est une période de transition vers le marché du travail. Nous présentons des données pour les différentes tranches d’âges au cours desquelles ont lieu généralement ces transitions (15-24 ans et 25-34 ans).

Le chômage global et massif des jeunes africains

Les jeunes en Afrique, bien plus que sur les autres continents, souffrent du chômage. Le sous-développement, la crise économique de 2007-2008, la transition démographique en cours sur le continent, et l’absence mesures spécifiques de la part des gouvernements africains en sont les principales raisons.

Selon la Banque mondiale, les jeunes représentent 60 % des chômeurs sur le continent. Trouver un emploi est un exercice particulièrement difficile pour eux. Par emploi, nous entendons une activité légale, stable, durable et rémunérée. Les jeunes font des petits boulots ou des stages de formation plus ou moins rémunérés qui n’aboutissent que très rarement à un emploi salarié. Ils sont chaque année près de 10 à 12 millions à entrer sur le marché du travail sans grande perspective d’emploi. Leurs diplômes ne constituent pas une garantie suffisante sur le marché du travail. Très souvent l’élément décisif dans leur recrutement à un emploi c’est le réseau de relations sociales auxquelles ils appartiennent.

L’influence du diplôme

L’école et le niveau de scolarisation ont malgré tout une influence majeure sur le recrutement et la carrière professionnelle. Les jeunes diplômés ont plus de chance de trouver un emploi stable, durable et rémunérée en Afrique.

Près de 65 % des salariés âgés de 15 à 24 ans en Afrique subsaharienne ont achevé l’école primaire. Près de 70 % des salariés n’ayant pas fait d’études primaires travaillent sans contrat (secteur informel), contre moins de 40 % de ceux ayant fréquentés le deuxième cycle de l’enseignement secondaire. La plupart des salariés âgés de 25 à 34 ans sont titulaires de diplômes dans les filières techniques de l’enseignement supérieur. Ceux qui, nombreux, sont titulaires de diplômes dans les filières généralistes de l’enseignement supérieur, ont de grandes difficultés pour trouver un emploi.

Des disparités nationales, sectorielles et de genre

Il existe des disparités nationales et régionales importantes entre les jeunes confrontés au chômage en Afrique. Le Ghana, le Nigéria, l’Ouganda, le Rwanda et la Tanzanie ont vu une croissance non négligeable des emplois salariés dans les entreprises individuelles. Le Cameroun et le Mozambique ont connu une croissance modérée de l’emploi des jeunes.
Dans les pays où la croissance économique repose essentiellement sur l’exploitation des ressources du sol, l’augmentation de l’emploi des jeunes est modéré. Dans les pays où la croissance est induite par un début d’industrialisation, l’accroissement de l’emploi des jeunes est plus notable. Lorsque c’est le secteur des services qui alimente la croissance, on constate aussi un développement non négligeable de l’emploi des jeunes.

Pour les jeunes femmes, la transition de l’école au travail comporte des difficultés supplémentaires. Face à la rareté des opportunités d’emploi, les obstacles à l’entrée du marché du travail sont autrement plus nombreux pour les jeunes femmes. L’aspiration au travail après la formation leur est de plus en plus déniée dans le contexte de pénurie d’emplois.

La migration des jeunes demandeurs d’emplois

La migration interafricaine des jeunes demandeurs d’emploi augmente continuellement. En Afrique subsaharienne les jeunes demandeurs d’emploi migrent vers les pays économiquement « attractifs », tels que le Kenya, le Nigéria et l’Afrique du Sud. Une grande partie de cette migration interafricaine de la jeunesse s’opère des zones rurales vers les zones urbaines (exode rurale des jeunes). Une fois que les jeunes commencent à travailler, que ce soit dans l’agriculture, les entreprises individuelles ou l’emploi salarié, ils ont tendance à rester dans le même secteur, avec une mobilité intersectorielle légèrement plus élevée en milieu urbain que rural.

Le cas du Nigéria, « le géant d’Afrique »

Le Nigéria, pays le plus peuplé d’Afrique avec plus de 177 millions d’habitants, a connu depuis ces dernières années une croissance non négligeable des emplois salariés dans les entreprises individuelles. Des emplois liés à l’agriculture se sont développés au cours des dix dernières années, ce qui est une illustration de la diversification économique de ce pays exportateur de pétrole. En 2013, le taux de chômage a atteint le niveau inquiétant de 22 % de la population active. En ce qui concerne le chômage des jeunes, il est estimé à 38 %, soit près 1/3 des jeunes. 60 % de la population nigériane est âgée entre 15 et 35 ans. Il faut noter comme autre handicap le faible niveau de scolarisation dont souffre le Nigeria avec au taux d’abandon estimé entre 12 et 15 % surtout dans les États du nord du pays.  La Banque mondiale a réalisé une enquête prouvant que 40% des personnes rejoignant des groupes ou mouvements terroristes sont mués par le manque d’emplois. Cette étude concerne de pays comme le Nigéria et le Cameroun qui font face sur leur territoire au groupe terroriste Boko Haram

Le cas du Cameroun, « l’Afrique en miniature »

Comme de nombreux pays d’Afrique, le Cameroun connait une démographie galopante. Le pays compte une population de près 23 500 000 d’habitants. À la fin du siècle on lui prédit entre 82 et 118 millions d’habitants. 20 % de sa population est âgée de 15 à 24 ans, et 30 % de 25 à 54 ans. Le taux de scolarisation, tout niveau confondu, atteint environ 88 %, ce qui en fait l’un des taux les plus élevés d’Afrique.

En 2011 le taux de chômage de la population active était estimé à 24%. 55% des jeunes sont au chômage d’après le BIT. Le chômage touche les jeunes qui ont été formés au Cameroun mais aussi ceux qui ont été formés à l’étranger. Le prestige des institutions dans lesquelles ont étudié certains d’entre eux ne leur garantit pas nécessairement un emploi plus facilement que les autres. À l’étranger les salaires sont souvent plus attrayants et  les conditions de travail plus facile.