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LE CAMEROUN ENTERRE LE PÈRE DE LA MÉDECINE PRIMAIRE, LE DR SIMON ATANGANA POUR L’ÉTERNITÉ À NKONG BINGUÉLA

LE CAMEROUN ENTERRE LE PÈRE DE LA MÉDECINE PRIMAIRE, LE DR SIMON ATANGANA POUR L’ÉTERNITÉ À NKONG BINGUÉLA

Au matin du 26 février 2015, une nouvelle odieuse et funeste nous a été annoncée. Celle qu’on ne souhaite pas entendre et que redoutaient déjà tous ceux qui suivaient le bulletin de santé du Dr Simon ATANGANA. En effet, depuis la semaine précédente, rien n’était plus rassurant. Le patriarche Mvog FOUDA MBALLA allait de mal en pis, sous nos yeux hagards et notre combativité mal récompensée, il passait de vie à trépas, lentement mais sûrement, en dépit de tous les efforts, le père des soins de santé primaire au Cameroun venait de s’endormir pour l’éternité. Aujourd’hui, alors que le corps de la médecine camerounaise est réuni à l’entrée principale de l’Hôpital Central de Yaoundé ce jeudi 26 mars 2015, j’éprouve comme une nécessité de prendre la parole.

Je ne sais pas Dr Simon Atangana, si en quelques mots, je réussirais à donner l’image complète du médecin, du patriarche, de l’homme, que vous avez été durant une vie si bien remplie. Vous êtes né le 4 septembre 1926 à Nkong Binguéla dans ce qui allait pendant longtemps s’appeler Ndjoungolo Sud avant de devenir l’arrondissement de Mbankomo aujourd’hui rattaché au département de la Mefou et Akono. Vous étiez fier d’avoir passé votre enfance et votre jeunesse ici, d’y être allé à l’école. Ici à Yaoundé, vous avez fait vos humanités gréco-latines à l’Ecole Supérieure de Yaoundé jusqu’en 1945 avant de vous envoler pour le Sénégal où en 1952 vous êtes diplômé de la faculté de médecine William Ponty de Dakar au Sénégal.

En 1972 vous êtes à Paris et vous décrochez cette année-là :

-Le Diplôme d’Etudes Supérieures en médecine tropicale à l’Institut de médecine et d’épidémiologie africaine (Fondation Léon Mba)

-Le Doctorat en médecine à la Faculté de médecine de la Pitié Salpêtrière (Université Paris VI). Votre thèse porte sur : « Les glycoprotéines sériques à l’état normal et pathologique » sous la direction du Professeur LENEGRE

-Le Diplôme de spécialisation en épidémiologie générale à l’Institut Pasteur de Paris.

Pour ce parcours pointu à vous Dr Simon Atangana, honneur et respect !

Vous avez commencé votre carrière à Kaelé en pays Moundang, vous y séjournerez 10 ans soit de 1952 à 1962. Vous avez ainsi montré le chemin.

A votre retour, on vous confie la direction du Laboratoire de Biologie Clinique à l’hôpital universitaire Saint-Pierre. Vous recevez en 1966, le titre de Professeur et en 1970 celui de Professeur Ordinaire.

Bien qu’au laboratoire vous développiez les techniques de dosage des hémoglobines anormales, vous ne vous sentez pas très épanoui dans ce rôle, le contact avec les malades vous manque, vous souhaitez revenir à la clinique.

De 1962 à 1968, vous travaillez comme interne à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière de Paris et vous rejoindrez l’Hôpital saint Camille de 1970 à 1972.

A votre second retour au Cameroun, vous êtes nommé chef de service d’épidémiologie au ministère de la Santé publique, c’est vous qui mettrez sur pied le programme de vaccination élargie dans notre pays dès 1973.

Vous êtes tout au long de votre carrière passé par plusieurs directions au ministère de la Santé :

vous avez été conseiller technique n° 1 et directeur de la santé dès 1977. C’est vous qui en 1978, nous nous devons d’y associer les Drs Abena et le Dr Temgoua, oui c’est vous qui mettrez en place les Soins de Santé Primaire au Cameroun en vous inspirant des exemples du Canada et du Vietnam.

Vous aviez une véritable passion pour les maladies infectieuses, acquise lors de votre séjour au Sénégal, mais aussi une passion pour l’épidémiologie. Voilà pourquoi vous avez mis en place la carte sanitaire de notre pays.

Beaucoup de ceux qui étudient l’épidémiologie aujourd’hui ici au Cameroun se souviennent aussi que vous avez initié la recherche en biochimie médicale, en interprétation des examens de laboratoire et aux manipulations élémentaires de laboratoire que tout médecin doit connaître.

Vous étiez un maître expérimenté, respectueux du malade, un exemple, un horizon vers lequel beaucoup de nos médecins devraient regarder aujourd’hui.

Ce serait mal vous connaître que de limiter ces propos à vos grandes qualités de médecin, d’homme de laboratoire, de scientifique. Non, vous avez été parmi les premiers à comprendre qu’il fallait une formation spécifique pour les futurs médecins généralistes et qu’il était indispensable de poursuivre cette formation au-delà des études ; il fallait organiser le recyclage, la formation continue.

Dr Simon Atangana, vous avez été un grand médecin, un scientifique curieux, un patriarche respecté ; vous avez été tout simplement un « Monsieur ». Pour qu’on puisse s’adresser ainsi à vous, c’est tout simplement parce que vous avez aimé vos semblables. Vous étiez un homme de paix, voyant en chaque être humain une manifestation de la grandeur de la création.

Vous aimiez le beau, vous aviez besoin du beau. Mais vous étiez aussi animé d’une foi profonde. Puis-je évoquer avec quelle chaleur dans les mots, vous m’avez raconté, il y a quelques mois, alors que j’étais venu vous annoncer le décès de l’Abbé Louis Paul Ngongo, votre frère, vos moments de prière alors que vous étiez tous deux étudiants à Paris. Durant les dernières semaines de votre vie, cette foi profonde a été merveilleusement soutenue par votre famille. Tous vos enfants vous ont entouré, votre fils a cheminé avec vous et votre épouse était tout simplement là, à vos côtés, attentive et sereine.

A votre épouse, à vos enfants, à vos proches, nous exprimons toute notre sympathie au moment de cette séparation. Nous savons qu’ils ont trouvé force et grâce dans la communion vous préparant au grand passage. Vous resterez pour nous un exemple. Nous savions que vous aimiez le travail bien fait et que tout travail quel qu’il soit devait être bien fait… Merci Dr Simon ATANGANA, merci tonton « SIMOUN » !

Son cœur a cessé de battre devant témoins. À dire vrai, on ne soigne pas la mort. Feu M. l’Abbé Léon MESSI nous enseignait qu’aussitôt formé dans le sein d’une mère, on est mûr pour mourir. Ni nos protestations, ni nos récriminations, ni nos supplications, ni notre vain acharnement, rien, aucune intervention ne peut réussir à repousser les assauts du rapace mortifère qui avait déjà planifié de fondre sur ce passereau que tu es. Mais il te conduit après des tiens, de ton père Max, de ta mère Marguerite, de tous tes frères en médecine, mais aussi de Nkong Binguéla.

Patriarche Mvog Fouda, l’homme de l’anyang, de l’avouman, du mgbwa, avance, avance vers les eaux profondes, avance, avance vers la vie qui ne finit plus.

 

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