Le camerounais : un patriote en mal de citoyenneté

La citoyenneté, une expression aussi simple, qui semble couler de source mais qui en fait est un sujet sur lequel tout camerounais devrait se pencher et peut-être même se recentrer. Définit comme étant le fait qu’une personne ou un groupe de personne est reconnu comme membre d’un Etat jouissant des droits que celui-ci lui confère et ayant des devoirs envers cet Etat, la citoyenneté au-delà de toutes les définitions sociopolitiques et culturelles que nous pouvons lui donner, réside en ces notions de base :

Le citoyen est celui-là qui bénéficie :

– des droits politiques. Par le billet du vote il décide des personnes à qui il confie les différents pouvoirs d’un état (exécutif, législatif, judiciaire).

– Des droits individuels caractérisés par les libertés fondamentales (droit à la vie privé, liberté d’expression, liberté d’aller et venir).

– Des droits économiques et sociaux, fondés sur la solidarité, ils reconnaissent à tous le droit à l’instruction, à la santé et à un revenu minimal.

Ces droits invitent le citoyen à avoir des devoirs, à respecter les droits des autres. On parle ainsi de civilité, de civisme, du respect de la loi, de la participation au fonctionnement démocratique de l’Etat.

L’Etat camerounais et les camerounais en cela ne dérogent donc pas à la règle. Mais la question est de savoir comment est-ce que nous « camerounais » vivons ce concept de citoyenneté. Est-ce un bien trop grand mot qui prend tout son sens lors d’un match de football d’où le rapprochement entre patriotisme et citoyenneté ? Ou alors très vite remis en question quand on regarde les différents droits que devrait bénéficier chaque camerounais?

La citoyenneté étant un vecteur d’identité nationale, il convient de rappeler en quelles circonstances l’on devient camerounais. Conformément au code de la nationalité camerounaise (loi N° 68/LF/3 du 11 juin 1968), la nationalité camerounaise s’obtient, soit à titre originaire (en raison de la filiation ou de la naissance au Cameroun), soit après la naissance (par l’effet du mariage, par déclaration de nationalité, par l’effet de la naturalisation ou de la réintégration).

Acquis à la naissance, le sentiment de fierté que tout camerounais possède, caractérise une certaine citoyenneté ou alors un certain patriotisme. Ces deux termes pour ma part sont indissociable l’un de l’autre. Au-delà de la définition juridique de la citoyenneté, être citoyen camerounais révèle d’un certain état psychologique, sociologique ou encore historique. Ce sentiment d’appartenance à une communauté, cette quête d’identité, cette impression d’inclusion ou d’exclusion ou encore d’engagement social fait de nous des citoyens camerounais. Pour exemple, à chaque fois qu’un sportif présente les couleurs du drapeau après une victoire ou porte un brassard « vert rouge jaune » à son poignet, nous sommes fier de nous identifier à lui .A chaque fois qu’un débat sur les élections au Cameroun est soulevé, les opinions fusent de partout (que l’on soit d’accord ou pas). L’éducation, la santé, le chômage interpellent plus d’un. Les expressions comme « impossible n’est pas camerounais » ou encore à l’extérieur des frontières, le petit sourire que l’on a après avoir reconnu l’accent camerounais dans la voix de quelqu’un dans la rue ; mieux encore quand on reconnaît un dialecte d’une des régions du Cameroun. Je n’oublierai pas le « Camfranglais (argot camerounais)» qui aujourd’hui l’on peut dire, fait office de langue nationale compte tenu de la multitude de patois que regorge le pays. Il ne fait nul doute que ces éléments qui font partie du quotidien d’un camerounais témoignent d’un comportement citoyen.

Mais alors est ce que le camerounais vit pleinement sa citoyenneté ? Je dirai plus tôt qu’en général, le camerounais aspire à une vie « pleinement citoyenne ».Oui juste aspirer, parce qu’aujourd’hui beaucoup de camerounais ne savent pas ce qu’est la devise du Cameroun (paix-travail-patrie), le drapeau du Cameroun (vert-rouge-jaune), l’hymne nationale. Je me souviendrai toujours de cet élève puni un lundi matin au lycée parce qu’il ne s’était pas arrêté pendant la levée des couleurs. Mais aujourd’hui ces notions de respect des institutions sont bafouées dans beaucoup de nos établissements scolaires et certaines de nos institutions parapubliques. Est-ce parce que les camerounais perçoivent cette notion de citoyenneté plus en terme de droits plutôt que de devoirs ?

Une petite analyse de la situation montre que :

– En termes de droits politiques d’un citoyen, il apparaît comme une impression de désintérêts. Beaucoup de camerounais en âge de voter ne connaissent toujours pas à quoi ressemble un bulletin de vote.

– En termes de droits individuels (vie privé, liberté d’expression, droit d’aller et venir) il est clair que le Cameroun n’est pas l’exemple à suivre. Il n y a qu’à voir la corruption ambiante qui prévaut au détriment des valeurs humaines.

– En termes de droits économiques et sociaux qui reconnaissent à tous camerounais le droit à la santé, l’instruction et à un revenu minimal. Ce sont des mots qui n’ont de sens pour beaucoup que dans la définition. Pour preuve le taux de chômage est à plus de 30%, la population vivant sous le seuil de la pauvreté est de plus de 40%, près de 70% des travailleurs gagnent moins que le salaire minimum qui est aux environs de 28 000FCA (je vous laisse faire la conversion en Euros).

Aujourd’hui beaucoup de camerounais de la diaspora aspirent à changer de nationalité. Est-ce parce qu’ils ne se sentent plus camerounais ou alors parce qu’ils se sentent plus chez eux dans le pays d’accueil ? Pour certains je dirai « oui », pour d’autres par contre je crois qu’ ils aimeraient jouir des réels droits que procure le fait d’être citoyen dans un pays qui vous considère comme tel. Le « hic » c’est que une fois devenu citoyen ailleurs, l’on n’est plus camerounais (il y en a qui diront « enfin, le Cameroun a déjà fait quoi pour moi » et peut-être auront-ils raison). Mais imaginez-vous cette scène : « un homme qui jadis fut citoyen camerounais se retrouve à faire la queue à l’ambassade du Cameroun pour obtenir un visa pour retourner dans son pays d’origine avec le risque qu’on le lui refuse». Cet absence de double nationalité au Cameroun m’amène à me poser cette question : La citoyenneté est-il la manifestation d’un état d’esprit ou alors une simple formalité administrative ?

Par ailleurs, le comble de l’ironie voudrait que l’on s’attarde beaucoup plus sur les droits d’un citoyen camerounais, mais que faisons-nous de nos devoirs envers l’état, envers la nation ? La participation au bon fonctionnement de l’état voudrait par exemple que tout citoyen paye ses impôts, mais force est de constater que ce n’est pas le cas, la corruption est tellement encrée dans les mœurs camerounaises si bien que contourner le système en place est devenu une logique. Le droit au vote en lui-même est considéré comme un devoir citoyen, mais combien de camerounais aujourd’hui en âge de voter sont inscrits sur les listes électorales.

Somme toute, il est clair que la citoyenneté camerounaise souffre d’un certain mal. Et comme toute maladie, faudrait chercher les causes pour mieux la soigner. Peut-être que Le bon vieux cours de morale, le cahier de morceaux choisis au CEP devraient retrouver ses lettres de noblesse. Sans oublier l’histoire du Cameroun, la vraie, elle devrait être enseignée depuis le bas âge dans nos écoles primaires et lycées. Car ne dit-on pas que « un peuple sans histoire est un peuple sans âme » ?